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Contagion : Steven, pourquoi tu tousses ?
Un virus très très méchant se répand sur terre et décime une pléiade de stars emmenée par Matt Damon, Kate Winslett ou Jude Law.
Sur tes conseils, j’ai vu Il était une fois en Anatolie.
Alors ?
Eh bien, je ne te remercie pas. 2H 20 avec des gros moustachus habillés en Célio qui discutent du goût du yaourt dans une voiture pourrie. C’est Les Experts au fin fond de la Turquie, avec deux plombes pour retrouver le cadavre, les mecs qui n’ont pas de body bag et qui n’arrivent pas à mettre le corps dans le coffre, avant l’autopsie, ultra gore, mais complètement hors-champ.
Tous les mauvais goûts sont dans la nature…
Si c’est toi qui le dis… Et cette semaine, tu conseilles quoi ?
Pourquoi pas Contagion ?
L’histoire du virus tueur signée Steven Soderbergh.
Exact.
Sodo adore le cinéma de genre
C’est drôle que le réalisateur de Che ou de Sexe, mensonges et vidéo s’attaque à un sujet de série B.
Tu sais, Sodo adore le cinéma de genre : il a abordé le polar, la SF, le film de braquage et on va bientôt découvrir son film de baston, Haywire, avec Gina Carano, star féminine du Free Fight. Drôle de filmo…
Et Contagion ?
Imagine un virus maousse costaud, genre H1-N1 puissance 1000. Un éternuement, une poignée de main, un simple contact et le virus se propage, avec la mort dans les 48 heures. La pandémie la plus dévastatrice depuis la grippe espagnole explose dans tous les pays et Sodo suit une poignée de personnages : des scientifiques, un veuf et sa fille, un charlatan, un journaliste, un bureaucrate, un biologiste…
Bref, un vrai film-catastrophe, avec un casting all stars comme dans les années 70.
Un casting de stars décimées
C’est exactement ça, Contagion est construit sur le modèle de La Tour infernale ou de Tremblement de terre. Une douzaine de stars, une menace planétaire et le casting qui rétrécit au fur et à mesure. C’est la bonne surprise de Contagion. Gwyneth Paltrow a deux scènes, se met à tousser et succombe avant d’être spectaculairement autopsiée, avec le crâne délicatement décalotté.
Merci pour le spoiler.
C’est la première victime. Je ne dis rien pour les autres. Mais tu vas passer ton temps à te demander qui sera le prochain qui va tousser.
C’est flippant !
Bien sûr. Dès la mort de Gwyneth, tu te dis que tout est possible et que l’humanité entière risque d’y passer. Enchaînant les scènes épouvantables, glaçantes, tournées à la manière d’un doc, Sodo joue admirablement avec nos peurs post-Fukushima : la fin inéluctable de l’humanité. Dans ses meilleurs moments, le film transmet cette peur existentielle nichée au cœur de La Route, le chef-d’œuvre de Cormac McCarthy.
Et dans ses pires moments ?
Sodo en fait trop
Sodo ne peut s’empêcher d’en faire trop. Après une première partie vraiment anxiogène, il multiplie les pistes et les personnages, fragmente le récit, déconstruit la dramaturgie, se perd et nous perd. Quel intérêt de suivre l’enlèvement de Marion Cotillard à Hong Kong, ou les magouilles de Jude Law, bloggeur pas très net ? Pourtant, quand le monde entier commence à périr, que l’état martial est déclaré et que les survivants commencent à piller et s’entretuer les uns les autres, il y avait de quoi sculpter une superbe série B, nerveuse et implacable, sur les traces de Je suis une légende ou de 28 jours plus tard. Par manque de moyen ou d’humilité, Sodo abandonne l’aspect thriller parano, et nous barbe avec un film didactique qui ressemble à une brochure de l’OMS : essais et mise au point du vaccin, tirage au sort pour déterminer les heureux bénéficiaires du médicament-miracle. Bref, c’est un peu le coïtus interruptus avec ce Sodo-là.
Humour !
Le sexe puni de mort
Je rigole, mais il y a quand même quelque chose de fondamentalement dégueulasse dans le script.
Accouche.
Comme je te le disais tout à l’heure, Gwyneth Paltrow est la première victime du virus. Et comme par hasard, c’est une femme adultère. Mariée à Matt Damon qui a pris 200 kilos, elle couche avec un ancien amant et, hop, punition divine, elle crève. Comme dans un nombre incalculable de films, et pas seulement le film d’horreur, le sexe est puni. De mort ! Véhiculer un tel message en 2011 n’en finit pas de m’étonner.
Bon alors, j’y vais quand même ?
Oui, car Sodo a du talent et que tourner un film-catastrophe en style documentaire était une putain de bonne idée. Un Sodo vraiment très intense.
Marc Godin
Contagion de Steven Soderbergh avec Matt Damon, Gwyneth Paltrow, Kate Winslet, Marion Cotillard, Jude Law. En salles le 9 novembre




