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Grâce à la geôle, touchez le pactole
Les gens de Canon City, bled américain profond du Colorado, n’ont pas peur de la crise. Au contraire. L’industrie locale c’est la prison. Dans cette ville pleine d’avenir, un cinquième de la population est un taulard. Planète Justice, mardi 2 février en soirée, a diffusé un documentaire implacable : Le Business du bagne. Pour les savants, Loïc Wacquant, un élève de Bourdieu assez fortiche, à publié pas mal de textes sur le sujet, dont un bouquin Les prisons de la misère. Avec le film de Planète on a l’horreur pour miroir.
Ainsi donc à Canon City le prix de l’immobilier a monté de 20% en une paire d’année. A Florence, dans la périphérie de ce bled, des écoliers ont cassé leur tirelire pour participer à l’achat d’un terrain privé où va se construire une treizième taule, privée bien sûr. Actionnaire d’un bagne à 17 ans, ça vous fait un homme.
Une industrie non polluante…
Sur l’écran de Planète, on peut voir des gros pèpères contents de ce que leur industrie ne soit « pas polluante », moins que l’élevage de vaches à cause des rots des ruminants. Et puis, la prison c’est comme les cimetières, le réassort ne risque pas de manquer. C’est avec le regretté Reagan que le tout carcéral a fait un boum : tolérance zéro.
Forcément, quand on exécute des innocents ça signifie qu’on ne pinaille pas pour coller des non coupables au placard, surtout s’ils sont blacks ou latinos. Ainsi il y a deux millions d’US citizens en cabane et, chaque année huit millions de ces hommes, étoilés d’une bannière, passent un petit moment derrière les murs. La double peine, qui veut qu’un condamné libéré, et qui vole une pizza, peut retourner à Biribi pour dix ans, n’est pas une loi qui déplait à Canon City. En 20 ans, les Etats-Unis ont ouvert plus de 3 000 prisons, le budget de la pénitentiaire à été multiplié par cinq et le business carcéral est le deuxième employeur d’Amérique. N’est-il pas beau ce pays-là ?
Le documentaire nous montre un Sheriff être le propriétaire de ses enchristés. Il en fait ce qu’il veut et les prisonniers n’ont ni journaux, ni télés, ni bouquins : juste la Bible. Ailleurs on vient d’inventer un système vidéo qui va permettre de supprimer les parloirs. Suffira pour le câlin de lécher l’écran, c’est bien contre la diffusion du H1N1.
En France, ne soyez pas impatients, ça vient. La preuve, la société Sodexo a déjà une prison privée en Angleterre. A Seysses, près de Toulouse, une société que je vous recommande, GEPSA, s’occupe de tout sauf des matons. Mais ça va pas durer, bientôt, pour économiser des fonctionnaires, de gentils vigiles vont prendre le relai. Ici, pour l’investisseur, pas de crise à craindre, il y aura toujours une Guigou, une MAM ou un Hortefeux pour leur envoyer du monde.



