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La télé réalité, une affaire de prud'hommes

Nuremberg, m’entends-tu ? Un quart d’heure d’une vidéo insoutenable espère faire basculer l’issue du procès. A l’écran, on distingue un pauvre hère, suant et bedonnant dans le désert d’Atacama, avec son barda « Vieux Campeur » et ses grolles « Décathlon ». Il n’en peut plus. Il va crever, là, comme une morue desséchée dans un western spaghetti sans bolognaise. Hélas, il sera sauvé. C’est déjà la fin de l’extrait de l’émission de téléréalité Pékin Express devant une audience de jugement soulagée.

Le Vergès de la « téléréalité »

Pour saisir la grandeur de ce moment de justice célébré au Conseil des Prud’hommes de Nanterre lundi 28 novembre, il faut évoquer le nom d’un emmerdeur de première dans le petit monde des avocats parisiens. Maître Jérémie Assous, sorte de Jacques Vergès de la cause perdue des candidats de la téléréalité depuis huit ans. Ce jour là, il en défendait vingt deux ayant participé à trois émissions diffusées sur M6 : Pékin Express, Les Colocataires (2004) et Bachelor (2003). Sa marotte judiciaire, c’est de faire requalifier leur contrat de participation en contrat de travail. Et faire admettre aux juges que tout cela ressemblait fort à du travail dissimulé. A la barre, il tempête : «  Pour les Bachelorettes, recrutés dans des agences de mannequin, les sous vêtements étaient imposés car on voulait les faire passer pour des filles ultra -faciles. » Les colocataires ? « Les règles d’intégration et de sortie peuvent changer à la discrétion de W9 production. Vous êtes à l’entière et unique disposition du producteur. » En coulisse, une candidate de se confier qu’«  on était simplement défrayés de 450 euros et on nous avait confisqué les passeports et les portables ». Promis, pas les cerveaux. Un autre de se rappeler les riches heures à devoir «  jouer l’arabe de service et le grand frère ».

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J’aurai voulu être un artiste

Bref, autant de cas censés révéler selon les plaignants un scénario écrit à l’avance. Mais d’abord, il s’agit de répondre au triangle d’or des fondements du contrat de travail à savoir : une prestation, une rémunération et un lien de subordination. Ensuite, tant qu’à faire, bénéficier aussi du statut d’ « artistes interprètes », véritable poule aux œufs d’or qui leur offrirait des indemnités de licenciements entre 150 000 et 500 000 euros selon les cas. Pour le gagnant des Colocataires, reparti avec 200 000 euros en poche et un redressement fiscal en sus,elles s’élèveraient à plus de cinq millions d’euros.

Des chaînes ont déjà craché au bassinet sous les coups de boutoir de Me Assous. En avril dernier, la Cour d’Appel de Versailles a condamné TF1 à requalifier en contrats de travail 56 candidats à la téléréalité L’Ile de la tentation qui ont touché entre 15.000 et 17.000 euros chacun. Tout comme en 2008 ou la Cour d’Appel de Paris a accordé des indemnités de 27 000 euros à trois ex-participants de l’Ile de la tentation. Mais sans jamais accorder « le statut d’artiste interprète » rejeté par la Cour de Cassation. Depuis, TF1 a changé de ton mais pas de braquet, puisque pour le dernier Koh Lanta, «  Ils (les candidats) ont un contrat de participation à un jeu assorti d’une prime de confidentialité de 3 500 euros » aux dires de la chaîne. Pas de contrat donc mais un silence à prix d’or.

Des CDI et la téléréalité c’est fini

Des décisions de justice qui peuvent avoir un impact sur leur coût de fabrication, véritable nerf de la guerre. «  Comme les candidats ne pourront plus travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pour avoir le même nombre d’images il va falloir tourner trois fois plus longtemps, et donc salarier en conséquence les centaines de techniciens qui travaillent sur le programme. S’il coûte le triple, adieu Pékin Express 2012 ! » résume Me Assous.

Reste qu’à ce jour, M6 tient bon la barque. Après 3 ans et demi de procédures, 6 audiences de consultations et 3 audiences de jugements devant les Prud’Hommes, ils n’ont pas encore eu de condamnations.

De son côté, l’avocat de studio89, filiale de M6 qui produit les trois émissions, dénonce « un procès de la démesure. Voila des gens qui viennent réclamer des sommes supérieurs aux plus grands acteurs français alors qu’ils n’ont rien fait. » Se taper une Bachelorette ou traverser les Andes en charrette est-ce une œuvre de l’Esprit. L’aveugle justice en décidera !

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