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Prometheus : des robots, des monstres et des dieux
Aux confins de l’espace, des scientifiques tentent de percer le secret de l’origine du monde. Plus de 30 ans après Alien, Ridley Scott signe un prologue magnifiquement déconcertant à son chef-d’œuvre.
- C’est le film le plus attendu de l’année.
- Au moins !
Tous les fans de SF trépignent depuis l’annonce du retour de Ridley Scott à la franchise Alien.
- Il faut dire que l’attente aura été longue.
- Alien le huitième passager est sorti en 1979, avant l’image de synthèse, avant le cinéma digital, et le dernier opus de la saga date de 1997.
- Un nanar asthmatique, sorte de remake raté du premier, bâclé par Jean-Pierre Jeunet qui avait massacré un script de Joss Whedon.
- Le réalisateur d’Avengers ?
- Lui-même. Nos aliens préférés ont également fait de la figuration dans les séries Z Alien Vs Predator. Bref, en 25 ans, la machine à cash hollywoodienne avait épuisé le filon, détruit une des plus belles franchises de SF. Il fallait au moins le papa d’Alien pour tout réinventer…
- D’où Prometheus. Tu l’as vu ?
- La veille de la sortie salle.
- C’est tard.
- Oui, c’est d’autant plus bizarre que le film n’était pas présenté à Cannes. Quand un film est caché par son distributeur jusqu’au dernier moment, c’est rarement bon signe.
- Et ?
- C’est complexe.
Arrête le suspense !
Perfection graphique
- C’est un excellent Ridley Scott, une œuvre de science-fiction visionnaire, d’une quasi-perfection graphique. Mais le problème est double : le film était censé être un prequel d’Alien, ce qui n’est pas vraiment le cas. D’après Scott, les deux films partagent le « même ADN », mais seules les dernières minutes font la transition avec le premier Alien. Prometheus, c’est un peu le coitus interruptus. Tu fantasmes pendant des années sur nouvel Alien par Ridley Scott et tu te retrouves avec une œuvre – magnifique, certes - où il question de la création du monde, de dieux venus de l’espace et de robots cinéphiles.
- Et pas de monstres gluants, pas de xénomorphes à la mâchoire rétractable ?
- A la toute, toute, fin.
- C’est quoi le pitch ?
- Nous sommes en 2089, soit trente ans avant l’expédition de Ripley et du Nostromo. Sur Terre, deux explorateurs découvrent la preuve que des extraterrestres sont venus nous rendre une petite visite il y a quelques milliers d’années. Une expédition spatiale est montée et après deux ans de cryogénisation, les deux scientifiques se retrouvent sur LV 223, la planète où – peut-être – tout a commencé. Mais dès leur première sortie, ils découvrent les traces d’une civilisation avancée (le fameux squelette du space jockey que l’on voyait fossilisé dans le siège du vaisseau extraterrestre du premier Alien), tandis que de redoutables bestioles commencent à grouiller.
Quand même !

Un organe sexuel hermaphrodite
- Il s’agit de minuscules larves, puis d’une créature reptilienne, sorte d’organe sexuel hermaphrodite géant.
- Des terriens qui débarquent sur une planète inconnue et qui découvrent des créatures agressives, c’est quand même le squelette d’Alien.
- Tu as raison. Mais Alien était un film d’horreur claustro dans l’espace, ce qui n’est pas le cas de Prometheus, qui se veut beaucoup plus ambitieux. La véritable inspiration de Prometheus, c’est 2001 de Stanley Kubrick et Blade Runner. 2001 car il est question ici de métaphysique et d’un questionnement sur nos origines. Notamment avec le somptueux prologue, dans lequel un extraterrestre féconde la terre, lors d’un rituel à base de sacrifice amniotique (à moins qu’il ne s’agisse d’un empoisonnement de la planète…). Dans ses interviews, Scott, toujours un peu jaloux de Kubrick, déclare son amour immodéré pour 2001, « un film merveilleux ». Et il assure que comme lui, il s’est inspiré de l'écrivain suisse-allemand Erich Von Däniken (Chariot of the Gods) et de sa « théorie des Anciens Astronautes », selon laquelle des extraterrestres ont influencé l'humanité depuis la préhistoire.
