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3 films de juillet : La Vie sans principe, Piégée et Les Kaïra

 

 

 

Parce qu’il n’y a pas que l’Homme chauve-souris dans la vie, voici quelques boursicoteurs hongkongais, une cogneuse plutôt sexy et trois lascars azimutés. 

 

- Cet été me semble un poil tristounet.

- J’ai l’impression que tout le monde – distributeurs et spectateurs – attend le Batman de Christopher Nolan.

- Enfin, c’est pas 2001 non plus.

- C’est sûr. Mais le niveau a tellement baissé qu’avec Nolan, on a l’impression d’atteindre le nirvana cinématographique.

- Qu’est-ce que je vais voir en attendant ?

- Tu peux jeter un coup d’œil à La Vie sans principe.

- Quel beau titre !

- C’est le nouveau Johnnie To.

- Un film de gunfight, avec de beaux mecs en costume qui tripotent leurs gros calibres ?

- Pas du tout, c’est un film sur la finance.

- ????

- Sérieux. To a déclaré qu’il en avait « marre des flingues ». Il délaisse donc les polars atmosphériques, les fusillades immobiles et s’offre ce film sur la finance devenue folle et sur la cupidité, entre fable moderne et conte cruel. 

- Le pitch ?

- Menacée de licenciement, une chargée de clientèle dans une banque tente de refourguer des produits financiers à hauts risques à ses clients. Membre d’une triade, un gangster à la ramasse cherche à réunir la caution pour faire sortir un truand de prison. Il se met alors à parier sur les cours de la bourse. Un flic intègre doit quant à lui trouver de quoi payer l’acompte du bel appartement convoité par sa femme.

- C’est un film choral.

- Pas vraiment. Il y a au moins trois personnages principaux, qui parfois se croisent, mais ce n’est pas Magnolia… Johnnie To adopte un point de vue éclaté et tricote en virtuose ce film-puzzle, où il mixe les itinéraires de ses personnages, dilate la temporalité, joue avec la chronologie, interrompue à plusieurs reprises, avant que le récit ne revienne à son point de départ.

- To a toujours été un grand styliste.

Absolument. C’est magnifique de dextérité et To parvient à capter parfaitement l’abstraction de l’argent, le mouvement des cours de la bourse ou de la finance. Comme dans Cosmopolis. Je suis plus circonspect sur son message : l’avidité est au cœur de l’âme humaine, la crise financière, c’est pas bien, l’argent pourrit tout, bref, ce genre de message profond… 

 

La Vie sans principe, de Johnnie To

 

 

 

Un film de baston arty

 

- Bon. Quoi d’autre ?

Piégée. Mais là, tu peux passer ton tour.

- Le Soderbergh ?

- Affirmatif. Sodo n’arrête pas de clamer qu’il va arrêter le ciné pour se mettre à la peinture. Quand tu vois Piégée, tu pleures qu’il n’ait pas pris le pinceau plus tôt.

- Pourquoi ?

- C’est une grosse cata, un film de baston prétentieux, avec plein de scènes arty, des ralentis chichiteux, des flash-backs ridicules, du noir et blanc, des plans sur des escalators vides ; ce genre-là… L’histoire est simplement débile. Agent secret, spécialiste du coup de pied dans ta face, Mallory Kane doit sauver un journaliste chinois pris en otage à Barcelone. Bientôt, l’otage est retrouvé mort et toutes les preuves accusent… Mallory. Elle est PIEGEE ! 

- D’où le titre… C’est plutôt basique, non ?

- Doux euphémisme ! Le seul intérêt pourrait être Gina Carano, véritable championne de MMA, qui met une belle branlée à tout le casting masculin : Michael Fassbender, Channing Tatum ou le pauvre Ewan McGreggor qui a bien du mal à donner un coup de poing. Quand tu as une artiste martiale comme la demoiselle, tu la laisses s’exprimer et tu la filmes correctement. Ici, tout est cadré serré, monté ultra-cut et donc tu ne peux même pas apprécier les scènes de baston, aussi moches que dans un nanar EuropaCorp.

- Bref, c’est nul ?

Quand tu as vu The Raid, impossible de rester assis 90 minutes devant ce téléfilm asthmatique qui commence et se termine par la même réplique, « Shit ! »  Ça te donne une bonne idée du niveau du film…

 

Piégée de Steven Soderbergh

 

Un film de ouf, bande de bâtards

 

- Bon, je vais voir quoi alors ?

Les Kaïra, peut-être. 

- Tu as vu Les Kaïra, toi ?

- Je voulais voir le Faust de Sokourov, mais ma douce avait plutôt envie de se marrer. J’ai cédé…

- Ça ne te ressemble pas. En tout cas, c’est sûr que ça a l’air plus fun que le Sokourov…

- Certain. Et dans le genre, c’est plutôt réussi pour une production des frères Altmayer, responsables de désastres comme 3 zérosJet Set ou Brice de Nice

- Ils ont quand même fait un gros chèque de 4 millions aux mecs de Kaïra Shoping.

- La même somme que Holy Motors ! Mais surtout, ils n’ont pas essayé de les castrer ou d’édulcorer leur humour. C’est donc trash, vulgaire et d’un très bon mauvais goût. Malheureusement, le film n’est pas sans défaut : il y a plusieurs sous-intrigues inutiles (la virée à Paris, le cunni avec la femme-fontaine…), une quinzaine de minutes en trop et le tout est d’une laideur assez repoussante… Néanmoins, ça vibre, ça vit, ça déconne et il y a une énergie, une sincérité et une bonne dose d’humour hardcore. Avec Les Beaux gosses et Radiostars, j’ai enfin l’impression d’un renouveau de la comédie franchouillarde. Exit les vieux slips comme DiscoRien à déclarer, Le Marsupilami ou La vérité si je mens 59… Ici, les modèles clairement revendiqués, ce sont les frères Farrelly et Judd Apatow (en gros Mary à tout prix, SuperGrave ou En cloque mode d’emploi). En plus des scènes trash et des gags visuels, (au fond d’un plan, une femme burka se mange un réverbère), le réalisateur Franck Gastambide fait preuve d’une vraie empathie. On rit avec les personnages et non d’eux, comme c’est trop souvent le cas dans les comédies françaises.Sa vision de la banlieue est différente, empreinte d’humour mais surtout d’une belle générosité. C’est simplement parfait pour cet été dépressif.

 

Les Kaïra de Franck Gastambide