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Mission : impossible 4, petites cascades et grosses talonnettes

Le secte-symbol d’Hollywood affronte un méchant Russe qui veut déclencher une guerre nucléaire. Un scénario plein de trous, des scènes d’action boursouflées : du cinéma industriel pas vraiment inspiré. 

- Tu aimes Tom Cruise ?

- A part son rôle de gourou bien membré dans Magnolia ou d’idiot impuissant dans Eyes Wide shut, Tom est un acteur limité, une star mégalo qui conçoit ses films comme des monuments à sa gloire : Tom en smoking, Tom torse nu, Tom en débardeur. Quand tu compares avec les filmographies de Johnny Depp ou de Brad Pitt, tu pleures…

- Tu exagères, comme d’habitude. Il était formidable en producteur chauve, bedonnant et ordurier dans Tonnerre sous les tropiques, dans Collateral de Michael Mann ou les Spielberg.

C’est une star, il a donc réussi à aimanter de grands réalisateurs. Mais je ne peux m’empêcher de penser que Collateral ou La Guerre des mondes auraient été bien meilleurs avec un autre acteur.

Et Mission : impossible ?

 

Cinéma industriel, 

sans âme mais très gay

 

- C’est du cinéma industriel, sans âme mais très gay, dédié tout entier au corps de Tom qui tombe, lévite, se fracasse, s’envole dans les airs et défie la gravité. Les quatre films sont les bébés de Tom, qui produit la série et embauche les réalisateurs susceptibles de mettre le plus possible son brushing et ses pectoraux en valeur. 

- Il y a pourtant de bons cinéastes derrière la caméra : Brian De Palma, John Woo, J. J. Abrams et aujourd’hui Brad Bird. 

- C’est vrai, Tom est un malin qui sait s’entourer. Il veut des réalisateurs avec une griffe, mais la plupart du temps, il les castre avec des scripts idiots et des séquences boursouflées. A la fin, il ne reste que de l’esbroufe ou des séquences spectaculaires : dans le De Palma, le cambriolage au cœur de la CIA, dans un décor très 2001, l’odyssée de l’espace ; dans le Woo, de pathétiques gunfights au ralenti, avec moto en apesanteur et colombes en folie ; dans le Abrams, une poursuite en hélico ou la glissade le long de la tour de Shanghai. 

Et ce numéro 4 ?

 

Usiné comme 

un Bébél des années 70

 

- Il n’y a pas de 4 dans le titre, mais un sous-titre, Protocole fantôme, comme si la franchise recommençait à zéro. Abrams est toujours producteur et ce film ressemble beaucoup au précédent, en moins réussi. Notamment à cause du scénario usiné comme les Belmondo des années 70 : trois ou quatre grosses scènes d’action pour que la star montre ses gros biscotos et un vague script autour. 

- Tu as raison. A propos du numéro 2, le légendaire scénariste Robert Towne avait déclaré : « On m'a dit : on a des scènes d'action, t'aurais envie d'écrire une histoire entre ? L'expérience a été très curieuse. J'ai été obligé d'écrire à l'envers. »

- Ici, les scénaristes de la série télé Alias lui ont concocté du sur mesure avec une série de cascades délirantes, dont le morceau d’anthologie sur le gratte-ciel de Dubaï. la plus haute tour du monde, la Burj Khalifa. Sur quel symbole phallique Tom Pouce va-t-il vouloir faire mumuse la prochaine fois ?

 

 

- Mais ça fonctionne, quand même ?

- Non, parce que Tom joue contre son film. Contre les scénaristes, contre le réalisateur, et contre les autres acteurs, de simples faire-valoir, pas trop grands car le petit Tom veut avoir une tête de plus que tout le monde. Tellement mégalo, il en oublie la règle essentielle de tout bon thriller : un méchant charismatique. Mais comme Philip Seymour Hoffman bouffait l’écran à chaque apparition du 3, ici, il y a un vague Russkoff en costard qui veut déclancher une Troisième Guerre mondiale. Pas de psychologie, le personnage est une marionnette, une caricature… 

Et les scènes d’action ?

 

Le monde de l'espionnage est petit

 

- Brad Bird, magicien de chez Pixar, emballe quelques bonnes séquences, notamment une poursuite au cœur d’une tempête de sable ou l’explosion du Kremlin. Mais Bird doit lutter contre le côté « C’est moi qui ai la plus grosse » de sa star. Quand Tom grimpe le long de la-tour-la-plus-haute-du-monde, il ne peut s’empêcher d’en rajouter : ses gants spéciaux tombent en panne, une tempête de sable s’approche, il manque de tomber en explosant une fenêtre, il doit ensuite descendre en rappel la tour, il n’a pas assez de corde pour rejoindre sa chambre… Le premier plan – tout simple - de Bird sur le vide était effrayant, la suite prête à rire… De plus, Bird est handicapé par un script James Bondien bourré de trous et d’invraisemblances, notamment quand Tom retrouve – comme par hasard - à Dubaï le personnage de Serguei, qu’il avait laissé à Moscou début du film. Le monde (de l’espionnage) est petit… 

- Conclusion ?

- J’ai oublié un détail : ce truc kitsch et ridicule dure 2H 15. Et ça, c’est vraiment mission impossible ! 

 

 

Mission : impossible 4 Protocole fantôme de Brad Bird. Avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Paula Patton, Simon Pegg. 

En salles le 14 décembre