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Mélenchon pas les torchons et les serviettes

On prétend souvent que Jean-Luc Mélenchon est un "bon client" pour les journalistes. Le leader du Front de Gauche n’hésite pourtant pas à les critiquer. Le 19 mars 2010, dans une manifestation du Front de Gauche entre les deux tours des régionales, Jean-Luc Mélenchon a dit tout le bien qu’il pensait des médias à un étudiant de l’école de journalisme de Sciences Po : « Ce mélange de voyeurisme et de prostitution de l’esprit public va continuer jusqu’à la catastrophe ! »

En cause : le titre d’un article du Parisien la veille « Faut-il rouvrir les maisons closes ? ». Malgré le manque visible d’entrain de Mélenchon pour ce sujet, l’apprenti-journaliste insiste pour avoir son point de vue. « Ça n’intéresse personne, sinon vous et votre sale corporation voyeuriste et vendeuse de papier », s’enflamme le socialiste, « Vos sujets de merde, vous allez les faire avec des gens qui répondent à la merde ». L’étudiant, traité de « petite cervelle », se fait remettre à sa place : « Tu fermes ta petite bouche, tu me parles de politique. Moi je te parles de médias et de ton métier pourri ! »
Résultat : plus de 30000 vues en moins de 24 heures pour la vidéo postée sur dailymotion et surtout plus de 80 commentaires, souvent favorables au leader du Front de Gauche.

Vengeance

Pour Mélenchon, les journalistes sont donc souvent des moutons voyeuristes qui ne s’intéressent pas aux sujets qui touchent les citoyens, mais aussi de vilains menteurs
En novembre 2008, le vif politicien et l’AFP s’étaient échangés une flopée de mots doux que Bakchich avait eu le plaisir de publier.
Le tout frais créateur du Parti de gauche n’avait pas apprécié la façon dont l’Agence France Presse avait couvert son congrès fondateur. « Un bon millier » de personnes s’étaient déplacés, d’après l’AFP, alors que Mélenchon, évoquant « Une sous-évaluation délibérée », en avait dénombré 3040. D’après l’ancien socialiste, la journaliste se serait plaint d’avoir « dû venir à pied parce qu’il n’y a pas de parking réservé » et de ne pas obtenir une interview de lui « séance tenante » avant son discours d’ouverture.
Pour vous remémorer toute cette charmante affaire, qui a bien failli se terminer en procès, entre l’ex-socialiste et la vengeresse, n’hésitez pas à (re)lire notre article AFP, ne Mélenchon pas tout

Où sont les "petits candidats" ?

Marchais, Sarkozy, Chirac, Mitterrand ou Giscard se sont déjà illustrés en provoquant un journaliste dans son émission (voir sur Bakchich.tv). Comme le socialiste Vincent Peillon, Jean-Luc Mélenchon avait envoyé Arlette Chabot « au diable ( !) » pendant l’émission "A vous de juger", juste avant les élections européennes en juin 2009. Mais sa diatribe n’avait pas eu le même impact à cause des accusations très douteuses de François Bayrou contre Daniel Cohn-Bendit. Les attaques de Mélenchon étaient pourtant plus intéressantes.
Il s’en était expliqué sur RMC en accusant Arlette Chabot (qui était « comme une boule dans un flipper ») d’avoir organisé le débat de telle manière qu’il a tourné à « la foire d’empoigne ». Puis sur "Le Grand Journal" (Canal +) en soutenant que « le service public s’est couvert de honte ». Deux gros griefs à son encontre : le manque de débat sur l’Europe et la mise à l’écart des soi-disant "petits candidats".

