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Les chants de Mandrin : la révolution pour les Nuls
Au XVIIIe siècle, une bande de contrebandiers affronte les armées du roi. Signée du cinéaste Rabah Ameur-Zaïmeche, une ode à la révolution qui se transforme en appel vibrant au sommeil.
- Tu fais la gueule ?
- Putain, t’as raison, je viens de voir Les Chants de Mandrin.
- C’est pas pire que les nominations aux César quand même ? Les grands favoris sont Polisse, The Artist et Intouchables. Heureusement que l’excellent Exercice de l’Etat sauve un peu les meubles…
- Mais j’en ai rien à foutre des César, ce concours à bestiau, séance ringarde d’autocongratulation pour les professionnels de la profession satisfaits. Je te parle de Rabah Ameur-Zaïmeche !
- Le réalisateur de Bled Number One et de Dernier maquis ?
- Yes ! C’est un des meilleurs cinéastes français, un grand styliste qui parvenait dans Dernier maquis à transformer les quelques planches de bois d’une palette de transport en un mur infranchissable et aliénant, un piège, une installation d’art contemporain… C’est peu dire que j’attendais son nouveau film après trois ans d’attente.
Et ?
Farandole
- C’est une déception totale. RAZ s’essaie ici au film d’époque, en costume. Nous sommes en 1755, peu après la mort de Louis Mandrin, célèbre contrebandier, sorte de Robin des bois français qui narguait les fermiers généraux qui étranglaient le peuple, une vision néanmoins contestée par certains historiens. Bref, Mandrin le révolutionnaire est mort et ses « compagnons de misère » poursuivent son action sur les routes du sud, en vendant leurs produits en « marché libre ».
- Alors ?
- C’est tout ! Les Mandrins arrivent dans des villages où il y a trois tondus, vendent des étoffes, du tabac, des produits précieux, font imprimer la complainte de Mandrin en livre, affrontent les soldats du roi derrière une BARRICADE (symbole !), puis chantent en dansant une bonne farandole. Il n’y a pas de progression narrative, pas de récit, pas d’enjeu, juste ce qui se voudrait un appel à l’insurrection pour apprentis indignés et autres aspirants révolutionnaires. Ainsi, les Mandrins sont incarnés par des acteurs d’origine arabe qui parlent comme des mecs des cités. Mandrin et les révolutionnaires arabes, même combat, tu vois… RAZ se place sous le signe des insoumis et veut assurément nous dire des choses contemporaines, importantes.
C’est « la révolution pour les Nuls » ?

Costumes sortis du pressing
- Pas mal. Mais tout est maladroit, insoutenable : les figurants regardent fixement la caméra, les personnages disent « Merde » quand ils ne sont pas contents ou déclament de la poésie (« Pour la beauté de nos rêves : Feu ! ») quand ils s’énervent, les costumes ont l’air de sortir du pressing et semblent gratter les acteurs, les danses autour du feu au son d’un concert de pipeaux comme les trois scènes d’action (un coup de feu et une poursuite à cheval) sont paresseuses, voire pathétiques. Tout est bien lourd, et si on est gentil, on parlera de distanciation brechtienne… Mais à ce niveau d’amateurisme et de ringardise, j’avais plutôt l’impression d’assister à un nanar d’Ed Wood.
Comment chasser le lapin
- Pourtant, Dernier maquis était incroyablement mis en scène.
- Un film vraiment fascinant d’inventivité et de force. Ici, RAZ doit réinventer le XVIIIe siècle avec 3, 50 euros. Il filme donc au cœur du Larzac, en plan serré, souvent en champ-contrechamp. La plupart du temps, j’avais l’impression – médusé – d’assister à un téléfilm. Les cadres sont moches, la lumière blafarde, les mouvements de caméra approximatifs et RAZ ne semble pas vraiment à l’aise avec son décor, des paysages majestueux qu’il n’arrive jamais à filmer correctement. Quand tu vois qu’en interview, il s’est senti obligé de se comparer à John Ford…
- Et la critique ?
- RAZ a ses fans, qui se sont fait une joie d’encenser son petit dernier. Parmi les perles, cet argument : Mandrin était contrebandier et c’est un film de contrebandier. Ca va loin… Le critique des Inrocks, extatique, a été passionné par le film car on lui explique même comment on chasse le lapin. « J’adore ça ! », a t-il déclaré à la télé. Grand fou, va !
- Conclusion ?
- RAZ nous doit définitivement une revanche. Ou à la rigueur une bonne farandole.
Les chants de Mandrin de et avec Rabah Ameur-Zaïmeche, Jacques Nolot, Christian Milla-Darmezin, Jean-Luc Nancy.
Sortie salle le 25 janvier



