Vous êtes ici
Encore une fois : « Ta gueule Elkabbach »
Une fois de plus, le journaliste que le monde nous envie, a les honneurs de la profession. Cette fois, c’est par la plume de Vincent Quivy, journaliste et historien qui publie ce mercredi 12 février « Profession Elkabbach » aux éditions du Moment. Une biographie qui retrace le parcours d’un homme, forçat de travail, fou d’infos, mais égocentrique et piètre manager. Un homme qui pratiquerait le journalisme comme un funambule qui n’aurait pas le sens de l’équilibre. Entre contact et distance, l’ancien patron d’Europe 1 a toujours préféré le contact. De préférence avec le pouvoir. Et si celui-ci se définit par la possibilité d’en abuser, Jean-Pierre Elkabbach en est une belle illustration.
Confortablement installé dans un placard doré par Lagardère [1] après s’être fait gentiment prier de quitter la direction d’Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach ne se représentera pas non plus à sa propre succession à la tête de Public Sénat. La fin d’une époque. C’est donc un peu l’heure du bilan.
Et gentiment, Vincent Quivy, s’est attelé à la tâche pour nous.
Elkabbach, nous apprend-on, aurait aimé être acteur, mais « cantonné à des rôles de figurants », il s’est orienté vers le journalisme. Bien décidé à ne pas y rester un figurant. Sa vie durant, il n’a cessé de fuir l’ombre pour la lumière, de travailler pour sa petite entreprise, d’entretenir ses réseaux pour ne pas tomber dans l’oubli. Caressant Paul (ou plutôt Nicolas) tout en ménageant Jacques. Le muscle tendu vers deux objectifs, la survie de son nombril et l’info. Oui dans cet ordre.
Ainsi cette anecdote recueillie par l’auteur, pas si banale qu’elle en a l’air tant on imagine combien de fois cela a pu se reproduire.
« C’est assez marrant à voir, précise un journaliste de la chaîne parlementaire, la façon dont Elkabbach s’érige en conseiller, même si on ne lui a rien demandé, notamment et surtout avec les jeunes ou les politiques très expérimentés. Avec Albanel, on avait préparé un déjeuner entre elle et toute la rédaction, et Elkabbach nous a expliqué qu’il ne voulait pas de questions trop impertinentes, qu’il fallait y aller mollo avec elle. Quand elle est arrivée, il a pris la parole et il l’a quasiment plus lâchée. Il lui a fait un cours sur non seulement la façon dont elle devait se comporter dans les médias mais aussi la politique en général, sur ce qu’elle devait faire en matière de culture, comment elle devait agir. Une espèce de show où personne n’a pu en placer une et où lui s’est érigé en guide. »
« Nombreux sont les témoignages qui le décrivent fasciné par le pouvoir et les "puissants", courant dans leur sillage, leur arrachant des interviews, des rencontres, des entrevues, se grisant de cette proximité avec "ceux qui font le monde" », ajoute Quivy.
Et Jean-Pierre Elkabbach de se griser tellement de cette proximité d’oublier parfois qu’il est à l’antenne. En 2007, alors qu’après les révélations du Canard Enchainé sur ses méthodes de recrutement [2], Europe 1 est accusé par de méchants gauchistes d’être Radio Sarko, l’interviewer choc se lâche à l’antenne. Voici un extrait, de l’entretien réalisé avec le socialiste Jean-Louis Bianco le 28 janvier 2007. Il est question de Nicolas Sarkozy qui a cité Jean Jaurès dans un discours et de Franck Tapiro, « l’inspirateur » supposé du texte prononcé par le candidat.
Jean-Louis Bianco : « Franck Tapiro, vous le savez, le conseiller en communication, l’un des nombreux conseillers en communication de Monsieur Sarkozy. »
Jean-Pierre Elkabbach : « Oui, mais enfin, notre inspirateur, ce n’est pas Monsieur…
Jean-Louis Bianco : C’est l’inspirateur
Jean-Pierre Elkabbach : Comment il s’appelle ?
Jean-Louis Bianco : Tapiro !
Jean-Pierre Elkabbach : Non, ce n’est pas notre inspirateur.
Jean-Louis Bianco : Mais pourquoi vous dites « notre » inspirateur ?
Jean-Pierre Elkabbach : Ce n’est pas nos…nos…On n’a pas besoin…
Jean-Louis Bianco : Vous n’êtes pas de l’UMP, Jean-Pierre Elkabbach !
Jean-Pierre Elkabbach : Non, non, ni à l’UMP, ni…
Jean-Louis Bianco : « Notre » inspirateur…
Fermez le ban.
100 patates ! ! !
Mais si l’on connaît bien les accointances sarkozystes du monsieur -ce qui n’est pas encore un délit-, l’on a un peu oublié comment Elkabbach avait géré le paquebot France Télévisions, notamment les avantages financiers consentis alors aux animateurs producteurs. Souvenirs, souvenirs.
« Des avantages dont tous les observateurs, de la Cour des comptes aux collaborateurs de Jean-Pierre Elkabbach, en passant par les membres du CSA et les parlementaires, estiment qu’ils sont effectivement exagérés, ce qui pousse la direction de France Télévisions à renégocier les contrats à la baisse. (…) « C’est vrai, admet Jean-Luc Mano, qu’il y a eu des imprudences dans les contrats des animateurs-producteurs. Mais il y a aussi une offensive de la vraie droite qui pense qu’Elkabbach est aux ordres de Mitterrand et qu’il n’a pas aidé Chirac. Pour eux, il est entre la gauche caviar et la droite chicos, celle de Balladur, c’est-à-dire tout ce que déteste la droite populaire. Il y a en plus de l’argent au milieu, des types qui palpent des millions… »
Elkabbach en sera bon pour son poste et un joli running gag aux Guignols de l’infos.
Mais Elkabbach est aussi un être fait de chair. Un être avec des failles, comme le soulève dans le livre un journaliste politique proche d’Elkabbach : « Mitterrand a été ému par le personnage d’Elkabbach et sa disgrâce, alors il a créé une sorte d’intimité. Il avait compris que la faille d’Elkabbach, c’était la culture. Qu’est-ce qui frappe dans la carrière d’Elkabbach ? C’est qu’il n’a jamais écrit, quasiment. Une espèce de maladie ou je ne sais quoi l’empêche d’écrire. Il a fait toute sa carrière en pratiquant l’interview orale et en se faisant aider pour rédiger ses discours et ses interventions. »
Et, la profession de lui tomber dessus à bras raccourcis l’accusant tour à tour de bidonneur, d’égocentrique voire de sarkozyste relié au tout à l’égo, alors que l’homme a tant fait pour l’infos. Pascal Sevran s’en souvient encore. Ingrats !
A lire ou relire sur Bakchich.info
Après avoir intimé à sa rédaction, le 21 avril, d’annoncer à 19 heures le décès de Pascal Sevran, qui n’était pas du tout mort, Jean-Pierre Elkabbach, big boss d’Europe 1, a finalement reconnu qu’il s’était un peu emballé.
« C’est la première grande faute (…)









