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Voie rapide: Rencontre avec Christophe Sahr

Christophe Sahr a mis dix ans pour écrire, réaliser et sortir son premier long-métrage, Voie rapide (qui ne porte pas vraiment bien son nom), une histoire d’amour entre deux jeunes située dans le milieu du tuning. Galères, désillusions, faux départs : il nous raconte ici tout des coulisses du cinéma dans un entretien en deux parties.

 

Quel est ton parcours ?

 Christophe Sahr : J’ai 45 ans. J’ai fait deux tentatives pour entrer à la Femis. Ça n’a pas marché et j’ai essayé de me former sur le tas en bossant durant six ans dans une maison de production comme assistant de prod. Cela m’a permis de voir les choses de l’intérieur et j’ai même travaillé une fois comme assistant-réalisateur sur un premier long-métrage, Violence des échanges en milieu tempéré. En 2001, je réussis le concours d’entrée pour l’atelier-scénario de la Femis et je commence à travailler sur Voie rapide. À l’époque, je suis également sélectionné par Canal Plus pour leur première série de courts-métrages, « Une certaine idée du bonheur ». En 2002, je décide d’arrêter de bosser dans la prod et je dépose le scénario de Voie rapide à l’aide à la réécriture du CNC que j’obtiens. Je retravaille donc le script avec mon coscénariste, Olivier Gorce. On dépose le scénario et nous ratons deux fois l’avance sur recette du CNC. Je rencontre la productrice Florence Borelly de chez Sésame qui aime beaucoup la première partie de mon scénario, mais qui me conseille de « jeter à la poubelle la seconde ». Je décide de travailler avec elle. Elle lit les différentes versions du scénario, les commente très précisément, je continue à écrire… Nous sommes en 2006.

 

C’est à cette époque que tu réalises le court-métrage Contact.

C. S. : Absolument. Cela se passe déjà dans le milieu du tuning et je le fais pour tester des scènes de voitures, avec des cascadeurs, histoire de me faire la main. Je réalise également une émission d’Arte sur le tuning et un clip, Overdrive, pour le groupe électro Botox.

 

Comment fais-tu pour vivre pendant ces années ?

C. S. : J’ai la chance de travailler pour Arte documentaire et je visionne des docs qui leur sont proposés à l’achat. Un job que je pratique à la maison, qui ne me prend pas tout mon temps et qui me donne le statut d’intermittent. C’est ce travail qui a fait que j’ai pu bosser toutes ces années sur Voie rapide. D’un autre côté, si je m’étais consacré intégralement à mon film, le processus n’aurait peut-être pas été aussi long…

 

 Galères en cascade

Tu n’en avais pas un peu marre de ces galères à répétition, tu n’as pas eu envie de tout abandonner ?

C. S. : Je savais que c’était dur, mais je voulais aller jusqu’à bout de ce projet, pourtant je suis quelqu’un d’impatient. Il fallait garder le désir intact, ce qui est compliqué quand c’est aussi long… En 2009, j’ai raté une cinquième fois l’avance sur recette ! Néanmoins, j’ai obtenu l’aide de la Région Val-de-Marne et celle de l’Ile-de-France. Quelques mois avant de tourner, Florence Borelly s’aperçoit que l’on n’a toujours pas assez d’argent. Nous déposons le scénario à la Région Centre ; c’était notre dernière chance de faire le film. Et nous obtenons l’aide ! À l’arrivée, nous avons récolté un budget de 650 000 euros.

 

Comment fait-on un long-métrage avec le budget café du Batman de Christopher Nolan ?

C. S. : Ma productrice m’a dit que l’on ne pouvait pas faire le film avec cette somme. Il fallait que tout le monde fasse d’énormes sacrifices. Je ne touchais pas mes droits d’auteur restants, les techniciens et les comédiens devraient être payés au minimum syndical. J’ai accepté de travailler dans ces conditions-là, avec cette économie de guérilla, et nous avons engagé de jeunes techniciens enthousiastes, qui aimaient vraiment le scénario, et qui acceptaient eux aussi d’être payés au lance-pierre. Mais un mois avant le tournage, ma comédienne principale, castée un an auparavant, doit abandonner le film pour des problèmes de date.

 

Nouvelle catastrophe !

C. S. : Je repars en casting, complètement déprimé par cette galère permanente. Mais je tombe à la renverse quand je découvre Christa Theret, que je n’avais même pas vu dans LOL. J’ai le coup de foudre, on fait des essais avec Johan Libéreau, choisi depuis un an, et ce jeune couple de cinéma se révèle formidable. Après toutes ces années, j’étais épuisé et je me commençais à me demander si je n’allais pas arrêter, si j’avais encore envie de filmer cette histoire. Mais Christa a relancé la machine, j’avais un désir immense de filmer cette jeune comédienne de 19 ans.

 

 

Voie rapide de Christophe Sahr, avec Johan Libéreau, Christa Theret, Isabelle Candelier, Guillaume Saurrel.

En salles le 8 août