Vous êtes ici
Bilan ciné : 2011 en 11 films
2011 ? Une très bonne cuvée. Un chef-d’œuvre, de grands films, des confirmations, des révélations… Voici donc mon bilan – forcément artificiel et subjectif – des meilleurs films de l’année.
Après Les Moissons du ciel ou La Ligne rouge, la cinquième symphonie de Malick. Entre le poème et la prière, The Tree of Life est une expérience non-verbale. En réinventant le cinéma et tous les codes de la narration, Terrence Malick filme l’invisible, dépeint des âmes et parle directement à la vôtre. Tout simplement une date dans l’histoire du septième art. AAAdmirable.
Dans une Corée peuplée de psychopathes rigolards et de cannibales zinzins, le jeu du chat et de la souris entre un serial killer et le mari d’une de ses victimes. Conte de fées au pays des horreurs, ce diamant noir, véritablement insoutenable, a été ciselé par le réalisateur virtuose de A Bittersweet Life, Kim Jee-woon. Extrême.
Cascadeur le jour, chauffeur pour braquages la nuit, Ryan Gosling, le chéri des filles, affronte une bande de nuisibles et les travaille au marteau. Un thriller qui carbure au super et à l’adrénaline, du méta-cinéma usiné par le Danois Nicolas Winding Refn, pur objet de mise en scène, primé à Cannes.
4- Poulet aux prunes
Réalisateurs de Persepolis, les dessinateurs Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud passent au live et c’est simplement un enchantement. Avec l’histoire de ce musicien virtuose qui décide de mourir, ils osent tout : la fantaisie, le carton-pâte, les ruptures de tons, de rythme, le Technicolor, le tournage studio… Simplement sublime. Je me souviens m’être levé de mon siège le cœur broyé, ce qui ne m’est pas arrivé aussi souvent dans ma vie de spectateur.
5- True Grit
Après No Country for old Men, les frères Coen reviennent au western. Un western, un vrai, avec chevaux, flingues et un acteur de génie nommé Jeff Bridges. A la fois hommage crépusculaire à un genre moribond et relecture cocasse, True Grit est un voyage initiatique au cœur du cinéma qui évoque même La Nuit du chasseur.
6- Le Cheval de Turin
Béla Tarr tire sa révérence avec cet OVNI filmique (2h 26, une poignée de plans-séquences, noir et blanc, bref, c’est autre chose que The Artist) sur la fin du monde, qui aura également inspirée cette année Lars Von Trier. Un film hypnotique, définitif, avec une puissance d’évocation qui n’a d’égale que le pessimisme absolu avec lequel Tarr dépeint l’humanité.
7 - Shame
Avec ce portrait d’un homme dévoré par le sexe, l’Anglais Steve McQueen, star de l’art contemporain, confirme qu’il est un des grands metteurs en scènes du moment, un homme qui croit au cinéma et qui en fait. Avec une série de sublimes plans-séquences, il filme des regards perdus, une larme qui ruisselle et l’utra-moderne solitude.
8- Il était une fois en Anatolie
Depuis une dizaine d’années, le Turc Nuri Bilge Ceylan, fils spirituel d’Antonioni et de Bergman, filme l’incommunicabilité, les fêlures des hommes et des couples, sonde l’âme… Ici, une poignée d’hommes erre dans les steppes à la recherche d’un cadavre. Une œuvre contemplative, qui n’en finit pas de me hanter, Grand prix du jury du festival de Cannes.
Le mal-aimé de l’année ! Sean Penn, rock star à la retraite, look de travelo sous Lexomil, se lance dans une improbable traque au nazi à deux à l’heure. Au pays de John Ford et d’Howard Hawks, Paolo Sorrentino filme les horizons à perte de vue, les déserts, les nuages, et fait naître l’émotion la plus intense entre deux scènes cocasses ou psychédéliques.
10- Animal Kingdom / La Planète de singes : les origines
Ex æquo, deux histoires d’animaux. Dans Animal Kingdom, un ado apathique se retrouve projeté au fond d’une fosse à serpents, une famille méchamment allumée de gangsters australiens. Un premier film tétanisant signé David Michôd.
Cet été, Hollywood nous a une nouvelle fois inondé de déjections comme Transformers 12 ou Pirates des Caraïbes 465. Entre deux diarrhées, il y avait quand même une belle surprise La Planète de singes : les origines, blockbuster quasi-philosophique, bourré de dialogues, avec de vrais personnages. Six mois plus tard, impossible d’oublier le cri de révolte de César devant son tortionnaire : « Nooooooooo ». Enorme.

2011, la suite
Des bons films, il y en avait plus de 11 en 2011 (en plus, ça rime !). En vrac, Fighter, un des meilleurs films de l’année, superbement écrit, réalisé et interprété par le duo Mark Wahlberg-Christian Bale ; la magnifique déclaration d’amour de Martin Scorsese au septième art dans Hugo Cabret ; l’interprétation de Philippe Torreton et et la lumière sculptée par le jeune chef-op Renaud Chassaing pour Présumé coupable ; L’Exercice de l’Etat, description acérée d’un cabinet ministériel, un grand film politique ; l’excellent Kaurismaki, Le Havre ; Winter’s Bone, fabuleuse odyssée d’une ado de 17 ans ; le retour en forme des Farrelli Bros avec Bons à tirer ; la beauté élégiaque du dernier Peter Weir, Les Chemins de la liberté ; l’interprétation hallucinée de Vincent Gallo dans Essential Killing de Jerzy Skolimowski ; la sidération provoquée par le look et l’image de Tron l’héritage ; la force et la rage du Gamin au vélo des frères Dardenne ; l’aspect extrême du film coréen The Murderer ; la fable fantastique Hors Satan signée Bruno Dumont ou encore l’extraordinaire performance de Tilda Swinton dans We need to talk about Kevin…
La déclaration de l’année :
« J’ai bouclé la boucle. Je ne veux pas devenir un vieux gâteux qui se répète et qui suscite la moquerie. Je ne veux pas non plus que le cinéma devienne un petit boulot sympa qui m’offre un confort bourgeois. Ce serait méprisant envers le spectateur et humiliant pour moi que de proposer de pâles copies de ce que j’ai déjà fait. Alors j’arrête. »
Béla Tarr expliquant que Le Cheval de Turin resterait son dernier film.
Les répliques de l’année
« Putain, y a plus d’intestins pour le petit-déjeuner ! »
J’ai rencontré le diable
« Unless you love, your life will flash by ».
The Tree of Life
« 4 000 contacts et pas un ami à qui parler. »
Olivier Gourmet regardant les contacts de son Blackberry dans L’Exercice de l’Etat
La révélation de l’année
Jessica Chastain
« J'ai la crainte de devenir la “nouvelle venue” dont tout le monde se fatigue rapidement », a confié Jessica Chastain à la presse. Pas de soucis, surtout si tu continues à tourner dans des œuvres comme Take Shelter…
Les plus beaux plans de l’année :
Tous les plans de The Tree of Life, le mouvement circulaire dans le taxi dans J’ai rencontré le diable, les incroyables plans-séquences de L’Exercice de l’Etat, l’attaque du commissariat au début de L’Ordre et la morale de Kassovitz.



