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The Lady : Barbie en Birmanie

Barbie Suu Kyi se meurt d’amour et s’emmerde ferme dans sa maison-prison de Birmanie. Dans son fauteuil, le spectateur aussi ! Un mélo grotesque et interminable signé Luc Besson. Interview bidon. 

 

 

 

 

Bakchich : Salut Luc, depuis le temps qu’on se connaît, on se tutoie ?

Luc Besson : Si tu veux, c’est cool.

Yamakasi qui font du kung fu en Audi

La dernière fois que l’on s’est vus, c’était pour Colombiana.

L. B. : Ah Zoe, sa petite culotte, son gros flingue, j’adore !

Luc, ton fond de commerce, c’est le film de baston tourné dans le 9-3 ou aux USA avec coups de boule, poursuites de voitures et cheikhs pédophiles. Et là, tu nous fignoles un biopic sur Aung San Suu Kyi, leader historique de l’opposition en Birmanie. T’as fumé la moquette ?

L. B. : J’te rassure, ma poule. Mes productions sont toujours à base de yamakasis volants qui font du kung-fu en Audi. Mais après les bides de mes dernières réalisations, Arthur et les Minimoys et Les Aventures d’Adèle Blanc-Sec, il fallait que je me refasse une virginité.

Pas de Yeoh en petite culotte

Tu as fait toute ta carrière sur une exploitation éhontée de la violence, avec des relents assez dégueux de vengeance et de peine de mort. Mais ici, tu colles au sarong d’un apôtre de la non-violence. Etonnant, non ?

L. B. : Tu veux que je t’explique le topo ? The Lady, c’est un projet de Michelle Yeoh, la femme de mon pote Jean Todt. Elle essayait en vain de monter ce truc depuis des années, elle m’a demandé un coup de main pour la production et j’ai accepté de le mettre en scène. Aung San Suu Kyi, je croyais que c’était une karatéka comme dans Tigre et dragon, et je pensais que Michelle allait balancer de la mandale et du double salto dans la face de méchants bridés, un peu comme Jet Li dans Le Baiser mortel du dragon, ce chef-d’œuvre. Quand j’ai lu les premières pages du scénario sur le tournage, j’ai compris que j’étais dans la merde. Difficile de filmer Michelle en petite culotte ou de lui faire tenir un gun. Néanmoins, j’ai pu placer une de mes scènes préférées – un gentil papa assassiné sous les yeux de sa fifille, comme dans Léon et Colombiana – et quelques séquences bien burnées : des exécutions sommaires avec balles dans la tête, de l’opposant salement torturé et des généraux avec Ray Ban au mercure qui ont l’air trop méchants, comme dans le dernier Rambo.

Mais Luc, y a pas de poursuites, pas de bastons, ni de yamakasis : c’est… un roman-photo nunuche, on dirait Aung San Suu Kyi et les Minimoys !

L. B. : Oui, désolé ! Moi-même, je me suis endormi pendant la projo.

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Don’t cry for me Burma

Parfois, ça ressemble à Evita en Birmanie. Plusieurs fois, j’ai cru que Michelle Yeoh allait se mettre à chanter « Don’t cry for me Burma ». Y a pas de sang, juste de l’eau de rose. C’est quasiment un film sulpicien, ce qui est un peu beaucoup pour une bouddhiste…

L. B. : J’ai été touché par la grâce. J’étais aveugle, maintenant je vois. Pour moi, Aung San Suu Kyi, c’est Gandhi avec des cheveux, Martin Luther King avec des yeux bridés, José Bové sans moustache. J’ai craqué…

Je pensais apprendre des choses sur la situation politique en Birmanie, sur la junte, sur la terreur, et j’ai vu un gros mélo. Le destin de cette icône est réduit à une love story ripolinée entre Aung San Suu Kyi, belle et rebelle, et son mari british, incarné par l’excellent David Thewlis, avec un postiche affreux qui se balade sur le crâne et un balai dans le fondement. Elle est assignée à résidence à Rangoon, il est en Angleterre, ils ne pourront se revoir, malgré le cancer qui le ronge. Et ça dure 2h 15 !

L. B. : Ca aurait pu être pire, j’ai coupé 15 minutes de métrage un mois avant la sortie.

Télé passe-plat

J’t’ai vu en promo chez Elizabeth Tchoungi, dans l’émission Avant- premières, t’as pas molli quand tu as dit que le scénario de The Lady était la meilleure histoire depuis Roméo et Juliette.

L. B. : Incroyable, Elizabeth Tchoungui et son chroniqueur, Christophe Ono-Dit-Bio, pourtant rédacteur en chef du Service culture au Point, n’ont pas bronché. Putain, c’est cool la télé, tu peux dire n’importe quoi ! En plus, tu crois que j’ai lu Shakespeare, moi !

Caliméro à Rangoon

Maintenant Luc, je vais te briser le cœur. Dans une love story, l’important, c’est l’émotion. Et là, tout est foiré dans les grandes largeurs : Aung San Suu Kyi, cloîtrée dans sa maison, qui écoute à la radio la retransmission de la cérémonie où elle reçoit le prix Nobel ; les retrouvailles avec ses deux enfants ; les coups de téléphone avec son mari agonisant… Rien ne marche, tu confonds sentiments et sentimentalisme, c’est Caliméro à Rangoon, Barbie en prison. On devrait pleurer, on ricane.

L. B. : OK, on arrête. On peut se vouvoyer…

The Lady de Luc Besson avec Michelle Yeoh, David Thewlis, Jonathan Raggett. En salles le 30 novembre

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