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The Descendants : mort, chemises Hawaï et ukulélé

Alors que sa femme va mourir, George Clooney, mari cocu et père à la ramasse, tente de se réconcilier avec la vie. Une comédie sur le deuil et le ukulélé, par le cinéaste délicat de Sideways.

 

- Alexander Payne est un réalisateur plutôt discret.

- Et rare ! Tu imagines, Sideways, son dernier long-métrage, date de 2004. Malgré l’Oscar du meilleur scénario, le succès public et critique, Payne a mis sept ans pour écrire et diriger The Descendants. Comme Kubrick…

- J’avais adoré Sideways, comédie dépressive où deux quadras picolent comme des malades sur la route des vins, draguent tout ce qui bouge et courent après leur jeunesse.

- C’était beau comme un road-movie d’Hal Ashby, Mike Nichols ou Bob Rafelson. Et ciselé comme une comédie du tandem Charles Brackett-Billy Wilder. Mais pour The Descendants, Payne a écrit sans son coscénariste habituel, Jim Taylor.

 

 

- The Descendants est adapté d’un roman, comme Monsieur Schmidt ?

- Absolument, d’une auteure hawaïenne, Kaui Hart Hemmings. Nous sommes donc à Hawaï, balayée par la pluie. Le paradis sur terre est un peu moche, dépressif, et George Clooney, l’homme le plus sexy de l’univers, incarne un avocat paumé qui est passé à côté de sa vie, mauvais père, mauvais mari, bref un mec à côté de ses tongs.

- What else ?

- George a au moins deux problèmes. Sa femme, victime d’un accident de bateau, est plongée dans un coma sans doute irréversible. Et comme il est le descendant – d’où le titre - d'une des premières familles de colons américains et de l'aristocratie polynésienne, George doit décider s’il vend à un promoteur un des derniers morceaux inviolés de l'île de Kauai dont il est le propriétaire avec ses cousins. Il doit également s’occuper de ses filles dont il est totalement étranger, une de 10 ans, l’autre de 17, rebelle et pleine de ressentiments. L’adolescente lui révèle bientôt l’infidélité de sa mère et George, flanqué de ses deux gamines, se lance dans une course éperdue, d’une île à l’autre de l’archipel, afin de retrouver l’amant de sa femme…

C’est une comédie, ça ?

 

Il y a chez Payne quelque chose de rare, l'humanité

 

- C’est là que l’on retrouve la Payne Touch, comme on parle de la Lubitsch Touch, basée sur l’humour, la générosité, les ellipses, le hors champ et une confiance absolue en l’intelligence du spectateur. Très délicatement, Payne tricote une comédie douce-amère, sur fond de cocufiage, de ukulélé et de mort. Si la mort reste au cœur du film – dilemme : George doit-il débrancher sa femme ? – Payne joue la carte de la comédie. Burlesque, quand George court en tongs pour trouver l’amant de sa femme, mais surtout en demi-teintes avec une multitude de personnages, particulièrement bien écrits : ses filles, bien sûr, le copain demeuré de son aînée, son beau-père dictatorial, les amis du couple, ses cousins… George entame une odyssée d’île en île, mais surtout un voyage intérieur. Sa femme va s’endormir définitivement, mais The Descendants reste l’histoire d’un éveil. Sur un ton léger, badin, Payne refuse les effets et dit des choses graves sur le couple, la filiation, l’incommunicabilité, les racines, la descendance, la trace que chacun d’entre-nous va laisser… Il y a chez Payne, comme chez James L. Brooks, le réalisateur de Tendres passions, quelque chose de rare : l’humanité. Tous les personnages ont leurs raisons. Irascibles, mesquins, généreux, tendres, paumés, perdus, forts, ce sont nos frères de larmes. Payne ne les juge jamais, il les filme à hauteur d’homme. C’est rare et vraiment très beau. Loin des clichés mais au cœur de l’émotion, Payne promène son spectateur par le bout du nez, lui serre la gorge, pour mieux le faire pleurer de rire la scène suivante.

Et George ?

 

Clooney acteur magnétique et cocu

 

- On le sait depuis Hors d’atteinte, en 1998, réalisé par son ami Steven Soderbergh, George est un acteur magnétique, aussi à l’aise dans le slapstick des frères Coen - voir son rôle de bagnard gominé et demeuré dans O’Brother - que dans l’action, le polar ou le drame. Avec ses chemises colorées, une coupe de cheveux improbable et ses tongs fatiguées, George délaisse le glamour Cary Grant pour incarner un cocu à la ramasse. Il est fabuleux, d’une précision millimétrique dans la gestuelle burlesque, d’une incroyable profondeur dans la tragédie.

- George Clooney cocu, on aura tout vu !

- Tous les acteurs du film sont formidables, mention spéciale à la jeune Shailene Woodley, dans son premier long-métrage, et à Nick Krause, ado bas du front qui hérite des meilleures répliques du film. Il y a encore trois éléments qui font de The Descendants un grand film : la photo dépressive de Phedon Papamichael (Walk the Line), des répliques qui claquent (« Paradise can go fuck itself ») et une bande-son imparable, intégralement composée de chansons hawaïennes, mélodies sublimes et déchirantes accompagnées au ukulélé. Après Millénium, 2012 commence vraiment bien…

 

 

The Descendants d’Alexander Payne avec George Clooney, Shailene Woodley, Amara Miller, Beau Bridges.

Sortie salle le 25 janvier