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César et Oscars : la médiocrité au carré
Les deux cérémonies, interminables et pathétiques, ont récompensé une poignée de films insignifiants et consacré The Artist, objet préfabriqué et sans âme.
C’est l’overdose ! Dans la même semaine, les César, les Oscars et le Salon de l’agriculture, trois manifestations où les « professionnels de la profession » s’applaudissent, s’auto-congratulent et remettent des médailles dorées au plus gros bestiau, une belle bête élevée aux hormones ou au botox. Quelque chose comme une jolie fleur dans une peau de vache ou une jolie vache déguisée en fleur.
Cette année, j’ai trouvé les César et les Oscars particulièrement pathétiques, voire obscènes, surtout quand ces people bling bling commencent à s’émouvoir parce que leurs potes ont enfin reconnu leur génie. Car de quoi parle t-on ? De grands films, d’interprétations inoubliables, du génie cinématographique ? Non, simplement de The Artist, Polisse ou Intouchables pour la France, La Couleur des sentiments, La Dame de fer ou encore The Artist pour les Etats-Unis. Des trucs préfabriqués qui n’ont pas grand-chose à voir avec le cinéma…
Un suppo de trois heures
Parlons tout d’abord de la forme. Les deux cérémonies étaient aussi soporifiques l’une que l’autre, un festival d’ennui animé par Billy Cristal, 63 ans aux fraises, et Antoine De Caunes, visiblement pas très concerné. Encore plus mortel que la nuit des morts-vivants ! Programmés un vendredi soir par Canal Plus, pour ne pas perdre un samedi consacré à un truc vraiment essentiel à savoir le foot, les César se sont étalés sur plus de trois heures interminables. Pour faire passer le suppo, De Caunes a bien essayé de balancer quelques vannes, notamment :
- « Cette année, un géant du cinéma a disparu : Megaupload » ;
- « Pédophilie, film muet sur un acteur au chômage, crise, handicapés, bref l’industrie du rêve… »
- « La différence entre Hollywood et Bollywood, c’est le Smecta » ;
« On se consolera avec un gros pétard », ou encore, à propos de Carla dans Minuit à Paris, « Un rôle sur mesure pour cette experte en restauration ».
Une moisson un peu maigre eu égard au nombre de scribouillards made in Canal qui ont planché sur les textes… Parmi les bons moments, Kad Merad qui se vautre sur son pupitre, un gag exécuté à la perfection et un superbe air ahuri de l’acteur de Bienvenue chez les Ch’tis ; Laurent Lafitte, imperturbable, annonçant le César du Meilleur français dans une actrice américaine (« Benjamin Millepied dans Natalie Portman ») ou la bêtise crasse de Mathilde Seigner qui, remettant un César à Michel Blanc, s’acharne à vouloir faire monter son rival sur scène, JoeyStarr, son chouchou, avec lequel elle tourne en ce moment. Je ne peux résister à retranscrire ce grand moment de n’importe quoi :
« Je voudrais juste dire un petit mot… Je voudrais qu’il monte Didier parce que je suis ravie que tu l’aies Michel, mais je voulais que ce soit… Enfin voilà, pardon. »

Trop bon. Allez, les gars, l’année prochaine, c’est elle qui présente la cérémonie, qu’on rigole vraiment ! Mon moment préféré a été quand même le passage rapide de Kassovitz. Lui qui avait déclaré la semaine précédente « enculer le cinéma français » est monté sur scène, un petit sourire en coin. Et quand De Caunes lui a demandé ce qu’il venait faire, il a simplement déclaré : « Je viens honorer ma promesse. » Bravo Kasso !
De l’autre côté de l’Atlantique, Billy Cristal a fait une fois de plus son show, plutôt triste et longuet. Quatre moments à sauver : Sacha Baron Cohen, qui arrive sur le tapis rouge grimé en dictateur, l’urne des cendres de Kim Jong-il sous le bras, avant qu’il ne se fasse serrer par un videur ; le montage du début avec Cristal incrusté dans des extraits des films nominés, l’émotion de Meryl Streep et la prestation de Will Ferrell et Zach Galifanakis.
Hazanavicius plus fort que Malick, Scorsese ou Spielberg
Sur le fond, cela a été le triomphe des médiocres, des démagos et des gros succès en salles, à savoir The Artist, Polisse et Intouchables.
On en est là ! Deux bonnes nouvelles quand même : L’Exercice de l’état et Angèle et Tony ramassent quelques statuettes. Mais que penser de l’absence de nomination pour Marjane Satrapi ou Bruno Dumont, ou des nominations à minima pour L’Ordre et la morale ou l’excellent Présumé coupable ?
Aux Oscars, c’est également The Artist qui a cassé la baraque. Le meilleur film de l’année n’est pas The Tree of Life de Terrence Malick, Palme d’or à Cannes, Millénium de David Fincher ou Drive de Nicolas Winding Refn, non, non, c’est The Artist de Michel Hazanavicius. Hazanavicius plus fort que Malick, Scorsese ou Spielberg ! Comment The Artist, cette petite chose nostalgique, hommage-pastiche au cinéma muet, a t-il pu séduire les « professionnels de la profession » des deux côtés de l’Atlantique ?
C’est un tout petit film, certes bien usiné, mais c’est d’abord et surtout un truc sans scénario et sans âme. Le critique Louis Skorecki disait de Munrnau, le génial réalisateur de L’Aurore, qu’il « faisait parler les images muettes ». Hazanavicius le vide le cinéma muet de toute substance, de toute émotion. Pur produit de marketing, The Artist est avant tout le triomphe du story-telling.
Un film quasi expérimental... usiné par l'homme fort du ciné français
Soit un film muet, noir et blanc, « quasi-expérimental », que tout le monde a refusé de financer, porté par un producteur « fou », qui a été un triomphe public, critique, et qui maintenant croule sous les récompenses. Bon, il ne faut pas quand même oublier que ce film est quand même signé du réalisateur d’OSS 117, qu’il est financé par le nouvel homme fort du ciné français, Thomas Langmann, producteur d’Astérix, et qu’il est interprété par Jean Dujardin, la superstar du cinéma français, qui pourrait faire financer, s’il le désirait, un long-métrage de lui récitant l’annuaire. Du cinéma expérimental, donc…
S’il n’est pas le meilleur acteur en France (c’est Omar Sy qui est reparti avec la breloque), Jean Dujardin est le meilleur acteur de l’année pour les Américains. Un Oscar qui récompense une carrière placée tout entière sous le signe de la qualité. Jugez plutôt : Brice de Nice, Lucky Luke, Ca$h, Contre-enquête, OSS 117, Un homme et son chien, Un balcon sur la mer, L’Amour aux trousses, Mariages, Les Dalton, Les Petits mouchoirs… Ce serait drôle si ce n’était pas pathétique.
Le grand gagnant de ces deux soirées lamentables n’aura donc pas été le cinéma, mais le marketing de l’industrie cinématographique, capable d’organiser des cérémonies vaines et ringardes, dédiées à sa propre gloire, histoire de faire recracher au bassinet les spectateurs qui vont se ruer en masse lors de la ressortie de The Artist. Chapeau l’artiste !
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