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L’ordre et la morale : fucking Mathieu Kassovitz
Apocalypse Ouvéa. Un gendarme tente d’empêcher un massacre lors de la prise d’otages à Ouvéa en 1988. Kassovitz revient aux affaires et fait flamber la pellicule.
J’aime bien Mathieu Kassovitz.
Moi aussi. Pourtant, il fait tout ce qu’il faut pour qu’on le déteste. Il emmerde les journalistes, se comporte comme un rebelle à deux balles, raconte des conneries conspirationnistes à la télé, mais surtout il a flingué sa carrière dans les grandes largeurs.
Explique !
Excellent comédien, il fait sa coquette, annonçant régulièrement qu’il ne veut plus jouer. En tant que réalisateur, il a fait tout et surtout n’importe quoi.
C’est le metteur en scène de La Haine quand même.
L’énigme du ciné français
T’as raison. Mais depuis ce coup de boule au plexus, c’est quoi sa filmo ? Assassin(s), un truc prétentiard pas vraiment maîtrisé ; Les Rivières pourpres, un blockbuster crétin avec Jean Reno ; Gothika, une série B d’horreur tourné pour les Américains ; et Babylone A. D., big nanar avec Vin Diesel en débardeur. Kasso, c’est l’énigme du cinéma français : un talent fou, gâché à cause de la mégalomanie du bonhomme, au service de rien. Triste.
Et L’Ordre et la morale ?
Après ce désastre absolu qu’est Babylone A.D., Kasso revient en France pour ce projet qu’il tente de monter depuis dix ans. Avec un budget très limité, on parle de 13 millions d’euros, des hélicoptères Puma en plastique et en bois, Kasso fait ce qu’il sait faire le mieux : du ciné engagé, enragé, porté par une mise en scène dopée au napalm, à l’adrénaline.
Après les banlieues, la grotte
Après les banlieues à feu et à sang, Kasso s’attaque à la prise d’otages dans la grotte d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, en 1988.
Exact. Kasso colle cette fois aux rangers de Philippe Legorjus, capitaine et négociateur au GIGN. Dès qu’il débarque en Nouvelle-Calédonie pour intervenir lors de la prise d’otages de gendarmes qui a déjà fait quatre morts, Legorjus découvre que l’armée va intervenir, pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, sur le territoire de la République, ce qui est contraire à la Constitution. Dès lors, une mécanique infernale s’enclenche. Nous sommes en pleine campagne présidentielle et Mitterrand affronte Chirac dans un duel où tous les coups, surtout les plus bas, sont permis. Les Kanaks qui veulent faire entendre leur voix sont transformés en terroristes et – malgré les efforts de Legorjus qui va tout faire pour tenter de trouver une issue pacifique – la prise d’otages va se terminer dans un bain de sang dans la grotte d’Ouvéa avec la mort de deux militaires et de dix-neuf Kanaks.
Alors ?
Mains sales
Kasso charge clairement la guéguerre Chirac-Mitterrand et les politiques qui ont organisé le massacre pour servir leurs petits intérêts. Il dénonce également la barbarie des militaires, la torture et les exécutions de Kanaks désarmés, dont celle d’Alphonse Dianou, leader indépendantiste et chef des rebelles, blessé au genou pendant l’assaut et assassiné peu après. Le constat est terrible et les militaires ou politiques de l’époque crient au scandale, notamment Bernard Pons, ministre des DOM-TOM du gouvernement Chirac, qui s’est dit « indigné », alors qu’il n’avait pas encore vu le film ! De son côté, Michel Rocard – qui a vu le film, lui (« beau, émouvant…, qui m’a fait mal ») - a déclaré que ce drame était « une tache pour l’armée française ». C’est d’ailleurs peut-être à cause de son côté polémique que L’Ordre et la morale n’a pas été sélectionné à Cannes, alors que des trucs incolores et sans saveur comme La Conquête ou The Artist l’ont été…
Et au niveau de la forme ?
Sur les traces de Costa Gavras
Kasso, c’est vraiment un virtuose, un mec qui fait du cinéma dans un pays où la plupart des metteurs en scène en sont incapables. Dès la première scène, un flash forward au ralenti et à l’envers, oui, oui, il te cloue au sol. Et c’est parti pour 2h 15 de grand cinoche, en Scope, avec du souffle et des couilles. Alors parfois, c’est vrai, Kasso se plante avec quelques afféteries de mise en scène ou repompe Coppola lors d’une scène avec un hélico. Plus grave, il laisse passer plusieurs séquences où les acteurs amateurs sont franchement mauvais. Mais à côté de cela, il goupille un suspense inéluctable, oppressant, un peu à la façon de Costa Gavras, avec deux énormes morceaux de bravoure : l’attaque de la gendarmerie par les Kanaks et l’assaut final de la grotte, en plan séquence. Putain, Fucking Mathieu Kassovitz est de retour et ça, c’est une sacrée bonne nouvelle !
Marc Godin
L’ORDRE ET LA MORALE de Mathieu Kassovitz… par lordreetlamorale
L’ordre et la morale de et avec Mathieu Kassovitz avec Alexandre Steiger, Daniel Martin, Iabe Lapacas, Malik Zidi, Philippe Torreton, Sylvie Testud. En salles le 16 novembre
Le match Diesel-Kasso
Enorme ! A l’occasion de la sortie de son film, Kassovitz, devenu rédacteur en chef de Dailymotion, a décidé de mettre en ligne Fucking Kassovitz !, making-of ultra rare de Babylon A.D., l’incroyable histoire d’un naufrage, avec Kasso en transe, la guerre larvée avec Vin Diesel, 58 minutes de chaos, loin de la promo habituelle des making-of.




