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Novelli, l'inoxydable de la ligue Occident

Le passé des candidats aux élections régionales est décidément le sujet de prédilection de cette campagne. En tentant de cacher le sien, Hervé Novelli avait déjà fait parler de lui en mars 2009. Le secrétaire d’Etat au Commerce, tête de liste UMP dans le Centre, avait obtenu le retrait d’un reportage de France 3 Centre consacré à sa jeunesse de militant dans le groupuscule d’extrême-droite « Occident » (voir LibéOrléans du 20/03/09). Éjectée du site de la chaîne publique, la vidéo n’avait pourtant pas fini de faire parler d’elle en continuant à se transmettre sur le web. Mercredi, Libération (03/03) rapporte que, « suite à une intervention officieuse » du candidat UMP, « le reportage, signé Xavier Naizet, vient d’être une nouvelle fois victime d’une extraction sauvage ». La direction nationale de l’information de proximité de France Télévision a contacté un député socialiste et lui a fait retirer de son compte facebook la fameuse vidéo… que voici, que voilà :

Le reportage, disponible l’an dernier sur dailymotion ici avait étrangement été retiré depuis. Outre les racines du parcours politique de Novelli avec le mouvement « Occident » (voir plus bas), le long reportage (environ 8 minutes) s’intéresse aussi aux relations entre ce groupuscule et le syndicat des patrons de la métallurgie IUMM qui a financé pendant longtemps les partis politiques. Ce gênant passage pour le ministre des PME avait été analysé en détails l’an dernier par le site rue89.com.

Enjeu central des Régionales

La région Centre, dans laquelle Hervé Novelli est tête de liste, pourrait empêcher Martine Aubry de réaliser le « grand chelem » dont rêve le Parti Socialiste, puisqu’elle est considérée comme une des plus « prenables » par la droite. La polémique avait débuté pendant les candidatures à la candidature en 2009, lorsque le maire UMP de Bourges Serge Lepeltier avait incité la presse à observer l’encombrant passé de son rival. Ce qu’a fait France 3 Centre avant de laisser la censure du CSA faire son chemin. Novelli, qui bénéficie du soutien de la hiérarchie, a néanmoins triomphé de son adversaire d’alors pour se faire investir aux régionales 2010.

En direct de Novelli TV

Cela n’a pas empêché le Secrétaire d’Etat de continuer à essayer de « nettoyer » les tenaces traces du web. Novelli paraît très conscient du pouvoir de la communication sur Internet. D’après La Nouvelle République, 15% du budget de sa campagne est consacré aux nouveaux médias. La Free Box a même diffusée la chaîne Novelli TV sur le Canal 222 pendant 3 jours.
Une curieuse perte de mémoire a, par contre, incité la tête de liste à ne pas s’épancher sur cette période agitée. Sur la longue biographie de son site officiel, une très courte et sobre mention de ces vertes années : « Hervé Novelli milite activement dans les mouvements anti-communistes jusqu’en 1971, où il commence son service militaire ». Sur le site du gouvernement… rien. Le membre du gouvernement peine à se remémorer ce passage de sa jeunesse, au contraire d’un Alain Madelin qui en tartine une couche sur sa bio personnelle.
Hervé Novelli n’était pas plus prolixe quand Le Monde l’avait contacté le 13 février 2005. Le quotidien s’était, à l’époque, intéressé aux anciens membres du mouvement à l’occasion de la sortie du livre Génération Occident (Seuil) de Frédéric Charpier. « J’étais jeune », avait simplement répondu Novelli en guise de justification.

Mais quel est donc ce groupuscule que Novelli aurait tant souhaité oublier ?

Fachos contre cocos

D’après l’historien apparenté PS Joseph Pinard, qui intervient sur le reportage de France 3, le groupe a permis à Alain Madelin, Gérard Longuet et Hervé Novelli d’intégrer dès le début de leur parcours les hautes sphères du pouvoir. « Ils vont rencontrer plusieurs personnages qui joueront une influence décisive sur leur parcours, à savoir d’anciens pro-nazis français. […] On leur a offert des plans de carrière », explique Pinard devant la caméra.

Les futurs ministres passent leur jeunesse dans cette organisation fondée en 1964 dont l’objectif principal semble être de « taper sur le bolchévique ». Dans Génération Occident, Frédéric Charpier rappelle l’un des slogans du mouvement : « Tuez tous les communistes où ils se trouvent ! » C’est dans cet esprit fripon que les Occidentaux vont colporter à coups de poings leur envie d’éliminer des cocos dans les campus, en particulier face aux étudiants qui militent contre la guerre au Vietnam.

En mai 1966, ils font un tel foin dans le Quartier Latin que la pièce de Jean Genet Les Paravents, qui dénonçait les exactions de l’armée française en Algérie, est retirée. Au début de mai 68, ils font monter la sauce en provoquant les manifestants gauchistes. Dans cette archive muette des Actualités Françaises du 5 mai 1968, un millier de rebelles cravatés brûlent des drapeaux rouges et se confrontent au CRS, avec la croix celtique en étendard.

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Mai 68 entraînera quelques dissensions dans le groupe d’extrême-droite entre les membres qui voient là une bonne occasion de renverser le gouvernement gaulliste et ceux, moins utopistes ( !), qui préféraient « casser du Rouge ». Après plusieurs violents dérapages, l’association fasciste est dissoute par un décret du 31 octobre 1968. Alors que Madelin ou Devedjian bifurquent vers la droite plus « classique », Novelli rejoint Ordre Nouveau, successeur d’Occident.

Actif de 1969 à 1973, Ordre Nouveau, dont l’emblème est la croix celtique, jette les bases du Front National que Novelli rejoindra par la suite. Les rapports avec les partis moins radicaux ne sont plus systématiquement antagonistes puisque le mouvement apporte parfois son soutien à la droite de gouvernement contre la gauche. Les confrontations avec les communistes restent chaudes. Le 21 juin 1973, Ordre Nouveau organise à Paris un meeting public avec le thème très peu hospitalier :« Halte à l’immigration sauvage ! » pour « faire le procès de l’immigration sur toutes ses formes : économique, sanitaire, politique » . Des manifestants de la Ligue communiste révoltés de la tenue de cette réunion se font éjecter par les policiers et le service d’ordre.

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L’épisode marque la fin d’Ordre Nouveau. Deux jours plus tard, le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin prononce la dissolution de la Ligue Communiste et du mouvement. Une décision injuste pour les communistes et les nationalistes. Sans doute la seule fois où les deux sont d’accord…

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