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Hénaut président : votez Gourmet !

 

Lors de la présidentielle, une équipe de bras cassés de la com tente de métamorphoser un candidat idéaliste en une bête des médias. Une comédie foutraque, portée par un Olivier Gourmet en ébullition.  

 

 

- Difficile de faire rire au ciné avec la politique.

- Surtout quand tu as des pros qui déclarent « Nous sommes des gens modestes », « Pour faire face à la hausse du prix du pétrole, je conseille aux Français de faire du vélo », « Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes », ou « L’assistanat est le cancer de cette société ». Il faut au moins un Michel Audiard pour rivaliser avec des dialogues aussi surréalistes de connerie.

- Pourtant, l’humour politique marche en format court et les humoristes comme Stéphane Guillon, Nicolas Canteloup, Sophie Aram ou les Guignols font leur miel de la bêtise de Morano ou du cynisme de Sarko.

- C’est marrant que tu mentionnes cela car à l’origine Hénaut Président est une série télé de 70 courts-métrages diffusée avant les élections de 2007 sur Paris Première, une série de pastilles inégales, bêtes et méchantes, plutôt sympas.

- J’étais tombé sur quelques épisodes et Michel Muller incarnait un gentil candidat tombé dans les griffes de communicants bas du front.

- C’est le même pitch pour le long-métrage. Pierre Hénaut est le maire naïf et idéaliste de Saint Nicolas de Noblat, « la ville du jouet en bois ». Pour la présidentielle, il tente de s’adjoindre les services de l’agence de com de Thierry Giovanni qui commence par l’envoyer bouler. Mais Giovanni est persuadé qu’il peut vendre de la soupe, une brioche ou un politique. Il décide donc métamorphoser ce maire qu’il méprise – car intègre et dévoué - en bête des médias. Commence alors une série de grosses magouilles et de coups tordus pour faire monter Pierre Hénaut, toquard persuadé de son destin politique, dans les sondages. 

- Alors ?

- La surprise, c’est que le film est plutôt bien réalisé, malgré les 3,50 euros de budget. Il y a des idées, du punch, une volonté de faire du cinéma, ce qui n’est pas aussi fréquent que ça en France.

Tu recommences ! 

 

Dans l'humour, les politiques ont mis la barre très haut

 

- Compare avec Intouchables ou Polisse et tu verras ! Le chef op, Vincent Muller (le frère de Michel ?), qui a bossé sur la série télé et sur Braquo 2, sait cadrer et composer des plans originaux. Non, le problème, c’est le scénario. Michel Muller peut ciseler une saynète de quatre minutes et faire mouche avec deux répliques ou une vanne bien scato. Ici, tout est étiré sur 1H 40. Il y a donc de très bonnes choses, mais aussi des séquences entières qui ne fonctionnent pas, notamment celle avec les lapins, de grosses chutes de rythme et des séquences ratées. 

 

 

 

- C’est une suite de sketchs, c’est ça ?

- Absolument, une série de sketchs plus ou moins bien reliés ensemble. Le format cinéma nécessitait une ambition plus grande et Muller s’est contenté de grosses ficelles scénaristiques, comme l’introduction d’un candide – Robinson Stévenin – au cœur de l’action pour faciliter l’identification du spectateur, un truc éculé et pas toujours heureux, je pense au personnage de la photographe incarnée par Maïwenn dans Polisse

- Arrête un peu avec ce film, on a compris que tu n’aimes pas.

- C’est rien de le dire. Ici, on a donc Stévenin qui incarne le chauffeur de Giovanni et qui est censé découvrir les coulisses ou plutôt les chiottes de la com et de la politique. Tu enlèves ce personnage, le film fonctionne au moins aussi bien, voire mieux.

- Et les dialogues ?

- Je te rappelle que le défi était de faire mieux que « Mon livre préféré est Zadig et Votaire. C’est une leçon de vie et je m’y replonge d’ailleurs assez souvent », « J’ai peur que mon mari meure » ou encore l’anthologique « Si t’as pas une Rolex à 50 ans, t’as raté ta vie ». 

C’est vrai que c’est du lourd. Alors ?

 

Les scuds de Muller

 

 

- C’est un festival. Comme le personnage de Hénaut est un gentil, Michel Muller a usiné ses meilleurs scuds pour Thierry Giovanni, le communicant visqueux qui ferait presque passer Séguéla pour un être humain Florilège : « Si on a pas la petite histoire, on aura pas la grande », « C’est de la matière brute ce type, c’est une pépite, y a plus qu’à sculpter » et ma préférée, un dialogue entre Gio et un de ses collaborateurs pas futé : « Ce mec-là, il t’embrasse le samedi et il t’encule le lundi. » « Euh, Thierry, on est mardi ». 

- Ca marche parce que c’est Olivier Gourmet qui envoie la sauce !

- Eh oui, t’es un petit malin, toi.

- Avec un bon acteur, tout est possible. Il était dans la série, Gourmet ?

- Non, pas du tout. Et je pense même que c’est la première fois qu’il joue dans le registre de la comédie pure, si tu estimes que les frères Dardenne ne sont pas vraiment des humoristes…

Tu vas te payer les Dardenne maintenant.

 

Dément Gourmet

 

- Je déconne, j’adore les frères. Olivier Gourmet est un immense comédien. Il était génial en ministre des transports dans l’excellent L’Exercice de l’état et ici il est simplement dément. Obnubilé par sa bite et la force de son jet, il est capable dans le même plan de passer de l’empathie à la violence sourde. Tour à tour drôle, dingue, menaçant, il joue « hénaurme » comme Alberto Sordi, Vittorio Gassman, Bernard Blier ou Michel Serrault. Ce n’est plus un acteur, c’est un stradivarius branché sur 2000 volts. A ses côtés, Michel Muller, très malin, s’efface et se contente d’afficher son air ahuri. Les acteurs qui incarnent les autres spin doctors étaient déjà dans la série et sont parfaits en vautours de la com. 

- Il y a également Eric & Ramzy, Thomas Dutronc ou Virginie Efira.

- Oui, ½ seconde de présence à l’écran. Mais pourquoi faire venir des guests si tu ne leur donne rien à jouer ? Surtout quand tu as des épées comme Eric & Ramzy ! 

- T’as une dernière réplique ?

- Un échange entre Gourmet et ses bras cassés.

- « Il est lisse comme une moule ! »

- «  On n’a pas assez cherché et parfois dans les moules, il peut  avoir une putain de perle. »

- «  C’est dans les huîtres les perles… »

 

 

Hénaut président de et avec Michel Muller, Olivier Gourmet, Robinson Stévenin, Fred Scotlande.

 

En salles depuis le 21 mars 

 

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