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LEÇON NUMÉRO 1 : NE PAS TROP CHATOUILLER REACHER

15 ans que Lee Child narre les aventures de Jack Reacher. Chronique d'un polar qui chronique l'Amérique.

 

 

Il y a deux, trois petites choses essentielles qu’il faut savoir, à propos de Jack Reacher, ancien policier de l’armée des Etats-Unis d’Amérique et héros récurrent, depuis quinze ans (pourvu que ça dure encore quelques décennies) des polars électriques de Lee Child - comme, par exemple, qu’il n’a pas de domicile fixe, et qu’il voyage très léger, radicalement désencombré du superflu : sa brosse à dents (pliable) et sa carte de retrait bancaire sont, avec sa parfaite maîtrise du combat rapproché, et pour ce qu’on en sait, ses uniques biens, en ce bas monde. (Et quand il veut changer de chemise, il en achète une nouvelle, what else ?)

 

Ou encore, qu’il est, certes, d’un naturel plutôt retenu, mais qu’il ne faut cependant pas trop lui chatouiller la placidité – car alors il devient le Fléau Des Malfaisants, qui n’ont généralement pas le temps de regretter d’avoir importuné le mauvais mec, au mauvais moment : 

« Ils se jetèrent sur moi ensemble. Je poussai du pied contre le mur, mis les deux poings sur ma poitrine, coudes écartés comme des ailes d’avion et chargeai avec autant de vigueur qu’eux-mêmes. Nous nous rencontrâmes au point d’intersection d’un triangle imaginaire qui se serait effondré sur lui-même, et mes coudes les atteignirent en pleine figure. À ma droite, je sentis sauter les dents d’en haut du petit trapu, et, à ma gauche, le bas de la mâchoire de Leonid se déboîter. Impact = masse par vitesse au carré. J’avais de la masse à revendre, mais des chaussures comme des éponges et les pieds moites à cause de la chaleur ; du coup ma vitesse n’était pas ce qu’elle aurait pu être.

Ce qui réduisit un peu l’impact.

Si bien qu’ils restèrent tous les deux debout.

Si bien qu’il me restait à terminer le boulot. »

 

 

- Nous avons des droits

- Nous en avions

 

Narre-t-il ainsi dans le nouvel épisode, paru de frais, de ses aventures (1) – qui le mènent cette fois à New York, où il se laisse précipiter, après avoir identifié dans le métro « une candidate à l’attentat suicide », dans un très conséquent merdier, et qui sont, comme toujours, d’une si corrosive drôlerie, et d’une si dévastatrice efficacité, qu’on se prend (de nouveau), à les lire, à souhaiter qu’un avisé producteur en ourdisse enfin l’adaptation pour le grand écran – avec, évidemment, Bruce Willis dans le rôle de Reacher (2). 

D’ici là, et pour patienter, on relira toute la série – ne serait-ce que pour ce que ses dialogues millimétrés disent, aussi, et tout aussi sûrement que bien de longs essais, du devenir de l’Oncle Sam : « — Nous avons des droits. — Nous en avions. »

 

 

Lee Child, Elle savait, Calmann-Lévy, 441 pages, 21,90 euros.

Juste après quoi : on apprend qu’un petit génie hollywoodien a eu l’idée lumineuse de le confier à Tom Cruise, qui sera là aussi crédible que John Goodman en princesse de Clèves.