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2011 (Best Of)
On voit le bout du tunnel, au terme de cette année dont on pourra dire : « Encore une que les Prussiens n’auront pas ! ». Profitons-en, l’an prochain, pas sûr qu’Angela nous la laisse…
MINARETS-BUFFET
Bien sûr, on gardera le souvenir du « printemps arabe » de 2011. Il a commencé par la mise à feu d’un marchand de quatre saisons, il y a tout juste un an. Donc, hiver ardent, printemps pimpant. L’été a été chaud, surtout côté Libye, l’automne sent le salafiste (qui n’est pas, rappelons-le, une sorte de saucisson italien), va savoir comment tournera l’hiver.
Du côté de La Goulette, putain, maman, on dirait que c’est bon comme là-bas, ils font leur tambouille post-électorale à trois et les jolies filles sortent encore en jean moulant. J’ai bien dit : du côté de la Goulette. A la campagne, elles doivent encore courir vite pour éviter le voile et le mariage avec le cousin septuagénaire. Mais enfin, on en voit, des gazelles, et même dans les manifs. A Tripoli, c’est bien moins fun : la révolution nationale est un sport d’hommes, avec des poils et des mitraillettes, ça sent pas bon, la charia est dans l’ascenseur. Crescendo, Le Caire et sa place machin, là, on culbute la femme blanche avec son micro de salope, et au lieu des cousines pour danser le mia, on a les frères musulmans pour scander l’Allah-ouakbar, un truc du genre danse des canards mais sans canards.
Paix sur terre aux
hommes de bonne volonté
Bon, on tourne à gauche, et on a quoi ? Je passe sur les vieilleries, Gaza, la Palestine et tout ça, de toute façon, au train où les Bouygues de Tel Aviv bouffent le terrain et collent des parcmètres dans les lotissements pour colons, dans les dix ans, le Palestinien moyen ne pourra plus garer son âne. En Syrie, y a du neuf : on s’étripe, et franchement ça craint. Dommage que les Merloques évacuent l’Irak, en cinq cents bornes, ils nous faisaient play it again à Damas sans même changer de rangers ni vidanger les camions, il y a des économies qui se perdent. D’autant plus qu’en Irak, c’est la Saint-Barthélemy en turbans, y a rien de pire que les querelles de famille pour pourrir les lendemains de guerre. Et en Afghanistan, pas la peine d’en parler, ils ont toutes les chtouilles, le tribalisme, les taliban, la burka, la corruption et en plus cette année le pavot a pris le mildiou.
Je me résume : « paix sur terre aux hommes de bonne volonté » est vachement difficile à traduire dans les pays qui ne fêtent pas Noël. Vous me direz que dans ceux qui fêtent Noël, ça ne veut pas dire grand chose, mais là, franchement, l’islam fait fort, 2011 n’était pas l’année du cochon, encore un petit effort et ils vont inventer le père fouettard pour claquer le bec aux islamophobes.

QQQ+
Parce que chez nous, mon bon monsieur, en cette année 2011 après Jean-Claude, on a excellé dans le péché. De chair, c’est le meilleur, vive le radada non stop, la turlutte finale au sortir de la douche, la partouze à la lilloise avec flûte en chantier pour l’immobilier local, le commissaire bon enfant et ses cocottes marinées, tu parles d’un menu ! Vous en rêviez, DSK vous l’a donné. On se demande où il trouvait le temps de tous ces secouages de burnes, avec en plus le FMI sur les bras et son destin national à susciter en faisant cuire des steaks devant la caméra, dommage qu’il ait explosé en vol, il aurait pu transformer l’Elysée en bobinard, un claque à la mesure d’une nation dont la littérature a toujours célébré les demi-mondaines, de Célimène à Irma-la-Douce en passant par Manon Lescaut, Nana et les vaillantes gagneuses des films dialogués par Audiard. Le Dominique-nique-nique, c’était une image de la France plus flatteuse que le Rafale de Dassault, que vous pourrez bientôt admirer à la Foire du Trône, ils en ont pris deux pour amuser les enfants entre la pirogue diabolique et la chenille à ressorts. Et maintenant, Place des Vosges, il lorgne nostalgiquement, dans l’angle opposé, la taule du père Hugo, qui, à un âge canonique, niquait encore des canons, ses carnets en font foi, avec l’ardeur du pivert, et sans descendre au Sofitel. France, ta culture fout le camp ! Naguère, c’était la fuite des cerveaux, avec la chute du hardeur de Sarcelles, on se demande ce qu’il nous reste à exporter…
