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EMBALLEMENT(S)

Les linguistes de 2050 relèveront sans doute que, dans la seconde décennie du XXIe siècle, la langue de la communication française s’est enrichie de deux expressions énigmatiques : « le pronostic vital est engagé », qui s’applique dès qu’il est question d’un mauvais furoncle ou du malaise vagal de votre poisson rouge, et « l’emballement médiatique », qui sévit généralement lorsqu’un ministre est soupçonné d’un faux-pas. Nous ne trancherons pas sur le fond, mais sur la forme : ce « pronostic vital engagé » ne veut strictement rien dire (son contraire serait-il : « le pronostic est dégagé ?) mais ressemble à une réplique d’Urgences et donne un orgasme au commentateur naïf qui le suçote. Quant à l’emballement, forcément, il galope, alors que le bruit se contente de courir, alors, je vous en prie, ne montez pas sur vos grands chevaux !

DIFFICILE TRI SELECTIF

L’emballement passe bien à tort pour être le contraire du déballage. Il ne faut pas le confondre avec l’emballage, qui encombre nos réfrigérateurs et nos poubelles, le tout impunément, puisque la mode consiste à clouer au pilori non les emballeurs, mais les déballeurs, du moins lorsqu’il est question de déchets domestiques. Le consommateur (qui a tort, puisqu’il consomme trop) doit se racheter en triant méticuleusement ces saloperies d’emballages quasiment indestructibles que des aigrefins lui ont vendus à prix d’or et avec la bénédiction des autorités morales qui nous gouvernent.

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Et si en plus le consommateur culpabilise un max d’avoir laissé un pot de yaourt dans le sachet compost, c’est encore mieux pour ralentir le réchauffement climatique. Eh bien, l’emballement médiatique, dès qu’il y a du fric, du sexe et du pouvoir, déchaîne de telles passions contradictoires que le tri sélectif est impossible. Ça déferle trop fort. Première vague, l’avalanche sur le pervers ; deuxième vague, Dominique sauvé des eaux. Mais qui a mis le turbo dans la baignoire, hormis ces bons apôtres qui aujourd’hui dénoncent les méfaits d’un «  emballement médiatique » scandaleux ? L’emballement médiatique, c’est le produit des médias, leur emballage de vendeur de sensations et d’émotions, alors, ou bien ils assument leur propre démesure et piquent du nez lorsqu’ils ont déconné, ou bien ils ne se mêlent pas de voir l’emballement médiatique dans l’œil du voisin tout en jurant avoir les paupières innocentes ! Reprenez toute la presse et les vidéos de l’affaire DSK depuis son début, et demandez-vous si le tri sélectif était possible – et s’il est possible aujourd’hui où l’on voit une grosse coulée de boue tomber sur la victime d’hier…

FEUILLETON OU EFFEUILLAGE ?

Et puis, il y a cette image du feuilleton, qui mérite un peu de réflexion. L’idée que les médias ne rapportent pas des évènements, mais racontent une histoire est là, avouée dans toute sa splendeur. Or, dans cette affaire comme dans toute affaire, il y a une succession de faits, qui ne constituent pas forcément une intrigue : la lente progression d’une enquête, ce n’est ni la mise en actes d’une tragédie, ni l’écriture d’un roman. Trop facile, le coup du « feuilleton » : la suite au prochain numéro, c’est ça, coco, qui fait vendre. Le « story telling », avec ses clichés bien classiques («  l’irrésistible ascension », « grandeur et décadence », « la chute du géant », «  la résurrection de l’innocent  », «  mère courage  », etc.), c’est le cœur de la « communication » contemporaine, ça remplace l’analyse politique, la distanciation intellectuelle, l’information argumentée, bref, c’est le steak saignant jeté au lion qui s’emmerde dans sa cage comme le citoyen et la citoyenne dans leurs vies de boulons. On n’a pas tous les jours un prince qui se marie ou des footballeurs débiles qui font les bouffons, d’accord, mais, l’un dans l’autre, coco, on se débrouille.

Si en plus il y a du cul, alors là, pas de problème. Un viol ? Le panard absolu ! Misère, on s’est fait casser la baraque par la justice américaine : elle a démarré sur les chapeaux de roues, mais elle a coupé les feux en trois semaines. En France, ce genre de bouzin aurait pris trois ans à se décanter, dans un sens ou dans l’autre : nos feuilletons, depuis Dumas, c’est des romans-fleuves. On va peut-être pouvoir se rattraper avec la dernière péripétie, made in France, celle-là, et qui a déjà traîné pendant des années en coulisses. En tout cas, on peut repartir d’un bon pied sur les dadas habituels, la perversion de ceux qui nous gouvernent, les victimes silencieuses qui ont tant de mal à se reconstruire, la honte, la frime, la présomption d’innocence, le machisme, la sacralisation de la parole des victimes : sur tout cela, il y a matière à réflexion, mais, de grâce, n’en faisons pas un roman, avec ses bons et ses méchants, son côté rose, son côté noir et la suite au prochain numéro !

VAS-Y, JEANNOT, EMBALLE SEC !

Toujours est-il qu’on se souviendra du sarkozisme comme une période où le sexe a pris son envol politique. Du divorce du Prés’ nouvel élu à la prégnance de sa nouvelle meuf, la chambre à coucher du locataire de l’Elysée a pris un lustre exceptionnel. Et je te tripote, et je te bisoute, elle est pas belle, ma femme ? C’est un style. Son ex-adversaire va s’affronter en primaire à son ex à elle, mais les deux se sont recasés, c’est cool. Et les autres se démerdent comme ils peuvent, en jouant à la turlutte finale ou en prenant leur pied avec ceux des autres… Surveillez les slows, dans les universités d’été des partis : c’est là que se font et se défont les gouvernements. Je déconne, bien sûr, mais le radada semble être devenu le cœur battant de la politique.

Plus grave, ces perplexités chipoteuses et ces sous-entendus vertueux sur l’absence de jalousie affichée de telle épouse dont le principal mérite n’est pas d’être riche, mais d’être résolument au côté de son mec quand il est dans la panade. D’abord, relevons qu’à part le père De Gaulle (mais certains ont assuré qu’il savait où aller, à Londres, pour se détendre), les présidents de notre République n’ont pas laissé des réputations sans tache dans les draps extraconjugaux. De là à conclure que le pouvoir aiguise le sexe, il faut vraiment oublier que la monogamie est un choix culturel officiel que les statistiques démentent catégoriquement. Si les politiques des deux sexes étaient les seuls à s’envoyer en l’air hors de la maison, le monde serait vraiment triste. Manquerait plus que ça. « Jouissez sans entraves », c’était bien un slogan politique, il y a des siècles, à l’époque où Libé était gauchiste, Cohn-Bendit plus rouge que vert et DSK fumeur de pipes (je l’ai vu sur une photo) ?

A l’heure où, en acceptant toutes les formes de sexualité entre adultes consentants, on a fait un grand pas dans l’amélioration de la morale, avis à tous ceux qui voient de la pathologie dans chaque bandaison et des feux de culotte dans tous les émois, histoire d’améliorer leur tirage !

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