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Batman n'aime pas Marx

 

 

Refusant de partir en vacances avant d’avoir vu le dernier Batman, Angelina s’est pressée hier à l’avant-première du dernier opus de Christopher Nolan, The Dark Knight Rises. Suite à cette expérience, elle n’hésite pas à vous livrer sa lecture marxienne du film. 

 

 

- Alors ? 

- Alors quoi ? 

- Ben le dernier Batman, il est comment ? 

Ah non les gars, ne comptez pas sur moi. N’est pas Marc Godin qui veut et je ne vous la ferai pas en dialogues cette critique du dernier Batman. 

 

- Pourquoi ? C’était pas bien ? 

- Ben, euh...

Disons que je suis un peu énervée là...  Enervée déjà parce que ces longs mois d’impatience (qui avait eu l’idée de balancer la bande-annonce sur Twitter dès janvier déjà ?), la réjouissance de voir la date approcher et l’excitation grandissante ont été entachés par une abominable tuerie lors d’une projection aux Etats-Unis. Tout comme le deuxième opus de Batman avait été endeuillé par la mort de l’un de ses acteurs principaux, Heath Ledger, ce dernier épisode de la trilogie de Christopher Nolan a déjà le goût du sang.

Que le film, le personnage, les jeux vidéo ou la société ultra- violente et ultra-sécuritaire dans laquelle nous vivons ait pu produire ce résultat, là n’est bien sûr pas l’objet de cet article. Mais impossible de ne pas noter que de toutes les adaptations, les trois Batman de Nolan sont les plus sombres, très sombres, même si ce Dark Knight Rises tend vers la lumière. 


Catwoman au placard

Bon mais ce film, il dit quoi ? Un peu sur le personnage principal qui, comme le titre l’indique, s’élève entre le début et la fin du film. Presque pas sur les personnages qui l’entourent.

Le Commissaire Gordon reste Gary Oldman, vulnérable, courageux, humain.

Alfred le valet continue de se cacher derrière les traits de Michael Caine, acteur anglais pince- sans-rire savoureux dans les quelques scènes où il apparaît.

Morgan Freeman est Morgan Freeman et tout ce joli monde continue d’habiter Gotham City. Ce ne sera pas spoiler que de dire que Robin arrive enfin, ni que Marion Cottillard fait la Française de service, même si dans le film elle n’est pas française.


Ouh qu'il est méchant

Enfin que dire de Catwoman ? C’est un peu dommage ce personnage mal esquissé, qui transporte les indices d’une délicieuse ambiguïté dont la très séduisante Anne Hathaway se régale à jouer. La femme-chat est finalement assez rapidement placardisée au rang de faire-valoir. Elle est pourtant la seule à semer des chouïas d’humour par-ci par-là qui nous font amèrement regretter la burtonienne Pfeiffer dans le même rôle.

 



Il faut dire, Mesdames et Messieurs, que dans Batman 3, ça rigole pas des masses. Quant au méchant, il est méchant !  Très très très méchant même. Ouh qu’il est méchant... Non content de vivre dans les égouts où il a dressé une armée souterraine, ce personnage sous respirateur permanent décrète la révolution en s’attaquant à des lieux aussi symboliques que la Bourse ou un terrain de  football américain.

Lorsque le peuple opprimé, selon les termes de ce méchant forcément méchant, se libère, il pille, détruit, frappe, déloge de chétifs citoyens certes riches mais inoffensifs, et instaure une justice qui ne rend pas la justice mais se contente de prononcer des peines capitales. 



« Laissez les riches où ils sont, sinon regardez ce qui va vous arriver ! »

Lorsque ce chantre des basses couches sociales s’attaque à l’émanation de l’injustice et de l’oppression, il détruit une prison pour libérer de dangereux délinquants.  Bon vous me direz, il est méchant. C’est normal, il joue son rôle. Mais cet abruti complet n’est finalement pas si abruti puisqu’il réussit à discréditer l’air de rien toute tentation révolutionnaire. On pourrait résumer la morale du film par : « Laissez les riches où ils sont, sinon regardez ce qui va vous arriver ! » C’est Marx qui doit se retourner dans sa tombe. Les membres d'Occupy Wall Street apprécieront... Et j’exagère à peine.  En conclusion, là où Nolan orchestrait magistralement le délire humain autour de son génial Joker dans The Dark Knight, il peine ici à nous vendre des personnages sommaires et une rédemption à deux balles flanquée d’une transmission de flambeau qui ne s’assume jamais. C’est poussif et passablement long. Et je vous passe mon couplet sur la glorification du libéralisme voire de l’ultra-libéralisme lorsque les deux flics du film s’accordent à penser qu’il faut parfois savoir outrepasser les règles qui ont une tendance une peu chiante à devenir facilement des entraves. 

Bon ben alors, le dernier Batman de Nolan on en fait quoi ? 

On attend la critique de Marc Godin avec impatience.

 

 

 

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