Les autres votent à droite

Le 12 janvier 2009, il s’était déjà plaint de cet ostracisme audiovisuel pendant un débat sur la réforme de l’audiovisuel public : « Le respect du pluralisme politique n’est pas respecté ». « A voir les petits écrans, on a l’impression qu’il n’y a qu’un parti. Parfois, qu’il n’y en n’a que deux, ce qui est déjà mieux mais qui n’est pas conforme à la réalité », avait développé le député de l’Essonne. Et les journalistes ?
« C’est facile : tout ceux qui sont au placard sont de gauche et tous les autres sont de droite… »

Fouineurs de la vie privée

Après le fumeux SMS « Si tu reviens, j’annule tout » dégotté par le site du Nouvel Observateur, Rama Yade était venue à la rescousse de Nicolas Sarkozy en les traitant de « charognards ». Pour une fois, Mélenchon est tout à fait d’accord avec la ligne du gouvernement et critique cette indécence sur la vie privée.
Dans l’émission "La voix est libre" du 9 février 2008, il en profite pour régler un petit compte avec l’un des journalistes de France 3 Paris Ile-de-France qui avait rappelé le surnom qu’on lui donnait au PS : « Vous même m’avait traité de manière indigne la dernière fois que je suis venu ici ».

Jean-Luc Mélenchon s'exprime sur les journalistes - kewego
Lors de l'émission de "La Voix Est LIbre" du samedi 9 février 2008 sur France 3 Ile-de-France

Un calcul affiché

Mais pourquoi est-il si méchant ??? La passion qu’éprouve Jean-Luc Mélenchon pour les journalistes avaient interpelé Arrêt sur Images le 9 octobre 2009. Quatre jours avant, il avait réussi à réprimander Alain Duhamel (RTL), l’équipe du Grand Journal (Canal +) et Bernard Guetta (France Inter), qu’il a accusé « tous les matins, de faire la propagande pour le oui » pour le traité de Lisbonne. Sur le web, l’homme politique a alors analysé avec lucidité ses multiples altercations sur les plateaux télés et en radio.
« Mon intérêt est d’utiliser de chacune de ces situations, d’abord pour les montrer du doigt et pour essayer de discréditer la ligne médiatique. », explique-t-il avec franchise. « Parce que chaque fois que j’augmente le nombre de gens qui ne croient pas ce qui est dit dans la presse, je renforce mon camp. Car s’il croit ce qui est écrit dans la presse, je n’existe pas. Donc mon intérêt est de les disqualifier. »
Le but est de souligner « qu’ils mentent, qu’ils truquent, qu’ils trichent… Et comme c’est vrai, et que je les prend la main dans le sac, ça marche. »
Mélenchon n’occulte pas le gain de voix que lui rapportent la critique des médias (une position qui avait d’ailleurs beaucoup profité à François Bayrou durant la campagne pour la présidentielle en 2007) : « Je vais pas raconter d’histoire, ça m’a profité (…) Moi ça m’arrange d’incarner le personnage qui ne se laisse pas faire. »

Les abonnés d’Asi peuvent savourer l’émission en intégralité ici.

La propagande du "oui"

La version longue de l’interview de RTL (05/10/09) vaut son pesant de cacahuètes. Jean-Luc Mélenchon interviewé par Jean-Michel Aphatie s’insurge contre le journaliste politique Alain Duhamel après que l’on ait obligé le peuple irlandais à revoter pour le traité de Lisbonne. Tout au long de l’interview, c’est le politologue en prend pour son grade. « Il y a une différence entre ma position et sa propagande  », grommelle le socialiste. Mais la conclusion est plus aimable : « J’ai beaucoup d’estime intellectuelle pour Alain Duhamel, qui défend ses idées. Et moi je défends les miennes. »


Quand Jean-Luc Mélenchon "attaque" Alain Duhamel sur RTL...
envoyé par rtl-fr. - L'actualité du moment en vidéo.

Il avait prévenu…

Quelques jours après la polémique Peillon-Chabot, le 26 janvier, le président du Front de Gauche
avait rencontré des blogueurs (dont Seb Musset qui avait publié la vidéo sur son site) à l’initiative de Jacques Rosselin, rédacteur en chef de Vendredi. Le sénateur de l’Essonne s’est régalé de répondre à la question « Comment sortir du prisme journalistique dominant pour changer la manière dont sont abordés débats et thématiques ? ». Sans le savoir, Mélenchon analysait déjà la fameuse engueulade de ce mois-ci.

NB : Si la vidéo n’apparaît pas, vous pouvez l’afficher en cliquant là.