UN FROMAGE ET
QUELQUES CROUTES
Un autre qui a pris un coup de vieux, dans notre ménagerie, c’est monsieur Lang. Dans le big show de la primaire socialiste, il a sagement attendu qu’il y ait un gagnant pour le soutenir, manque de pot, cela s’est vu, et ne voilà-t-il pas qu’il se fait débarquer du Pas-de-Calais alors qu’il venait d’apprendre que c’était au nord d’Avignon et comptait s’y rendre pour ne pas soutenir Martine Aubry. Laquelle a, elle aussi, accusé le coup quand après trois semaines à jouer le pitbull elle s’est étalée au second tour comme un flan mou – la revanche de Flamby, en quelque sorte. On s’est dit : tiens, ça y est, ils ont refait le plein de la machine à perdre, à peine ils ont un candidat, pour l’aider, ils le traitent de capitaine de pédalo, ils lui scient ses emplois vieux, ils lui collent le morpion Joly dans les chaussettes, on se demandent où ils vont chercher tout ça. Notez bien que ça ne fait guère qu’amuser les journaleux, qui adorent parler de rétropédalages (n’y revenons pas, montez sur votre bécane et vérifiez l’imbécilité du mot) et de trou d’air, sauf que le trou d’air, on ne l’a pas trop vu pour le moment dans les sondages, il continue à voler en bonne altitude, le François II, et à atterrir loin devant le petit Nicolas.

N’empêche, comme le story-telling a remplacé l’info, faut qu’il y ait un trou d’air, du marasme, des angoisses, des frémissements, on a même vu Bayrou décoller dans ledit trou d’air, ce qui prouve qu’il est franchement léger – l’écouter parler d’économie, matière dans laquelle sa compétence brille comme la truffe dans le tas de charbon, voilà, tous les cinq ans, un rare délice, et ses chevaux ont bien de la chance s’il leur murmure ça dans les oreilles, le soir, bien au chaud dans leur niche fiscale. Ce qu’il y a de bien avec Bayrou, c’est que la certitude qu’il ne sera jamais élu président suscite, de la part des électeurs hésitants, un mouvement de confiance qui n’est pas sans générosité : on donne volontiers cinquante centimes à un mendiant, parce qu’il est certain qu’il n’augmentera pas votre loyer et peu probable qu’il épouse votre fille, vous voyez ce que je veux dire ?
LOVE STORY AU(X) SOMMET(S)
Mais comment voulez vous qu’on parvienne à niquer la crise, si on à la gauche molle et la droite qui s’écrase ? C’est tout le problème, parce que pour le moment, dans la famille Merkozy, notre président qu’on a, c’est plutôt la carpe que la lapine. En dix-huit mois, il a liquidé tout son stock de propositions fantastiques, la taxe sur les opérations financières, la régulation des marchés, les eurobonds, la BFE qui raque, allez, zou, si t’en veux pas, mamour, je le jette par le hublot, mais ne me quitte pas, tout peut s’oublier, oublier le temps des malentendus, oublier le temps à chercher comment, je t’inventerai des mots insensés que tu comprendras, je vais plus pleurer, je vais plus parler, je me cacherai là, laisse moi devenir l’ombre de ton ombre, l’ombre de ta main, l’ombre de ton chien, mais ne me quitte pas… Qui aurait pensé que le couple franco-allemand pouvait nous réserver une si pathétique romance, et c’est pas forcément fini, le nouveau traité bricolé en deux heures, c’est juste pour glisser en pente douce jusqu’à l’élection, va falloir tenir cinq gros mois, je te jure Angela, pour mes cérémonies de vœux, rien que des bretzels importés, des saucisses de Francfort et de la bière de la Hofbraü, on va équiper tous nos ministères en bagnoles de deutsche Qualität, je rapatrie Cohn-Bendit, je te fais cadeau de Ribéry, qu’est-ce que tu veux de plus ? Que je mettre un chapeau vert avec un plumet en poils de blaireau ? Pas l’air assez naze comme ça ? Et le pire, c’est que tous ses copains se défilent. S’ils ramassent leurs signatures, il y aura assez de candidats à droite pour faire une équipe de rugby. Mais qui sera au dessus de la mêlée ?
Et oui, j’allais oublier, il y avait aussi cette finale à la con, où il nous a manqué trois petits points. Il y a des coups de pieds de pénalité qui se perdent. On les appelle des coups de blues.



