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Or noir : Quand t’es dans le désert…

 

Dans les années 30, deux émirs s’affrontent pour un gisement de pétrole en plein cœur du désert. Un film signé Jean-Jacques Annaud avec beaucoup de pétrole, mais pas d’idées.

 


- Après Sa majesté Minor, j’ai pas trop envie d’aller voir Or noir, la nouvelle superproduction de Jean-Jacques Annaud.
- En plus d’être un gros nanar à base de pets, de constipation et de centaures sodomites - un film plus anal qu’Annaud - Minor était également une catastrophe industrielle à 30 millions d’euros, qui n’avait attiré que 200 000 spectateurs. Pendant au moins un an, à Canal, qui a produit la chose, on avait inventé l’expression « faire un Minor » qui signifiait faire une grosse connerie ! Je me souviens même qu’avant la projo de presse du film, J.-J. était venu en personne – fait rarissime – pour se livrer à plaidoyer pro domo, assurant les journaleux que son film était différent et pas pareil, « libre, imprévisible, contraire aux modes et aux règles, déroutant pour certains ». T’as raison, J.-J. !

Annaud en mode Minor

- Pourtant, Jean-Jacques Annaud est un bon réalisateur.
- Faut pas exagérer quand même. Je l’ai rencontré plusieurs fois. C’est un homme généreux, passionné, cinéphile, avec qui tu peux passer deux heures formidables en interview. Mais son cinéma est pour le moins surestimé, très minor, si j’osais.
- Il a de l’ambition, quand même.
- C’est vrai, J.-J. veut faire du cinéma, il rêve en Scope. C’est un bon artisan qui aimerait être notre Spielberg ou notre Kubrick national. Mais que reste t-il de La Guerre du feu ou du Nom de la rose ? Des êtres préhistoriques qui deviennent vraiment des hommes quand ils essaient la position du missionnaire, des curés à tonsure qui se la jouent Sherlock Holmes. J.-J. cherche à provoquer, surprendre, mais il n’y a pas grand-chose à sauver de L’Amant, Stalingrad, Sept ans au Tibet, L’Ours ou Deux frères. De beaux livres d’images un peu creux, des dépliants touristiques avec l’érotisme de M6, du ciné de vieux pour faire pleurer dans les chaumières.
- Hum, t’es un peu dur.
- Je sais, c’est pour cela que tu m’aimes.
- Et Or noir ?
- Du pur J.-J. Beaucoup de moyens, de figurants, de sable, de clichés, mais peu d’émotion et de profondeur.
- C’est quoi le pitch ?

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Antonio Banderas Cheich d’or, Tahar Rahim en Mirage 2000

- Après une guerre entre deux émirs enturbannés, à propos d’une bande de désert pleine de rien et de sable, le premier, commerçant moderne pragmatique, confie ses deux enfants au second, conservateur et fidèle à la tradition de l’islam, pour garantir une paix durable. Quinze ans plus tard, dans les années 30, des Américains découvrent du pétrole dans le no man’s land. Une guerre est sur le point de se déclarer entre les deux sheiks, tandis que le jeune Auda va tenter de réconcilier ses pères - naturel et adoptif – et d’unir tous les peuples du désert.
- Résultat, c’est pas Lawrence d’Arabie, c’est ça ?
- Tu es devin ou quoi ? C’est tellement kitsch et désuet que l’on se croirait dans un nanar des années 30. J.-J. se vautre dans les grandes largeurs, sur la forme et sur le fond. La fresque épique est en fait un long suppositoire avec deux pauvres scènes d’action. Le scénario est bâclé, plein de clichés, la direction des acteurs hasardeuse, la photo de Jean-Marie Dreujou, pourtant pas manchot, terne… Sur le fond, J.-J. veut nous faire passer des messages sur la place des femmes, l’emprise de la religion, la lutte entre modernité et conservatisme, mais tout est tellement caricatural que l’on lutte pour garder une paupière ouverte.
- Et les acteurs ?
- C’est la cata intégrale. Le casting est vraiment international, tout le monde parle anglais avec des accents arabes plus ou moins prononcés, et c’est à celui qui va le plus cabotiner pour faire de l’ombre au chameau. A ce petit jeu, Antonio Banderas décroche le Cheich d’or : c’est un festival d’yeux plissés et de regards torves dignes d’un film muet.
- Et Tahar Rahim ?
- C’est le chouchou de la critique depuis Un prophète. Mais ici, comme il n’a rien à jouer, il est juste invisible, incolore, sans saveur. De plus, j’ai adoré ce détail qui en dit long sur J.-J. Petit, le personnage de Tahir est un rat de bibliothèque, donc myope, obligé de porter de petites lunettes rondes, comme Harry Potter. Il va devenir au fil du film un fougueux combattant, un lion du désert, donc plus besoin de lunettes. Après Optic 2000, c’est l’effet Mirage 2000.
- Et si le grand talent de Tahar Rahim, c’était d’avoir été dirigé par Jacques Audiard ?

Un voile de financement de Qatar

- C’est une bonne question. D’ailleurs Vincent Cassel et Romain Duris n’ont jamais été aussi bons que chez Audiard… Souvent inoffensif, le film prend parfois un tour déplaisant. Financé par le Qatar, Or noir ressemble à un dépliant touristique pour la destination préférée de Rachida Dati. Les dunes sont belles, les femmes sublimes – mais voilées et enfermées, c’est sûrement un détail – le pays est un havre de tolérance. Mais bizarrement, il n’y a aucune nudité, alors que J.-J. n’aime rien tant que se rincer l’œil avec des scènes de cul bien salaces, remember L’Amant, Stalingrad ou Le Nom de la rose.
- Conclusion ?
- Sur le pétrole, regarde plutôt There will be Blood. Et sur le désert, revoit Lawrence d’Arabie.

 

Marc Godin

 

Or noir de Jean-Jacques Annaud avec Tahar Rahim, Antonio Banderas, Mark Strong, Freida Pinto. En salles le 23 novembre