- Et Blade Runner ?
Le cœur du film, c’est l’intelligence artificielle, avec le robot incarné magnifiquement par Michael Fassbender. C’est clairement lui le personnage le plus développé du film, plus humain que les autres membres de l’équipage, des silhouettes mal dégrossies qui n’intéressent pas vraiment Scott. Ici, l’androïde, comme Rutger Hauer dans Blade Runner, se pose des questions existentielles sur le libre-arbitre, l’âme ou la mort. Un surhomme qui se coiffe comme son idole, Peter O’Toole dans Laurence d’Arabie, et qui philosophe sur le sens de la vie (« Il n’y a rien »).
Film de philo à 250 millions
- Un film de philo à 250 millions de dollars et en 3D, c’est ça ?
- Oui. C’est quand même un drôle de trip : il n’y a quasiment pas d’action durant la première heure, ce qui est passablement étonnant pour un blockbuster qui doit séduire les ados fans d’Avatar, qui n’ont jamais vu l’original.
- Et la mise en scène ?
- C’est simplement la perfection, dopée par une 3D immersive. Qu’il tourne Gladiator, Kingdom of Heaven, Duellistes ou Blade Runner, Ridley Scott invente à chaque fois un monde, ce qui est l’essence même du cinéma. C’est une nouvelle fois le cas ici, et le cinéaste nous propulse dans un futur ultra-réaliste, que cela soit dans le vaisseau spatial high-tech, bourré de machines sophistiquées (dont un bloc opératoire automatisé, berceau de la meilleure séquence du film, l’anthologique « auto-césarienne » qui fait écho à la scène mythique où le bébé alien explosait de l’intérieur la poitrine John Hurt) ou dans le repère des extraterrestres. Le film est un trip sidéral, stupéfiant, jouant moins sur la peur que l’effet de sidération. Scott t’implante un tas d’images inoubliables dans la rétine, sème le doute et le questionnement. En sortant de la salle, je n’avais qu’une envie, le revoir.
- Pourtant, tu n’as pas l’air enthousiaste à 100%.
- Avec Prometheus, Ridley Scott veut nous révéler l’origine du space jockey fossilisé dans son siège. Est-ce une si bonne idée de vouloir élucider le ou les énigmes d’Alien ? La qualité première d’Alien le huitième passager était de laisser planer le mystère sur les créatures, la planète et de générer la peur et de la paranoïa au fin fond de l’espace. Prometheus est un film formidable qui jette un rayon de lumière (digitale) là où il y avait l’obscurité et qui tend à affaiblir un de nos plus beaux cauchemars cinématographiques.
Prometheus de Ridley Scott avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba.
En salles le 30 mai
RETOUR SUR ALIEN LE HUITIEME PASSAGER
Suite à l'abandon de Dune, le méga-projet d'Alejandro Jodorowsky, le scénariste Dan O'Bannon se met à écrire une petite histoire de SF avec son ami Ronald Shussett. La Fox s'enthousiasme et cette série B qui devait s'intituler StarBeast va devenir une superproduction de 8 millions de dollars (nous sommes en 1977). Engagé comme réalisateur, Ridley Scott s'entoure des plus grands artistes de l'époque : Moebius travaille sur les combinaisons spatiales, Chris Foss sur les planètes et le peintre suisse H R Giger sur l'extraordinaire monstre polymorphe. Giger exécute 45 tableaux (dont la plupart seront volés) et signe une créature digne de ses cauchemars « bio-mécaniques ». Sur le plateau, c'est l'enfer : les costumes de l'alien partent en lambeaux et se déchirent pendant les prises… d'où la décision de Scott de montrer l'alien le moins possible à l'écran. A l'intérieur du costume du monstre, Bolaji Badejo, étudiant massaï de 2, 40 mètres, endure mille tourments : il suffoque dans la combinaison, se blesse lors des cascades, se cogne dans toutes les coursives…
Quand Alien sort, le film de Ridley Scott est un véritable triomphe. Des salles entières sont tétanisées et ce dès la séquence où le bébé alien sort de la poitrine de John Hurt… Chef-d'œuvre de la science-fiction, Alien révèle une débutante, Sigourney Weaver, et permettra à Ridley Scott de mettre en scène Blade Runner.
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