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Toutes nos envies : « Indignez-vous ! », le film
Un juge d’expérience et une jeune juge condamnée par la maladie luttent contre le surendettement. Gros mélo + gros clichés + grosses ficelles = grosse bouse.
Toutes nous envies, c’est le film adapté du beau roman d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne ?
Librement, vraiment très librement.
Tu veux dire quoi ?
Le réalisateur Philippe Lioret ne l’a « adapté » que très partiellement. Il a oublié les cent premières pages avec le tsunami en Thaïlande et s’est concentré sur la deuxième partie du roman, sur les deux petits juges de province qui luttent contre le surendettement des ménages. Et même là, il trahit, simplifie, ne garde que le squelette des personnages pour en faire un gros mélo dans l’air du temps, très « Indignez-vous ! »
Alors ?
Toutes nos envies fait partie de ces longs-métrages français que j’appelle les films « C’est pas bien ».
Pardon ?
Depuis, le mois de septembre, les films « C’est pas bien » pullulent sur les écrans.
OK, envoie ta petite théorie.
Les films C’est pas bien, spécialité de la rentrée
Ça a commencé en septembre avec La guerre est déclarée, un film où tu apprends que « C’est pas bien le cancer d’un enfant ». Après tu as eu le très surestimé Polisse, et le « C’est pas bien les pédophiles ». Avec Intouchables , on est passé à la vitesse supérieure avec le double « C’est pas bien ». Pour faire venir le public en masse, les deux réalisateurs qui ne reculent devant aucun effet nous ont servi une double dose : « C’est pas bien la paralysie » ET « C’est pas bien l’intolérance ». Résultat, quatre millions de spectateurs en deux semaines ! Dans Toutes nos envies, Lioret s’offre également une double ration avec le « C’est pas bien le cancer du cerveau » et « C’est pas bien les sociétés de crédit ». Encore plus fort, Lioret te fait comprendre que ces sociétés sont… le cancer de notre société.
Pas mal, t’es mûr pour bosser aux Cahiers du cinéma.
Tu m’insultes ?
Mais bon, c’est comme d’hab, tu veux faire ton petit malin, tu n’aimes pas les mêmes films que tout le monde.
Ah non, pas toi ! Tu ne vas pas me faire non plus le plan démago du producteur de Toutes nos envies, Christophe Rossignon, qui déclare « Il faut regarder ce film avec le cœur et non avec le cerveau » ?
Balance le pitch !
Sainte Marie Gillain
On a donc deux gentils juges, Vincent Lindon et Marie Gillain, qui affrontent de méchantes sociétés de crédit, David contre Goliath, quoi ! Quand la douce et diaphane Marie Gillain découvre qu’un méchant glioblastome lui bouffe le cerveau, elle va essayer d’engager un dernier combat avant de mourir : lutter contre les crédits à la consommation qui étranglent les petites gens avec leurs taux prohibitifs, et aussi trouver une nouvelle petite femme pour son mari quand elle ne sera plus là pour s’occuper de ses enfants. Toutes nos envies raconte donc le chemin de croix d’une sainte, Marie Gillain, qui découvre en Vincent Lindon un juge d’expérience, un compagnon de lutte, un père de substitution, et peut-être un amour plus fort que tout. Mais impossible de s’identifier ou d’être ému : on est dans les stéréotypes, le cliché à deux balles : Lindon sort Gillain de son hosto, lui arrache ses perfs pour lui faire découvrir… le rugby ; les avocats des sociétés de crédit ressemblent à des croque-morts en costards ; Amandine Dewasmes, qui incarne une maman surendettée, arbore pendant deux heures un air niais, comme une pietà d’opérette extatique… Ce n’est plus un film, c’est un suppositoire ! Lioret en fait des caisses pour que tu sois ému ET indigné. Difficile d’être seulement intéressé par les ectoplasmes dépressifs qui s’agitent mollement sur l’écran.
Conclusion ?
Pour un film « C’est pas bien », c’est vraiment pas bien.
Marc Godin
Toutes nos envies de Philippe Lioret avec Vincent Lindon, Marie Gillain, Amandine Dewasmes, Yannick Renier, Pascale Arbillot. En salles le 9 novembre




