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Watch the throne à Bercy : That Shit Cray

 

Les deux stars mondiales du rap ont achevé leur tournée à Bercy le 18 juin. Récit léger d'une soirée face à Kanye West et Jay-Z.

 

Lundi 18 Juin, Bercy, 20h. On a beau fréquenter les concerts de rap depuis notre plus tendre adolescence, on arrive immanquablement à l’heure, comme un bon petit soldat. Et nous ne sommes pas les seuls, à en juger par la masse de monde parquée devant les portes de Bercy. C’était oublier que les concerts de rap commencent 1h minimum après l’heure indiquée, et encore, quand on est chanceux. Les mauvaises langues diront que les grosses bannières rouges et blanches estampillées Skyrock laissaient augurer de ce qui se fait de pire en matière de concert rap-usine mainstream. 

Mais les deux boss du rap game 2000 leur auront largement donné tort au terme de trois heures de show sans fausse note. 

Soyons clairs, dire que je ne compte pas parmi les fans de Kanye West est un euphémisme. Le personnage trépignant qu’il s’est crée m’horripile depuis ses débuts, à trois ou quatre tracks près. Mea Culpa : Le concert de Lundi m’a complètement fait réviser mon jugement.

 

3 heures de régal visuel

 

 

Quant à Jay Z,  si il a incontestablement sa place au panthéon du rap, j’ai souvent crée la polémique en déclarant dans des diners trop arrosés qu’à part le premier Blueprint et le Black Album, rien ne m’avait vraiment bluffée avec une mauvaise foi assumée.

 Il faut dire que deux superstars au sommet du rap mondial qui ne lésinent ni sur les moyens ni sur la sueur pour offrir un show d’une telle qualité visuelle et musicale pendant près de trois heures, on avait oublié que ça existait.

Retour à Bercy. La moyenne d’âge tourne autour de 25 ans max.  Les bandes de jeunes ont sorti leur plus beau tee shirt Kaporal strassé et se prennent en photo à bouts de bras avec leurs iphones. Les lumières s’éteignent et le concert débute sans préambule, un peu avant 21h. C’est parti pour trois heures de régal, peut être plus encore pour les yeux que pour les oreilles, mais qu’importe. 

La foule reprend en chœur les titres de Watch the Throne, album star de 2011, qui explosa tous les records de téléchargement lors de sa première semaine de sortie, atteignant presque les 300 000 ventes digitales.

 

Jay Z apparait sur les grands écrans, portant nonchalamment une casquette des New Jersey Nets dont il est récemment devenu l’un des copropriétaires. Il l’ôtera brièvement face à la foule l’acclamant, signe de déférence ultime à un public ultra réceptif.

Les deux compères interprètent les tubes les uns après les autres : Otis, (l’un des meilleurs titres de l’album à mon  humble avis) sur fond de drapeau Américain Géant ; l’excellent No Church in the wild , alors que les écrans  diffusent le clip réalisé par Romain Gavras où apparait celui que seuls les initiés connaissent sous le surnom de Said Hasselhof, et bien d’autres.

 

Jigga What ? Nigga Who ?

Petit pincement au cœur tout de même, quand nos voisins de siège à peine majeurs qui entonnent tous les titres de Watch the Throne par cœur sèchent brutalement au moment où Jigga entonne It’s a hard knock lifeYou don’t know et ses autres tubes.  Fossé générationnel en pleine gueule. La preuve peut être qu’une partie du très jeune public prend ce qu’on lui donne en matière de musique, sans pousser la curiosité au-delà de ce qui passe en boucle en radio.

Ironie de l’actu, c’est au lendemain de la mort de l’icône Rodney King que Jay-Z  rappe son célèbre Public Service Announcement  pendant que défilent sous les huées des images d’un enfant blond  vêtu de l’uniforme tristement célèbre du Ku Klux clan.

 

Dédicace à Kim Kardashian 

Kanye West reprendra également ses grands classiques depuis une scène rouge lumineuse qui s’élève depuis la fosse en transe. On imagine le rire jaune de sa très médiatique fiancée Kim Kardashian backstage, quand Kanye et son public entonnent d’une seule voix son hit Gold Digger, où il est notamment question de filles bien roulées qui s’achètent de grosses voitures et des fringues haute couture avec le cash de joueurs du Superbowl, suivez mon regard.  Now I ain’t sayin’ she’s a gold digger/But she ain’t messin with no broke niggas. (Littéralement : « Je ne dis pas que c’est une michetonneuse, mais elle ne sort jamais avec des mecs fauchés »)

La soirée s’achèvera sur un record : Kanye West et Jay Z enchaineront 12 fois le morceau emblématique de l’album, Niggas In Paris, frôlant l’hystérie collective. Se désaltérant tranquillement aux goulots de magnums de champagne, parce que les dons du Hip Hop ne connaissent pas la crise.