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Take Shelter : Apocalypse maintenant
Dans l’Amérique profonde, un père de famille modèle est persuadé de l’imminence de la fin du monde. Une œuvre envoûtante, d’une beauté insoutenable, par le grand espoir du ciné américain.
- Encore une histoire de fin du monde ?
- Oui, ça n’arrête pas : Le Cheval de Turin, Melancholia, Contagion, 2012, le prochain Ferrara, Last Day on Earth… Les grands cinéastes sont des visionnaires qui fixent sur pellicule les peurs collectives.
- Roland Emmerich, un grand cinéaste ?
- OK, je retire ce que j’ai dit.
- C’est ton père qui aurait dû se retirer.
- Quel l’humour…
- Take Shelter, donc ?
Plus qu’un film de fin du monde, c’est un film sur la peur. La Peur comme essence même de notre existence : la peur de disparaître, de perdre l’esprit, de se perdre, de tout perdre, de se dissoudre…
Prophète dingo
ou Cassandre Schizo?
- Le pitch ?
- Chef de chantier consciencieux, père de famille attentionné, Curtis LaForche mène une existence tranquille auprès de sa femme et de leur fillette de six ans, sourde et muette. Bientôt, cet Américain très moyen se voit hanté par des cauchemars récurrents. De sombres nuages se profilent, son chien l’attaque, des nuées d’oiseaux sillonnent le ciel, un cyclone se prépare. Peut-être pire… Si notre homme en pisse au lit, le spectateur n’en mène pas large. Bientôt les rêves se transforment en hallucinations et Curtis devient violent, irritable, se bourre de médocs. Persuadé que ses rêves sont prophétiques et que l'apocalypse se prépare, il se met à déjanter gravement et passe le plus clair de son temps à construire et à aménager un abri anti-tornade XXL au fond de son jardin. Son entourage commence à douter de sa santé mentale, tout comme ce pauvre Curtis, dont la mère a fini schizophrène.
Est-il un prophète de l’apocalypse ou bien devient-il dingo comme sa moman ?
Entre Shining et Malick
- C’est la question à laquelle le réalisateur Jeff Nichols se garde bien de répondre. Agé de 33 ans, Nichols, qui a réalisé en 2007 l’épatant Shotgun Stories, est vraiment LE réalisateur à suivre. Protégé de Terrence Malick, ce cinéaste des grands espaces venu de l’Arkansas, inspiré par John Ford et… Malick himself, est la synthèse parfaite entre l’auteur indé et le metteur en scène mainstream. Ici, il alterne questionnement intime, effets spéciaux que l’on croirait sortis d’un Spielberg et sous-texte sur la peur (existentielle, économique, sociale, écologique, terroriste…) dans une Amérique en perte de repères. Le tout est superbement enrobé sous la forme d’un thriller parano, vrillé par une tension insoutenable, où Nichols fait passer son spectateur par toutes les phases de son « héros », jusqu'à l’image ultime du film. Bref, j’ai flippé sévère, plongé dans une atmosphère d’inquiétante étrangeté, une espèce de cauchemar cotonneux entre Shining et Terrence Malick.

- Encore Malick.
- C’est flagrant dans cette façon de filmer l'Amérique profonde, cette croyance absolue, déraisonnable, en l’image. D’ailleurs, Jeff Nichols a embauché la révélation de The Tree of Life, la sublime Jessica Chastain, qui incarne la grâce et la raison au cœur de cet univers en folie.
- Et l’acteur principal, Michael Shannon ?
- Je l’ai découvert en ravagé du bulbe, persuadé d’avoir des insectes sous la peau dans Bug, puis en Marine amidonné dans sa foi dans World Trade Center. Depuis, il semble abonné aux rôles de zinzins à la santé mentale incertaine. Son regard trouble, perdu, reflète toutes nos peurs, nos angoisses, nos cauchemars. Il est fabuleux.
- Conclusion ?
- Un des grands films de 2012. Fonce !
Take Shelter de Jeff Nichols, avec Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart…
En salles depuis le 4 janvier



