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L’amour dure trois ans : une comédie de droite ?

 

S’improvisant réalisateur, Frédéric Beigbeder adapte un de ses romans et signe une comédie romantique poussive et pas très drôle sur un couple disfonctionnel. 

 

- Les critiques sont plutôt bonnes pour le Beigbeder…

- Cela n’a sûrement rien à voir avec le fait que Beigbeder a plein de potes et qu’il en a engagé la moitié pour faire de la figuration dans son film. 

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

- Ca me semble clair pourtant ! Il y a une longue scène où le héros est interviewé sur le plateau du Grand journal par Denisot et Ali Baddou. Et donc pour la promo, Beigbeder et son actrice Louise Bourgoin sont passés au… « Grand journal » ! Beigbeder anime une émission de critique ciné sur Canal, « Le Cercle ». Tu crois que ses chroniqueurs, dont certains font une apparition dans le film, vont l’allumer ? Pendant 98 minutes, on voit défiler devant l’écran Arnaud Viviant, Alain Riou, Nicolas Schaller, le duo Bruckner & Finkielkraut, Thierry Ardisson, Olivier Benkemoun ou le Beigbeder du pauvre, Nicolas Rey… Ca ne mange pas de pain et, comme pour les livres, ça fera du buzz, avant le prochain retour d’ascenseur.

- Développe ?

- C’est la pratique des copains de l’édition. Beigbeder dit du bien de Houellebecq, qui dit du bien de BHL, qui dit du bien de Yann Moix, qui dit du bien de Beigbeder… Changeons de sujet, j’ai un peu la gerbe…

- Et le film ?

- Ce qui m’a étonné, c’est surtout la petitesse, la médiocrité du propos. Une jeune femme quitte son mec qui a écrit un « roman » misogyne. Voilà. Beigbeder aurait pu devenir un bon écrivain, il s’est transformé en marque… C’est tout le problème de cet ancien publicitaire, il se rêve Salinger ou Bret Easton Ellis et il écrit des trucs comme « Au XXIe siècle, l’amour est un SMS sans réponse ». Il est tellement fier de cette réplique qu’il l’a fait inscrire sur son dossier de presse. Et l’adaptation d’un bouquin nul, ça donne quoi à ton avis ?

Euh, une merde ?

 

 

Café de flore et slogans publicitaires

 

 

- Beigbeder, qui est branché, appelle cela une « rom com », pour comédie romantique. Comme il est malin, il a embauché Yves Cap, chef op’ de Bruno Dumont pour faire la photo. Donc c’est techniquement assez chiadé. Pour la forme, c’est emballé comme un Woody Allen première période, avec un héros insupportable, névrosé, qui parle face caméra. Mais c’est plombé par la bêtise, la tiédeur du propos, le melon de l’auteur et ses répliques définitives en forme de slogans publicitaires.

- T’as des exemples ?

- OK, mais tu ferais bien de prendre un lexomil avant. Enfin, je t’aurai prévenu :

« Rien n’est grave, sauf le Locked-in syndrome. »

« J’ai vu ma vie défiler, c’était d’un chiant. »

« L’amitié homme-femme, c’est comme l’énergie éolienne, on en parle mais ça n’existe pas. »

« Y a des hommes qui se rasent la chatte. »

« Vous êtes pleine de vie, c’est insupportable. »

« Ce n’est pas mon père, c’est moi dans 30 ans. »

- Bref, c’est l’humour branchouille Canal, version années 90.

- Absolument. Ca se veut branché, c’est simplement beauf. 

- L’action se passe autour du Café de Flore ?

- Bingo ! On est dans le petit monde germanopratin, avec des oisifs qui se prélassent dans leurs problèmes de cul et leurs piscines intérieures, qui obtiennent 300 000 € d’avance pour un bouquin… Une comédie de droite ?

Et l’histoire ?

 

Pause de pubard calculateur et faussement provo

 

- Tu vas te régaler : il y a des personnages qui vomissent, Nicolas Bedos porte des polos roses qu’il rentre dans son futal et a un micro-pénis (drôle), Louise Bourgoin fait du lap-dance, Joey Starr est une tapette. C’est tellement vide que Beigbeder a multiplié les personnages secondaires « pittoresques » pour tenter de masquer la vacuité du propos. Il y a même Michel Legrand qui fait une apparition à la fin, face à la mer. Et c’est là que tu peux contempler tout le génie de Beigbeder : réussir à choper Michel Legrand, 80 ans aux fraises, pour lui faire jouer un coup de piano 25 secondes. Quelle imagination ! Au fond, Beigbeder est resté un vrai fils de pub. Il pense en concept, en buzz, en slogan, en tag line. Tout le contraire d’un cinéaste… Il n’y a pas une once de sincérité dans L’amour dure trois ans, pas un moment d’émotion, juste la pose d’un pubard calculateur et faussement provo.

 

- Et les acteurs ?

- Avec son air éternellement constipé, Gaspard Proust est mauvais comme un cochon. Aucun charisme, pas drôle, c’est une catastrophe ambulante et l’identification avec cette chaussette est absolument impossible. Dès qu’il parle, tout le film tombe à l’eau. Je me demande pourquoi Beigbeder  n’a pas embauché son pote Edouard Baer qui était né pour jouer ce rôle… Mais j’ai été agréablement surpris par Louise Bourgoin, à la fois drôle et sexy. Si elle arrête de tourner avec des ringards comme Luc Besson ou Gilles Marchand, elle risque de devenir rapidement indispensable au cinéma français. Mais la grande révélation du film, c’est Valérie Lemercier.

De quoi tu parles ?

 

30 secondes de Bukowski pour sauver le film

 

- J’avais oublié combien elle pouvait être drôle. Elle incarne l’éditrice du héros et elle est simplement géniale en harpie désabusée tendance Françoise Verny. Il faut la voir lancer « J’ai lu votre manuscrit L’amour dure trois ans, j’adore, le titre est bien con. » Impériale ! Là encore, Beigbeder ne peut s’empêcher de faire le malin et il nous livre lui-même la critique de son bouquin. Trop fort. 

- Conclusion ?

- Il sera beaucoup pardonné à Beigbeder, notamment à cause du début du film qui s’ouvre avec Bukowski. En 30 secondes, Buk en dit plus, et mieux, sur l’amour que Beigbeder en une heure et demie. C’est sublime, et le reste paraît bien terne à côté… En fait, j’ai l’impression que Beigbeder est un mec brillant qui a tout raté.

- Tu te prends pour Beigbeder ? En tout cas, j’ai adoré le slogan sur l’affiche, « Le meilleur film de Beigbeder ».

- Tu vois, encore un slogan ! Et pourquoi pas celui-ci : « Le dernier film de Beigbeder ».

 

 

L’amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder avec Louise Bourgoin, Gaspard Proust, JoeyStarr, Jonathan Lambert, Valérie Lemercier.

En salles le 18 janvier