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La désintégration : terroriste, mode d’emploi
Au nom de l’islam, trois jeunes d’une cité du nord de la France se trouvent entraînés à commettre un acte terroriste. Un film-choc, poignant, du réalisateur de La Trahison, le trop discret Philippe Faucon. Rencontre.
Avec ce film coup de poing, très épuré, vous décrivez l’endoctrinement de trois jeunes issus de l’immigration et leur transformation en bombe humaine. Quelle est l’origine de ce projet casse-gueule ?
Philippe Faucon : C’est un scénario original que deux jeunes producteurs m’ont proposé. Je l’ai accepté car il exprimait des questions que je me posais moi-même. Depuis cinq ou six ans, je vis en proximité de jeunes comme on en voit dans le film, et j’ai assisté chez certains à des replis sur eux-mêmes très brusques, très profonds. A la suite d’un sentiment d’exclusion sociale, des jeunes ont des replis religieux radicaux, même si ces itinéraires n’ont pas forcément des dénouements aussi tragiques que ceux de Zacharias Moussaoui ou Khaled Kelkal.
Dans le film, nous ne sommes plus dans la France de l’intégration, mais dans la France de la désintégration.
P. F. : Il y a aussi la France de l’intégration avec le personnage du frère aîné, de la sœur, ou même de la mère, même si elle est victime de discrimination. Le frère du héros dit quelque chose comme : « Tu crois que ça a été facile pour moi de m’appeler Rashid Aouzi ? C’était pire à mon époque. » Le prof déclare : « Y a des Noirs et des Arabes qui trouvent leur place. » Comme on dit, un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. Mais à un moment, le discours du frère n’a plus prise et le personnage de l’endoctrineur sait ce qu’il faut dire aux jeunes, quels points il faut toucher.
L'endoctrinement vend la religion comme il vendrait de la drogue
Pour lui, c’est extrêmement simple de transformer ces jeunes en martyrs. C’est pour cela qu’il déclare : « Il faut cesser de croire que vous êtes des Français comme les autres, ce n’est pas vrai. Vous avez fait des études, mais vous n’avez droit à rien. Ils ont eu besoin de vos parents pour ramasser les poubelles, mais si vous vous aspirez à plus, c’est impossible ! » L’endoctrineur connaît l’aigreur des jeunes, leur ressentiment. Pour lui, c’est un business comme les autres. Il vend la religion comme il vendrait de la drogue. Et si cela ne fonctionne pas avec un gamin, il passe à un autre…

Ce personnage m’a fait penser, physiquement et au niveau du discours, à Tariq Ramadan.
P. F. : (il soupire) Il a parfois des positions sur lesquelles on peut s’interroger. Il a également des connaissances très fortes sur les ressentis de mise à l’écart sur lesquels il peut mettre des mots et appuyer.
Ce film rejoint les préoccupations de vos autres films, notamment La Trahison.
P. F. : Bien sûr. Les producteurs avaient vu mes films précédents, même si je ne suis pas le premier réalisateur à qui ils ont proposé La Désintégration. Je vis avec une jeune femme d’origine algérienne, je suis né au Maroc et nous avons tous les deux le sentiment d’une appartenance à deux histoires, deux mondes…
… deux civilisations ?
P. F. : (il éclate doucement de rire) Non, deux histoires. La question de la civilisation, chère à Claude Guéant, nous en parlerons plus tard si vous voulez bien. (A suivre demain)
La désintégration de Philippe Faucon. Avec Rashid Debbouze, Yassine Azzouz, Ymanol Perset
En salles le 15 février



