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Carnage : un Polanski tout petit
Dans un appartement new-yorkais, quatre bourgeois s’affrontent et tombent le masque. Polanski adapte le théâtre bobo, étriqué de Yasmina Reza pour nous dire des choses importantes sur le sens de la vie…
- Carnage, quel titre !
- C’est bizarrement le même qu’un nanar horrifique de 1981, l’histoire d’un serial-killer qui zigouillait au sécateur des ados énervés du slip. Je ne suis pas sûr que ce soit un hommage au réalisateur, l’illustre inconnu Tony Maylam. Enfin, j’aimerais bien savoir pourquoi Polanski a transformé le titre de la pièce de Yasmina Reza, Le Dieu du carnage. ça avait quand même plus de gueule !
Un tout petit film
- Peut-être qu’il aime bien les titres courts, Répulsion, Frantic, Pirates, Le Locataire, Tess… Carnage, donc, c’est comment ?
- Un tout petit film.
- OK, tu vas me chanter une nouvelle fois ton refrain sur Polanski qui n’aurait pas fait un bon film depuis…
- … depuis trente ans au moins.
- C’est reparti. Alors balance sur Carnage !
- Ce qui étonne avec Carnage, c’est la maigreur, la bêtise du propos.
- Tu ne peux pas reprocher cela à Polanski, il a adapté très fidèlement la pièce de Reza, c’est tout.
- D’accord, mais peux-tu me dire pourquoi un cinéaste de la trempe de Polanski adapte un dramaturge aussi mauvais ? Qu’est-ce qu’il va faire ensuite, adapter Marc Levy, le bouquin de Rama Yade, une blague Carambar ?
Tu peux pas comparer Reza et Levy.
Polanski, complice d'imposture
- Ah bon ? Le Dieu du carnage, c’est le théâtre pour les Nuls, du théâtre qui pète plus haut qu’il a le cul, du théâtre qui ne dit rien sur rien. Tu connais le pitch ? Dissertant sur l’éducation, des bourgeois bien élevés vont se prendre la tête pour une histoire de baston entre leurs mômes, avant de péter les plombs et de révéler leurs « vrais visages ». Reza, c’est l’imposture absolue. Elle a l’impression à chaque fois d’énoncer de grandes vérités sur l’âme humaine, le sens de la vie, Sarkozy ou l’art contemporain, mais elle ne fait qu’enfoncer les portes ouvertes, patauge dans le cliché, le vide. Le Dieu du carnage est censé être une satire des valeurs bourgeoises conventionnelles, du politiquement correct et de l'hypocrisie des politesses mondaines avec ses sourires factices : c’est juste Au théâtre ce soir pour les bobos.
Et alors ?
Reza pompe Elie et Dieudonné
- Que nous dit Reza que nous ne sachions déjà ? Que l’homme est un animal social qui peut très vite montrer les crocs, que notre vernis de civilisation s’efface à la moindre poussée d’adrénaline. Merci, il n’y a qu’à prendre le RER ou pousser la porte d’un bar pour s’en apercevoir ! Mais il y a plus grave encore !
- C’est possible ?

- Accroche-toi. Yasmina Reza a intégralement repompé Elie et Dieudonné.
- Ca y est, tu t’es remis au crack !
- Tu connais le sketch Cohen et Bokassa où Elie Semoun et Dieudonné commencent à se prendre la tête parce que leurs enfants se sont foutus sur la gueule. C’est exactement le même schéma narratif. Sauf qu’en quatre minutes, Elie et Dieudonné en disent plus que Reza et c’est nettement plus rigolo. Les gars, si vous attaquez Reza en justice, c’est juste bingo et Noël au bar !
Bavardage bobo aussi palpitant qu'un lavement
- Et la mise en scène de Polanski ?
- Aussi passionnant que le texte, c’est dire ! C’est du théâtre filmé, avec la formule champ / contre-champ pour cadrer les bavardages de café du commerce des quatre protagonistes. Pour ne pas s’endormir, Polanski, 78 ans aux fraises, s’est offert quelques défis. Filmer un huis clos – encore un – avec une action qui se déroule en temps réel, comme dans la série télé 24 heures, mais en un peu moins palpitant. Il a donc, paraît-il, truqué son film avec 400 effets numériques, notamment tout ce qui se passe par les fenêtres. Il fait mumuse avec des trucs et des machins de synthèse, mais oublie de faire du cinéma. Pour masquer cette imposture, il s’est entouré de pointures : Hervé de Luze, son monteur habituel, la costumière Milena Canonero, fidèle de Kubrick, à la photo Pawel Edelman (Ray), Dean Tavoularis aux décors… Tout ce talent au service de rien… Polanski affiche son air satisfait en interview, mais son cinéma exsude la haine de soi, le mépris, la paresse.
- Conclusion ?
- Si tu as vu la bande-annonce, tu as vu tout de ce film aussi palpitant qu’un lavement, et dont le moment d’anthologie – tellement transgressif - est l’envoi d’un Blackberry au fond d’un vase. On en est là…
Marc Godin
Carnage de Roman Polanski avec Jodie Foster, Kate Winslett, John C. Reilly, Christopher Waltz.
En salles le 7 décembre







