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« C’est bien que Claude Guéant se soucie de la condition des femmes dans le monde »
Comment devient-on un terroriste ? C’est ce que montre Philippe Faucon dans un film coup de poing, près de l’os, où trois jeunes d’une cité lilloise se font endoctriner. Suite de l’entretien avec Philippe Faucon
Vous avez fait des recherches pour vos personnages ?
P. F. : Le scénario n’était pas bon et comme je ne voulais pas aller vers le stéréotype, la caricature, j’ai effectué un travail important de rencontres, de recherches, pour être aussi exact que possible. J’ai donc rencontré des jeunes qui avaient eu des tentations du même ordre que le héros, qui en étaient revenus. J’ai rencontré des éducateurs, des profs… Mes interprètes - notamment Rashid Debouzze et la femme qui incarne sa mère - savaient également très bien ce qui est en jeu, ils avaient une connaissance intime de ces personnages.
L'intelligence du spectateur
Est-ce que c’est l’économie du film qui a dicté sa forme ?
P. F. : C’est mon style d’écriture, très épuré. J’ai également la conviction que l’on doit miser sur l’intelligence du spectateur, qu’il n’est pas obligatoire de surligner. Avec notre petit budget, il y a des choses que j’ai écrites que je n’ai pas pu tourner. J’ai parfois manqué de temps pour certaines séquences, notamment dans la forêt. J’ai eu 34 jours, moins un jour de déplacement, un budget de beaucoup moins de deux millions, avec le refus de financement de toutes les chaînes, sauf le préachat de Canal + et CinéCinéma. J’ai peut-être été également influencé par certains réalisateurs…
J’ai pensé notamment – attention - à Robert Bresson.
P. F. : Ce n’est pas faux. Chez Bresson, il y a cette conviction que la façon de raconter avec les possibilités du cinéma, de l’image, du son est aussi importante que le sujet. Je crois que c’est vrai. On peut repérer l’influence de Bresson à la fin du film, quand le héros s’attache au volant avec les menottes ou le plan de l’attentat quand les gens qui s’enfuient sont vus en reflet dans la voiture. Il y a quelque chose de l’ordre du haïku peut-être, quelque chose de très bref qui a une résonance longue et pleine.

Vous avez réécrit votre film au montage ?
P. F. : Oui ! Au moment du montage, je m’aperçois que je peux couper des séquences trop explicatives. Et je sais que je peux compter sur des spectateurs qui sont adultes et donc je coupe.
«Zemmour a aimé le film, c'est l'un des choses que je craignais le plus»
Et Claude Guéant ?
P. F. : C’est bien que Claude Guéant se soucie de la condition des femmes dans le monde. Et je suis certain que ce ne sont pas pour des raisons électoralistes. En France, les femmes ont eu le droit de vote en 1945. Si elles ont obtenu ces droits, ce n’est pas parce que la « civilisation française » leur a donnés, mais parce qu’elle se sont battues. Dans les civilisations que Monsieur Guéant montre du doigt, il y a des femmes qui ont les mêmes aspirations et qui luttent contre des ordres rétrogrades et passéistes.
Je crois que vous allez passer dans l’émission d’Eric Zemmour.
P. F. : Il a aimé le film, paraît-il ; c’était la chose que je craignais le plus. Il a aimé le film, mais sûrement pour de mauvaises raisons (il se marre).
La première partie de l'interview est disponible ici
La désintégration de Philippe Faucon. Avec Rashid Debbouze, Yassine Azzouz, Ymanol Perset
En salles le 15 février



