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A Dangerous Method : une séance de touche psy-psy

La rivalité de cadors de la psychanalyse, Freud et Jung, entre divan, sur-moi et claques sur les fesses. Du théâtre filmé, insipide et bavard : psychose toujours ! Un gros prout arty signé David Cronenberg.

- C’est étonnant cette affiche de A Dangerous Method, les trois personnages sont transparents, un peu comme des fantômes.

- Bien vu, je crois que c’est effectivement un film de fantômes, avec trois ectoplasmes censés représenter Jung, Freud et Spielrein. Et en complètement transparent, un quatrième fantôme, Cronenberg en personne, ectoplasme pour branchés, qui n’est plus que l’ombre que de lui-même.

- Qu’est-ce que tu racontes, j’étais sûr que tu adorais David Cronenberg ?

- C’est un petit maître, vraiment surévalué. Il y a 35 ans, il usinait des séries Z horrifiques mais sympathiques avec explosions de têtes, partouzes gore et mutations bien crades. Il était adulé par les fans de cinéma bis et les journalistes de Starfix et détesté par la presse bien pensante, de Télérama aux Cahiers. Au fil des années, il est devenu un Auteur, une bête de festivals, le Francis Bacon du cinéma dont toute la presse raffole. Il a malheureusement cru tout le bien que l’on disait de lui…

Arrête ton cirque, c’est quand même le réalisateur de Faux-semblants ou de Crash.

 

Cronenberg et la morale dégueulasse

de Vendredi 13

 

- J’ajouterais Le Festin nu et le prophétique Videodrome. Je te conseille néanmoins de jeter un coup d’œil à ses premiers films, Scanners, Rage ou Chromosome 3, c’est simplement irregardable. Mais Cronenberg est un malin qui applique sa formule magique : un peu de gore transgressif, un poil de cul et beaucoup de vide. Tu te rappelles de La Mouche ?

- Qui vient de ressortir en salles.

- Effectivement. C’était le remake d’une série B avec Vincent Price. Deux bons acteurs, d’excellents techniciens, mais toujours ce discours réac qui sous-tend les films d’horreur : ici, un savant qui se veut l’égal de Dieu va se voir puni, et de quelle manière. Plus grave, quand est-ce qu’il commence à se métamorphoser en mouche ? Juste après avoir fait l’amour avec Geena Davis. C’est aussi fin que dans les Vendredi 13 où les ados sont transformés en steak tartare dès qu’ils commencent à s’envoyer en l’air, la même morale dégueulasse…

 

- Et ses derniers films, A History of Violence, Les Promesses de l’ombre ?

- Cronenberg n’a pas produit un bon film depuis Crash en 1996, mais en bon commerçant, il exploite son fond de commerce avec de petits trucs, des commandes, des polars mineurs comme Les Promesses de l’ombre, bourré de clichés et trous scénaristiques. 

A Dangerous Method, donc.

 

800 kilos de dialogue

 

- Cronenberg abandonne les corps, la chair écartelée, les viscères en folie, pour s’intéresser aux esprits torturés de Carl Jung, Sigmund Freud et d’une de leurs célèbres patientes, Sabina Spielrein. Le psychiatre suisse de 29 ans va s'inspirer des travaux de Freud pour psychanalyser cette patiente russe atteinte d'hystérie, avec laquelle il entretiendra une relation sadomas, crime de lèse-Freud, un psy n’ayant pas vraiment le droit de fouetter les fesses rebondies de sa patiente lors d’une thérapie analytique. 

- Et la forme, c’est adapté d’une pièce de théâtre ?

- Absolument, une pièce anglo-saxonne, The Talking Cure de Christopher Hampton, qui a lui-même signé le scénario. Il y a donc 800 kilos de dialogues dans des salons rococo, avec des acteurs constipés aux barbes parfaitement taillées, corsetés dans leurs costumes en tweed, sanglés dans des chemises amidonnées. Plus qu’un film d’époque, c’est du théâtre filmé qui ressemble moins à du Cronenberg qu’à du Christopher Hampton. D’ailleurs, le cri du cœur de Jung à la fin (« Vous étiez le pivot de ma vie ») ressemble étrangement à la sublime réplique que répète sans cesse Valmont à la fin des Liaisons dangereuses : « It’s beyond my control ». Et tu pourras constater que les deux films ont pas mal de points communs et pas seulement le « dangereux » du titre… Pour meubler, Cronenberg joue la carte de l’élégance formelle, avec une mise en scène corsetée, froide, clinique, renforcée par la lumière exquise de Peter Suschitzky. Bref, le film s’apparente à un bon gros prout arty. 

 

Cassel à sauver

 

- Un truc à sauver ?

- Oui, les rares apparitions de Vincent Cassel qui joue Otto Gross, psychiatre zinzin qui à l’air bien plus libre et équilibré que Jung et Freud. Lors d’une conversation avec Jung sur la sexualité, il lui lance : « Quoi qu’il arrive, si vous passez près d’une oasis, n’oubliez pas de boire. » Rafraîchissant…

 

 

A Dangerous Method de David Cronenberg, avec Michael Fassbender, Keira Knightley, Viggo Mortensen.

En salles depuis le 21 décembre