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Les ardoises de l'ambassadeur sarkozyste

Ambassadeur  en Erythrée, l'ancien reporter Roger Auque a laissé quelques factures en souffrance au pays (dont une dette 65 000 euros aux impôts l'année de sa nomination). Et gare à qui voudrait médiatiser ces impayés. Un journaliste a été placé en garde à vue et Bakchich s'est fait promettre un procès. 

 

Depuis sa nomination comme ambassadeur en Erythrée par les bons soins de Nicolas Sarkozy, les médias français étaient sans nouvelles de Roger Auque, ex reporter de guerre, ancien conseiller municipal UMP, un temps otage au Liban, et seigneur de presse auto-proclamé malgré - notamment- une condamnation pour avoir bidonné un reportage….

 

Bienheureuse, la police a elle, reçu des informations de son excellence l’Ambassadeur. Le désormais diplomate va fort bien, mais a déposé en février dernier une plainte pour menaces de mort, appels malveillants et diffamation. Diantre, un haut fonctionnaire en poste en Erythrée, contrée particulièrement hostile, cible de menaces ! Al Qaida ? Des pirates ? Des terroristes qui visent à travers Auque la patrie des droits de l’homme ?

 

Les plaintes de l’ambassadeur ne sont pas un succès

 

Presque….

Pas impressionné pour un sou, le héros Auque croit savoir d’où vient la charge. De l’ancien compagnon de son épouse, Alex J., ancien reporter à Canal Plus. La police française n’ayant plus à faire preuve de son efficacité dès lors qu’il s’agit de protéger la patrie en danger, ce fâcheux est même convoqué dans les locaux de la Direction centrale de la Police Judiciaire de Nanterre le 31 mai. Pour interrogatoire et garde-à-vue en bon uniforme, qu’Alex se remémore encore avec un sourire.

« Monsieur l’ambassadeur a des cassettes des enregistrements provenant de son répondeur », lui décrit le policier, tout en lui précisant que sur l’une d’elle, il lancerait à Auque une mauvaise réplique de série B « Je vais te faire la peau ». Surpris, le gardé à vue demande à les écouter. « Il les a perdus », répond l’officier en ajoutant aussitôt « mais il a pris des notes ». Silence percé par l’ironie. « Dans ce cas là, moi aussi j’ai perdu plein de cassettes compromettantes dont j’ai pris des notes ». Tant pis pour les menaces de mort….

Le policier brandit alors les fadettes de l’ambassade de France en Eyrthrée, où apparaît, à plusieurs reprises le numéro du journaliste. Les documents montrent qu’Alex J. a tenté d’appeler plusieurs fois le standard de l’institution. Ce dernier ne conteste pas et explique qu’il essayait alors de joindre – sans jamais y parvenir – son ex devenue, depuis fin 2010, la compagne l’ambassadeur.

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Le temps de se faire servir un Bœuf-carottes en guise de repas et le sketch reprend. Avec la diffamation. Alex J. aurait écrit des courriers, parvenus à l’Elysée, ainsi que dans diverses rédactions, au sujet de M. Auque. Une perquisition de son domicile plus tard, un mot doux retrouvé à l’attention de son actuelle compagne et sa belle écriture comparée aux courriers incriminés, le verdict tombe. Les lettres n’ont pas été écrites par ses soins. Fin de la garde à vue à 19 heures. Le 22 août, le procureur de la République classe la plainte sans suite. Très solennellement, le magistrat ajoute tout de même dans l’avis de classement que « des poursuites pourront être reprises contre (lui) en cas de commission de toute nouvelle infraction ». Ce qui fait encore sourire le gardé à vue. Moins son interrogateur. Joint par téléphone, le policier qui l’a auditionné refuse de s’exprimer. « Même si vous obtenez l’accord de la com », nous précise-t-il gentiment pour nous éviter de perdre du temps.

 

Diplomatie et République irréprochable

 

« Même si j’avais écrit ces courriers, quelle infraction aurais-je commise, puisque les courriers qu’ils m’ont montrés sont simplement accompagnés d’une décision de justice », confie quant à lui le "blanchi" à Bakchich.

Son Excellence, nommé en octobre 2009, a semble-t-il été fort indisposé qu’un jugement du service des exécutions en date du 8 avril 2009 circule dans les rédactions et les administrations, accompagné d’une missive raillant la « République irréprochable » chère à Sarko. Par ce document de 7 pages, le magistrat retoque la demande de rééchelonnement et d’effacement d’une partie des dettes du pas encore ambassadeur. Et le juge de lui reprocher d’avoir contracté de nouvelles ardoises « qu’il ne pouvait ignorer qu’il ne pourrait pas les honorer » après déjà un premier passage devant la commission de surendettement. Une situation qui n’a pas empêché Auque d’être envoyé comme représentant de la France en Erythrée par son ami Sarkozy, « avec qui il faisait du jogging à Neuilly », avec titre et salaire d’ambassadeur….

 

Des arriérés d’impôts au pays

 

Pour avoir contacté quelques uns des créanciers privés de l’ambassadeur, Bakchich a pu constater que des dettes évoquées par ce jugement demeurent en souffrance. Si l’ancien éditeur de Auque a bien été totalement remboursé de ses avances pour un livre commandé mais jamais livré, deux autres particuliers nous assurent attendre toujours de sa part 10 000 et 7 000 euros. Dans ces deux cas, au moment de sa nomination comme ambassadeur fin 2009, Roger Auque avait diplomatiquement commencé à échelonner ses remboursements. Avant de stopper ses versements mensuels au début de l’année 2011.

Roger Auque avait également un petit contentieux auprès des impôts. Près de 23 500 euros auprès de la Caisse Nationale d’assurance maladie et un gros arrièré d’impôts. La douloureuse s’élève à 50 000 euros auprès la trésorie du XVIe arrondissement, et 15 000 à celle du 18e (qui compréhensive, se dit "prête à voir (la créance) effacée”). La théorie voudrait que le jour même où il a été nommé à son poste, étant devenu par la même occasion fonctionnaire, un “avis à tiers détenteur” (ATD) ait été dressé contre lui par l’Etat, afin d’opérer une saisie directement sur son confortable salaire d’ambassadeur versé par le même Etat français. En pratique, secret bancaire, secret professionnel et secret fiscal obligent, nul ne sait si M. l’ambassadeur a été soumis à ce régime.

 

Avocate en sentinelle

 

Et son Excellence n’est pas particulièrement désireuse de s’exprimer à ce sujet. Gentiment contacté par Bakchich, enclin à lui donner la parole, M. Auque a répondu par un étrange courrier d’avocat.

« Cher Monsieur,

je représente les intérêts de M. Roger Auque. Vous avez avisé ce dernier de la parution d’un article sur le site bakchich.info le concernant portant atteinte à sa vie privée et comportant des propos diffamatoires.

Je Vous informe que M. Roger Auque m’a d’ores et déjà chargé d’une procédure à votre encontre et qu’il portera plainte dans les jours suivant cette publication ». Le tout alors que pas une ligne n’avait encore été écrite, et encore moins lue par l’ambassadeur ou son avocate. Un don de voyance sans doute.

Et de préciser dans un mail que « M. Auque ne répondra à aucune de vos questions » tout en sollicitant, déjà les coordonnées de notre avocat. Douce attention et une louable célérité, que ses créanciers aimeraient lui voir plus souvent appliquer.

 

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