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Les éléphants du PS ont la mémoire Frêche
— « Attention, dépeins-tu Frêche ? », s’inquiète mon voisin de gauche en entendant mon ordinateur émettre des discours du bouillant Montpelliérain.
— Non, camarade : on va avoir droit toute la semaine aux portraits sur Georges Frêche et le rappel de ses nombreux dérapages pas toujours très catholiques (voir d’ailleurs ici nos boulettes Frêche).
— En plus, les politiques de droite et de gauche qui le conspuaient jadis se sont hâtés, sitôt sa mort prononcée, de lui rendre hommage pour que leurs réactions soient bien retranscrites dans les journaux du matin.
— À part Cohn-Bendit qui a quand même confirmé qu’il le trouvait « exécrable » ! Je me demande si Mélenchon, qui l’avait traité d’« énergumène hirsute, claudiquant, vociférant et délirant » en janvier dernier, parlera de lui…
— Mais c’est vrai que tous les ténors du PS, tout en rappelant ses récentes ruptures avec le parti, n’ont pas lésiné sur les qualificatifs.
— François Hollande, qui l’a exclu en 2007 l’a qualifié de « bâtisseur » « visionnaire ».
— Ils ont dû se donner le mot : Jack Lang le voit comme « l’un des grands bâtisseurs des années 80 ». Comme Cambadélis qui l’a décrit comme un « bâtisseur, concepteur ». Et sa grande amie Martine Aubry, je te le donne en mille : « Un grand élu visionnaire et bâtisseur » !
— On appelle ça des « éléments de langage » ; pas de réactions qui dépassent. Et pourtant, les relations de Frêche avec les socialistes ont très souvent été conflictuelles.
— Ah bon, ça ne date pas de son exclusion en 2007 après ses propos sur les blacks de l’équipe de France ?
— Tu parles, il était piquant avec ses collègues roses dès la présidence de François Mitterrand qui n’avait pas voulu de lui comme ministre et l’avait écarté du Congrès d’Epinay en 1971. En 1982, à Montpellier, alors que le ministre des relations extérieure de Tonton est à Alger pour rendre hommage aux morts du FLN, les drapeaux sont en berne pour montrer le soutien du maire aux pieds-noirs. Vingt ans plus tard, il a été bien seul chez les socialistes à signaler pendant la campagne de 2002 que le programme de Jospin ne s’adressait pas assez aux ouvriers. En janvier 2007, il menaçait de « semer une panique que vous pouvez pas imaginer » en sortant ses archives sur ses copains du PS !
— Tiens, ça me rappelle une vieille archive de l’Ina. C’était en 1991 et on a l’impression que ça se passait la semaine dernière. François Hollande, jeune député de Corrèze de 37 ans, déplore le manque d’unité chez les socialistes et s’en prend à ceux qui « cassent cette organisation ». De l’autre côté, George Frêche se plaint du programme socialiste « fait par des philosophes » à la veille du Congrès de l’Arche en se livrant à un jeu de massacre : « C’est bien qu’il y ait des éléphants qui gouvernent, mais le parti est gouverné par une vingtaine d’éléphants. Tout le monde sait que, comme dit les sages d’Afrique, tous les éléphants iront mourir aux mêmes cimetière ». De son vivant, ils auraient été peu à le décrire comme un « bâtisseur » ni un « visionnaire ».
— Pourtant, sur le parti, cet éléphant là ne s’est pas trompé énormément.








