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Holy Motors : Carax bande encore !

 

 

Après treize ans de silence forcé, Leos Carax revient avec un ovni, un poème fou et vibrant sur l’amour, le cinéma et la vie. Grand film !

 

 

 

 

- Quand j’ai découvert Holy Motors, je me suis dit « Quel gâchis ! »

- Hein, quoi ? Mais t’es fou ?

- Calme, calme.

- O.K, mais tu m’expliques.

- Voici un metteur en scène, un beau, un vrai, un grand, il a 51 ans, c’est son premier long-métrage après une disparition de 13 ans. Magicien du 7e art, il n’aura réalisé que cinq films en 30 ans de carrière. Quel gâchis !

- Je suis d’accord. Mais en même temps, Leos ne joue t-il pas avec cette légende d’artiste maudit ?

- Je ne pense pas. Il est probablement trop doué, trop fou pour le cinéma français qui l’a blacklisté après Les Amants du Pont-Neuf. Au fil des années, il a essayé de monter un remake de Règlement de comptes de Fritz Lang, un film sur le rock avec Iggy Pop et David Bowie, une nouvelle version de Peter Ibbetson avec Sharon Stone, une autre de Dr Jekyll et Mr Hyde, ou encore La Bête dans la jungle d’après Henry James. Des films que l’on ne verra jamais… Je pense que je ne m’en remettrai jamais… 

- On pourrait écrire une histoire du cinéma sur les projets qui n’ont pas été tournés : les Fellini, les Kubrick, les Clouzot, les Kurosawa… Tous ces films qui n’existent que dans les cerveaux de leurs auteurs et dans nos rêves. 

 

Le retour du fils prodige

 

- Et Holy Motors ?

- C’est le retour du fils prodige, du prince du cinéma qui vient reprendre son trône à tous les nuls et les faiseurs. Il était parti, nous avait abandonné, il revient et nous venge de toute cette bêtise crasse, cette nullité que le ciné français continue à produire histoire de nous polluer la rétine. 

- Mais le film ?

- J’ai envie de t’en dire le moins possible. Le film s’ouvre avec Leos Carax au fond de son lit, avec son chien. Il s’éveille, met ses lunettes noires, se dirige vers un mur, dirige son doigt-clé dans un orifice caché. On se croirait dans un film de David Lynch ! Et, Sésame ouvre-toi, nous pénétrons dans une salle de ciné remplie de spectateurs immobiles. Puis, dans une stretch limo utérine, où un certain Monsieur Oscar va « incarner » successivement lors d’une journée bien remplie une mendiante, un tueur, un brave père de famille, Mr Merde, un grand patron, un vieillard agonisant, un artiste de synthèse… Une vie, onze vies, « l’expérience d’être en vie ».

 

Une symphonie d’images sublimes, de chansons et d’émotion

- Et ?

A chaque fois, l’avatar de Monsieur Oscar vit une aventure cruelle, triste, loufoque, nostalgique, mélancolique, hypnotique… Tu es submergé par un déluge d’images sublimes (tournées par la pourtant très surestimée Caroline Champetier), de sons, de musiques (Chostakovitch, les Sparks, Kylie Minogue et la cultissime chanson de Gérard Manset)… Leos revisite sa filmo avec des tas de références à ses films et à l’histoire du septième art, de ses origines (le chronographe de Marey, qui rythme les premières images du générique) au cinéma digital. Leos bande encore, comme son héros priapique Mr Merde, pour les femmes, les actrices et le cinéma. Il nous donne à voir toute la beauté du monde et de l’artifice, mais aussi les coulisses de son cinéma, les coutures : son alter-héros se maquille et se démaquille devant le spectateur, avant d’interpréter un nouveau rôle, un autre personnage. Et pourtant, la magie fonctionne à chaque fois. C’est sidérant de beauté, d’invention, de liberté. Et puis, il y a deux moments d’anthologie : un entracte explosif avec Denis Lavant à la tête d’une fanfare d’accordéons lancés dans une farandole punk dans une église et les retrouvailles de deux amants – Denis Lavant et Kylie Minogue – dans La Samaritaine déserte. Ils se retrouvent sur la terrasse qui surplombe le Pont-Neuf, Kylie se met à chanter sur une mélodie triste de Neil Hannon (The Divine Comedy) et tu te retrouves cloué par l’émotion : Carax revisite son histoire (le rôle devait être tenu par Juliette Binoche), son cinéma, nos vies, nos peines, ce sentiment diffus d’être passé à côté de sa vie… C’est bouleversant.

 

- Conclusion ?

- Je ne t’ai même pas dit que les acteurs étaient formidables et que Denis Lavant est simplement un immense comédien, aussi doué dans la retenue que dans la folie. J’espère maintenant que Leos ne mettra pas treize ans avant de concrétiser un nouveau projet. Il a déclaré adorer les super-héros de la Marvel. Je serais Kevin Feige, big boss de Marvel Films, au lieu d’embaucher des tâcherons comme Jon Favreau (Iron Man), Kenneth Branagh (Thor) ou Marc Webb (The Amazing Spider-Man), je filerais 100 millions de dollars à Leos. Tu imagines, Daredevil, un des ses héros préférés, ou mieux encore Elektra, mis en scène par Leos Carax, ça aurait de la gueule, non ? 

 

Holy Motors de Leos Carax, avec Denis Lavant, Kylie Minogue, Edith Scob, Michel Piccoli.

En salles le 4 juillet

 

 

Pour Holy Motors, Leos Carax a donné deux « interviews », à déguster ici : 

 

A Télérama

 

Et à Libération

 

 

 

 

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