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Poker, le jackpot de la pub
Ils l’attendaient comme on guette un gros héritage. La mangeoire des jeux d’argent en ligne est désormais à portée de bec. Pour l’État,
l’ouverture aux paris sportifs, hippiques et de poker sur Internet,
votée le 8 avril, devrait rapporter entre 2 et 3 milliards d’euros.
D’autres ont déjà croqué le fruit interdit. Comme l’Olympique Lyonnais, qui a arboré le logo de son sponsor BetClic, site de paris sportifs, face à Lille, le 11 avril. Avant même que les décrets d’application n’aient été promulgués. Côté médias, on s’embarrasse encore moins. Il n’y a qu’à voir les journaux spécialisés qui font leurs choux gras de la pub pour les sites illégaux de poker. Depuis 2006, pour les premiers servis…
Pactole
Une situation de totale impunité ? Nathalia Bianchi, chef de pub au mensuel Poker magazine, l’explique par « une tolérance de la part de la police des jeux ». Au titre qu’« il n’y a pas d’incitation au jeu sur nos couvertures et que nous nous adressons à un public averti ».
À regarder de près les pubs qui inondent le marché, on pouffe : « Partagerez-vous le bonus WPT de 1 000 000 $, une exclusivité Partypoker ? » Ou encore : « Pokerstars : un total garanti de 45 000 000 euros ». Georges Djen, patron de Live poker, le premier à avoir sauté sur le pactole en 2006, reconnaît avoir eu une « convocation deux ou trois fois par les flics, mais uniquement pour du renseignement car [il n’était] jamais sorti des clous ».
Les ministères de l’Intérieur et des Finances font quant à eux silence radio. Pour preuve, la question écrite du député PS Gaëtan Gorce, datée du 1er décembre sur « la publication d’un magazine de poker gratuit exclusivement consacré à des publicités pour des jeux en ligne illégaux ». Il attend toujours une réponse.
Pendant ce temps, la manne publicitaire aiguise les appétits. À 6500 euros brut la double page de pub et 4000 la simple, la tentation est grande de créer un canard de poker. Si l’on applique ces tarifs à Poker magazine, avec 31 pages de pub au mois de mars, le mag aurait touché aux alentours de 99000 euros brut par numéro. De belles sommes qui rentrent, de petites qui sortent : déclinaison française de son grand frère américain Cardplayer, Poker magazine est au trois quarts rempli par des articles traduits ; l’équipe est donc réduite.
Espoirs perdus
Mais dans cette ruée vers l’or, beaucoup se cassent les dents. « Des magazines se créent tout le temps, mais la plupart tiennent de trois mois à un an. Les annonceurs ne s’y trompent pas ! » assure le boss de Live poker.
Au cimetière des espoirs perdus : Poker attitude, Poker world, Poker pro, Poker expert… Le petit dernier, That’s poker, semble promis au même avenir, avec seulement cinq petites pubs pour des sites illégaux dans le dernier numéro. Lot de consolation : Virginie Efira, ex-présentatrice sur M6 et de Canal+, y joue les égéries du site
Poker770, exilé fiscal en Angleterre. Une belle reconversion pour star
au chômedu.
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