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Jean-Luc Mano, mercenaire de l'info

Quand Mme de Fontenay apparaît avec sa troupe, le plus difficile est, dans le lot de toutes ses belles, de désigner la plus jolie. Ce n’est pas pareil quand vous voulez choisir le type le plus oublieux que vous ayez rencontré dans votre vie : là, Jean-Luc Mano s’impose. Hasard, c’est le regretté Saddam Hussein qui m’a permis de fréquenter ce Mano-là. Je me demande même si le raïs irakien n’a pas fait exprès d’envahir le Koweït pour faire venir Jean-Luc à Bagdad.

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Jean-Luc Mano
Dessin de Magnat

Nous sommes en décembre 1989, la guerre du Golfe mijote depuis août, les soirées de Bagdad sont encore calmes et chaudes. Au cœur de la nuit, avant le premier muezzin, un type hurle à poil sur un balcon de l’hôtel Palestine : « À mort Saddam ! » Un cri qui n’effraye que quelques chats.

Confident de tonton

Voisin de palier, je me précipite dans la chambre tapageuse. Le hurlant de la nuit se présente : « Jean-Luc Mano. » Suit une conversation au terme de laquelle le radical et néocolonial Mano met un point final : « Ah ! Je vois, toi, t’es tiers-mondiste… »

Être qualifié de « tiers-mondiste » par un type qui, avant d’être un espoir du PC, a été un lycéen très enragé, ça épate. En 1972, à 16 ans, Jean-Luc est membre, à Paris, de l’Union nationale des comités d’action lycéens, une couveuse à trublions. En 1975, ayant miraculeusement échappé au trotskisme, Mano entre au PC et préside l’Unef. Il est encore de gauche. Mieux, il travaille comme journaliste à l’Humanité, où on le remarque vite pour la qualité de ses fautes d’orthographe. Mitterrand au pouvoir, le PCF propose à Jean-Luc d’intégrer TF1, la télévision d’État, au titre du pluralisme. Mano devient correspondant de la chaîne à l’Élysée et le confident de Tonton. C’est lors d’un léger séjour au placard, donc nommé reporter, que je croise un Mano désemparé à Bagdad. Court placard puisqu’il est désigné chef du service politique de la Une.

Traversée du désert

Il passe à Globe, l’hebdo créé par Pierre Bergé afin d’encenser un peu plus son président. Lassé, il retourne à la télé comme directeur de la rédaction de France 2. En 1999, puisqu’il fait moins rire Chirac que Tonton, Jean-Luc entame une longue marche qui le conduit de France-Soir à BFM en passant par VSD, le Nouvel Économiste, RMC, i-Télé.

Pour parler comme Christine Lagarde, Mano a fait 360 degrés : il est de droite. Il a enfin compris que le journalisme, métier qui enjoint de « réconforter les faibles et d’affliger les puissants », n’est pas fait pour lui. Il devient « conseiller », d’abord «  là où il y a de la fraîche, en Afrique ». On le voit cirer les bottines de l’excellent dictateur togolais contre, dit-on, 450 000 euros. Pourtant si, pour Mano, l’Afrique est riche, elle est sèche et lointaine. Il est plus simple de cornaquer MAM, Albanel, Estrosi ou le Darcos de l’Éducation nationale, à Paris. Broutilles. Mano a enfin trouvé de l’or, celui d’Albert, le SAS de Monaco. Avec Mano comme ami, le prince n’a plus besoin d’ennemis.

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