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Poursuite et fin?
Audrey Pulvar a perdu le procès qu'elle a intenté à Bakchich. Récit d'une victoire. Détail d'une ruine.
«Le prévenu est renvoyé des fins de poursuite». A la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, la succession de ces mots sonnent doux à nos oreilles. Ils signifient la relaxe lors des procès en diffamation qui sont intentés à Bakchich. Depuis novembre dernier, les juges l'ont prononcé à deux reprises pour autant de comparutions.
Le 25 novembre dernier, Claude Thévenet, acteur majeur du dossier Karachi fâché de la publicité que nous lui avions faite, a été condamné à nous verser 2000 euros pour constitution abusive de partie civile. L'ancien flic (et formateur auprès du démocrate président congolais Denis Sassou Nguesso), demandait 40 000 euros de dommages et intérêts pour panser son honneur blessé.
Modestement, Audrey Pulvar, égérie du samedi soir de Laurent Ruquier, n'a réclamé qu'un euro de dommage et intérêts... assorti du remboursement de ses frais d'avocat, et de 3 insertions judiciaires à 3000 euros pièces. Soit 12000 euros au doigt mouillé pour avoir évoqué qu'au soir du second tour des régionales de 2010, la journaliste avait rejoint son compagnon, Arnaud Montebourg, au siège du Parti socialiste. Information qu'elle dément. Et a pensé calomnieuse.
Mme Pulvar sans intention de nuire
Est venue l'audience. Peu agréable. L'auteur de ces lignes s'est vu accusé de sexisme (parce que le texte incriminé parlait de Mlle Pulvar) ou d'en vouloir à une femme parce qu'elle était la première présentatrice de couleur à avoir présenté le JT… Le 9 février est tombée la sentence. Nos écrits n'étaient pas diffamatoires, les juges notant que la «demanderesse reconnaissant avoir à d'autre occasions, accompagné son compagnon Arnaud Montebourg, à des évènement organisés par ce même parti dont il est responsables.»

Audrey Pulvar a été déboutée de toutes ses demandes. Tout ça pour ça.
18 mois de procédure, une convocation par la Brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP), une mise en examen par un juge d'instruction pour cela : relaxe. Qui ne rime pas tout à fait avec relâche. Mme Pulvar peut encore faire appel. User encore de ses droits, mobiliser l'appareil judiciaire, poursuivre «sans intention de nuire» selon la décision du tribunal, non Bakchich, mais ma personne en propre. Une subtilité juridique née de la liquidation de notre site en janvier 2011. Toutes les procédures intentées à l'encontre de la défunte société Bakchich se sont transformées en poursuite visant son directeur de publication à l'époque de faits. Moi.
Procédures ad hominem
Cette attention ne va pas sans quelques avantages. Passées les premières mises en examen, l'exercice est moins stressant. Presque drôle, au moment de penser à ma fiche STIC, qui doit se dérouler désormais sur une bonne demi-douzaine de pages... Les huissiers du Palais de Justice me reconnaissent dans les couloirs. Les magistrats de la 17e en viendront bientôt à m'appeler par mon prénom. Des policiers de la BRDP sont devenus fans de la page Facebook de Bakchich. Un petit réconfort en contrepartie des désagréments.
Le coût d'une relaxe
Le moindre réside dans le temps consacré à la justice. Des matinées passées aux côtés des policiers, des juges d'instruction. Des après-midi entières à attendre l'audience, à les préparer avec mes avocats (bénis soient le cabinet Bourdon, Me Apolline Cagnat, Me Léa Forestier, Me Joseph Breham). Autant d'heures dépensées loin de ce qui fait le métier de journaliste. Chercher une info, la recouper, la rendre intelligible, la publier.

Le plus âpre consiste en la perte financière. Accusé, même relaxé, cela a un coût. Aussi brillants et généreux soient-ils, les conseils ne peuvent éternellement vous défendre à l'oeil.… Des milliers voire quelques dizaines de milliers d'euros, quand lors de la liquidation de Bakchich, le directeur de publication n'a bénéficié ni d'indemnités, ni des Assedic.
Après les procès, le ballet des huissiers
Une ruine de moins en moins virtuelle quand les courriers, les coups de fil, les commandement de payer envoyés par les huissiers s'amoncellent. Et que d'anciens procès se profilent à l'horizon. D'avant la liquidation. Une situation un brin pesante au moment d'écrire, d'enquêter, de porter la renaissance de Bakchich. Et un flot de questions de survenir. A quoi bon lancer un média, vouloir informer dans l'indépendance si c'est pour en sortir aussi lessivé? A-t-on été inconscient? Trop enthousiaste sans doute. A-t-on commis des erreurs? La justice les a sanctionnées, la société Bakchich a été liquidée. Comment arriver à (re)développer Bakchich quand on l'enchaîne autant au passé? L'envie parfois s'enfuit. Un bref instant. Puis revient le goût de se battre. L'important n'est pas l'issue, c'est le combat.
Depuis la résurrection, malgré les menaces, notamment de François Pupponi et de son excellence l'ambassadeur de France en Erythrée Roger Auque, malgré les informations sorties, aucune procédure n'a été diligentée. Un espoir, qu'il s'agit d'entretenir. Pour Bakchich en continuant à sortir des infos. Pour vous chers et adulés lecteurs, en attendant la possibilité de participer à notre financement (via la boutique en ligne en voie de finalisation ou bientôt le versement de dons), il suffira de continuer à lire nos articles (bientôt disponibles via des applis iPhone et Android), à nous envoyer des infos. Et participer, par votre action, à ce que continuent de prospérer enquêtes, informations et mauvais esprit.
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