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The Amazing Spider-Man : Quand Hollywood bégaie
Mordu par une araignée, un ado timide se métamorphose en super-héros tisseur de toile. Cinq ans après le dernier Spider-Man, un remake en 3D, mal écrit, paresseux et inutile.
- Encore un film de super-héros !
- Marvel est devenue la cash-machine d’Hollywood et cela fait dix ans que tout le monde exploite le filon, avec des adaptations bâclées, grotesques. La plupart des films sont des nanars XXL, mais le public se rue dans les salles pour voir des vedettes en collants flashy et de grosses bastons en images de synthèse. C’est le couronnement de la médiocrité, mais le monde semble avoir besoin de (super) héros…
- Après le triomphe du très fun Avengers il y a deux mois, voici aujourd’hui une nouvelle version de Spider-Man.
- Avengers, c’était un coup de marketing génial : six super-héros pour le prix d’un. Spider-Man est un autre coup de marketing, mais beaucoup moins généreux.
- On revient aux origines du Tisseur de toiles, c’est ça ?
- Exactement. A peine cinq ans après la trilogie de Sam Raimi, Sony, qui possède les droits, remet les compteurs à zéro et nous ressert l’histoire du gentil Peter Parker, piqué par une araignée génétiquement modifiée, sans oublier l’oncle Ben (qui ne colle jamais), la gentille tante May et la ravissante Gwen Stacy.
Et alors, l’origine de Spider-Man, la Marvel l’a racontée une bonne centaine de fois en BD depuis 50 ans.
Le remake raté d'un film de 2002
- Tu as raison, les comics sont comme les contes de fées, on peut les réciter encore et encore, les décliner à l’infini, surtout quand tu as des scénaristes aussi différents que Stan Lee ou Mark Millar qui s’emparent de l’histoire, ou au pinceau des dessinateurs comme Steve Ditko, John Romita Jr, Todd McFarlane ou Humberto Ramos.
- Et ici ?
- The Amazing Spider-Man, qui reprend le titre de la BD originelle, est un remake pur et simple du film de Sam Raimi datant de 2002 ! C’est un décalque, du copié-collé, une copie quasi-conforme.
- Pourtant, l’histoire est signée James Vanderbilt, le scénariste de l’immense Zodiac !
- Comment le scénariste de David Fincher a-t-il pu se contenter d’un truc aussi paresseux ? Sa seule trouvaille est de présenter le père de Peter Parker, scientifique qui travaille sur des araignées génétiquement modifiées, qui, à cause de ses expériences, va disparaître avec sa femme, probablement éliminés par le gouvernement. Le reste est un repompage éhonté du premier Spider-Man, un « teenage movie » avec le Bouffon vert remplacé par le Lézard. Pire encore, la production a engagé au moins deux autres pointures – Alvin Sargent (Des gens comme les autres, Spider-Man 2 & 3) et Steve Kloves (Susie et les Baker Boys, 7 des 8 Harry Potter) pour ripoliner le scénario. Comment des pros du tricotage narratif ont-ils pu pondre un truc aussi mal foutu ? Gwen Stacy, lycéenne de 16 ans, travaille comme par hasard pour le Dr Curt Connors, scientifique obsédé par la mutation génétique qui bossait avec le père de… Peter Parker ? Des intrigues secondaires - comme la mort de l’oncle ou la disparition des parents de Parker, la relation entre Peter et Connors - sont abandonnées en cours de route. Sans parler du Lézard, méchant complètement raté…

Comment traire les fans ?
- Comme tous les blockbusters estivaux, le film a dû être écrit sur le plateau, en plein tournage.
- J’imagine assez bien quatre ou cinq « script doctors » sur le set, recopiant la BD ou des scènes entières du film de Sam Raimi, et demandant des milliers de dollars d’honoraires…
- Alors, quel intérêt ?
- Aucun ! Ce film, c’est la quintessence de l’avidité et du cynisme hollywoodien. La trilogie de Sam Raimi a rapporté la bagatelle de 2, 5 milliards de dollars, il suffit de traire les fans de Spidey jusqu’à ce qu’ils se lassent. Hollywood ne produit plus que des produits (mal) manufacturés, des sagas débiles (Transformers, Pirates des caraïbes), des blockbusters absurdes mais en 3D, des films d’animation en images de synthèse comme Madagascar 3 ou L’Age de glace 4 pour cet été.
- Pourquoi Sam Raimi n’a t-il pas réalisé Spider-Man 4 ?
- Après le très médiocre Spider-Man 3 en 2007, Sam Raimi commence à bosser sur le suivant. Le méchant sera le Vautour et John Malkovich a donné son accord de principe. Le reste est, paraît-il une histoire de gros sous. Tobey Maguire exige un cachet faramineux de 50 millions de dollars pour deux films. Sony débarque le comédien trop gourmand et tout le casting, vire Sam Raimi et met le projet en parenthèse un moment. Cinq ans plus tard, voici donc le « nouveau » Spider-Man, un « reboot » comme on dit chez les d’jeuns, avec un acteur plus docile et surtout meilleur marché (on parle d’un salaire de 500 000 dollars), un casting entièrement renouvelé, et un yes man derrière la caméra, ancien réalisateur de pub.
- Marc Webb ?
- Oui, c’est également le cinéaste de (500) Jours ensemble, petite comédie romantique pas vraiment convaincante. Ici, son style impersonnel à souhait fait merveille. D’ailleurs, je n’ai pas l’impression qu’il ait réalisé grand-chose. Les scènes d’action asthmatiques ont été mises en boîte par le vétéran Vic Armstrong, spécialiste de la baston au kilomètre (ancienne doublure d’Harrison Ford, coordinateur des cascades chez Spielberg, réalisateur de seconde équipe de Thor, Mission : impossible 3, Je suis une légende…) et par une armée d’informaticiens de Sony qui ont copié-collé les scènes où Spidey se balance entre les gratte-ciels new-yorkais, avec leurs logiciels derniers cris.
Andrew Garfield,
le talent à l’état pur
- Alors, rien à sauver ?
- Une seule chose.
- Le Lézard ?
- Une bébête en 3D, pas vraiment convaincante, encore moins effrayante, rien à voir avec le tragique Dr Octopus dans Spider-Man 2.
- Alors ?
- Il s’appelle Andrew Garfield.
- L’acteur de Spidey, donc.
- Oui. Je l’avais repéré dans le sublime Boy A, l’histoire d’un môme assassin qui tente de s’acheter une nouvelle vie, puis dans The Social Network où il incarnait Edouardo Saverin, l’associé enfumé par Mark Zuckerberg. Ici, il prouve qu’il est un des meilleurs comédiens de sa génération et en quelques secondes, il parvient à faire oublier Tobey Maguire. A 29 ans, il est aussi crédible en lycéen de 17 ans amoureux qu’en adversaire d’un gros lézard en plastoc. Vraiment très fort.
- T’as même pas fait ta blague préférée, « J’ai envie de tisser ».
- Trop déprimé.
The Amazing Spider-Man de Marc Webb avec Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans, Martin Sheen, Sally Field.
En salles le 4 juillet 2012
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