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Le Kremlin des blogs

A la terrasse de la Comète, au Kremlin-Bicêtre, aucun ordinateur en vue jeudi 27 aout au soir. Quand les blogueurs quittent leurs écrans, c’est pour mieux rejoindre le zinc du bar. Autour de la table, des informaticiens, des enseignants, des fonctionnaires et même des élus de gauche. Une scène de la vie ordinaire, jusqu’à ce que les internautes commencent à s’interpeller par leurs petits noms : « Bonjour Monsieur Poireau  », «  tiens, Mtislav ! », « voilà, Mademoiselle Ciguë  ». Certains se rencontrent pour la première fois, ils paraissent pourtant bien se connaître. « J’ai vu sur ton blog le post sur Le dernier monde, enchaîne Monsieur Poireau, le film ne t’a pas plu alors ? ». Ces deux blogueurs communiquent presque tous les jours depuis des mois par écran interposé.

« Des liens se créent très vite sur la toile, reconnaît Nicolas, l’organisateur de cette rencontre nationale. A force de consulter les blogs des autres et d’écrire des commentaires, se développe une réelle amitié ». Et il est bien placé pour le savoir : Nicolas est un peu « l’animateur » et la mascotte de cette petite communauté. Son blog politique « partageons mon avis » reçoit plus de 800 visites par jour et il est classé numéro 1 sur le portail de recherche Wikio.

Cet informaticien a lancé son premier blog en 1995. « Je m’ennuyais un peu, et comme j’aime écrire et parler politique, je me suis lancé dans un blog », raconte ce passionné. Aujourd’hui, il anime deux blogs auxquels il consacre trois à quatre heures par jour. Et il n’est pas le seul. Toute une communauté échange et s’informe à longueur de temps. Billet d’humeur sur l’actualité politique, journal intime ou petits riens, chacun apporte quelque chose de personnel. Chaque blog dévoile autant de micro-univers. « C’est une forme de pudeur que d’être impudique, tempère monsieur Poireau, ravi de brouiller les pistes, on montre tout pour mieux se cacher ».

Des visages, des figures

Certains bloggeurs préfèrent d’ailleurs rester anonyme. La majorité d’entre eux, à commencer par les organisateurs, n’étaient pas très chaud pour que Bakchich débarque à la Comète avec sa caméra. Sur un blog, « on peut se lâcher, se défouler », confie l’un d’eux. Un comportement parfois incompatible avec leur métier. Des raisons familiales peuvent aussi expliquer le choix de l’anonymat, « je voudrais pas qu’on vienne embêter mes filles parce que leur papa se défoule sur son blog ». Pour d’autre encore, identifiable, un blog perdrait de son sens. « C’est un lieu de transgression où il n’y a pas de limites, j’y fais ce que je veux », explique Mtislav. Chacun a un droit de vie et de mort sur son blog. Quitte à alimenter les pourfendeurs d’Internet, qui le considèrent comme une zone de non droit. A réguler au plus vite. Bref de l’eau apporté aux moulins des partisans de la loi Hadopi, favorable à une réglementation plus stricte.

D’autres bloggeurs avancent au contraire à visage découvert, y compris dans un cadre professionnel et commercial. En plus de son blog perso, Yann Savidan s’occupe d’animer le blog d’un parti de gauche et celui de la région Bretagne. Et Monsieur Poireau consacre l’un de ses blogs à sa maison d’édition (Filaplomb). Les blogs peuvent aussi servir de tremplins. « Ca m’a aidé à m’affirmer publiquement, ce qui m’a permis d’envisager un engagement sur la scène politique locale », explique Sylvie Stéfani, conseillère d’arrondissement à Lyon. Pour cette blogueuse, il y a une sorte de va-et-vient naturel entre le virtuel et le réel.

« Veux-tu être mon ami ? »

Le blog est avant tout apprécié au titre de réseau social. « Ca m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais pas connu dans la vraie vie, témoigne Gaël De tout sur rien, je suis plutôt du genre timide ». Même si ce n’est pas le même type de contact que dans la réalité, explique Bah !?bycc, une blogueuse satirique, « ça passe par une écriture, une réflexion, un ton ». Le plaisir d’écrire est un motif récurrent chez les blogueurs. « Sur le web, ce qui prend le plus de temps, ce n’est pas d’écrire, mais de chercher un idée originale », confie trublyonne voit la vie en rouge.

Car sur le blog comme dans la vraie vie, tout est affaire de reconnaissance. Aucun blogueur ne reste indifférent aux commentaires des autres, qu’ils soient agréables ou désagréables. Et tous se sont un jour laissés griser par le nombre de visites qu’enregistrait leur page. Le « must » pour un blogueur c’est d’être repris par Wikio et Metapolitic, ou d’être cité dans le journal Vendredi. « C’est un gage de qualité, admet Nicolas. Mais cela peut aussi créer de nouvelles barrières. On n’ose plus écrire aussi librement qu’avant ».

Du virtuel au réel

Le Kremlin des blogs n’est pas le premier à passer de la toile à la réalité. Depuis quatre ans, La République des blogs organise des réunions une fois par mois sur Paris. Mais ce sont deux initiatives bien distinctes selon Nicolas. « Nous nous n’avons pas la prétention d’être des commentateurs objectifs, des journalistes citoyens, nous sommes politisés et nous n’hésitons pas à prendre partis à gauche ». Plusieurs blogs de cette communauté font partis du groupe « left blogs ».

Cette communauté ne se limite pas aux blogueurs parisiens. Organisée fin août, ce Kremlin des blogs devaient permettre de réunir des blogueurs éparpillés au quatre coins de la France, et parfois même de Belgique. Interrogé sur le motif d’un tel rassemblement, Nicolas répond, surpris, « c’est la moindre des choses ». Et Mademoiselle Ciguë de préciser, « se rencontrer permet de mettre un visage sur des idées, il y a des choses qu’on ne peut voir qu’en vrai, un smiley ne remplace pas l’émotion d’un visage ». Une manière de dire que l’envie vient en bloguant.

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Avec son langage fleuri et prompt à dénoncer le « stalinisme » rampant de la société française, le nouveau secrétaire d’État poursuit en diffamation un blogueur.

Ce mercredi en fin d’après-midi, les députés doivent examiner à l’Assemblée le projet de loi Hadopi… pourtant rejeté par ces mêmes députés, le 9 avril. Petite histoire parlementaire.