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The Dark Knight Rises : Super zéro

 

Plus dépressif que jamais, Batman se bastonne avec un culturiste SM très méchant et tente de sauver Gotham du feu nucléaire. Mal écrit, pompeux, interminable : du cinéma préfabriqué et bas de plafond.

 

 

 

- Ça y est, t’es enfin rentré de vacances. T’as vu le Batman ?

- Oui.

- Alors ?

- J’ai déjà perdu 2h 45 au Max Linder, alors deviser sur The Dark Knight Rises

- Pourtant, il y a en plein de choses à dire : la mise en scène de Nolan, la tuerie d’Aurora, le triomphe public, la presse en délire…

- Parlons cinéma, si tu veux.

- Donc Christopher Nolan.

- Nolan, c’est la grande escroquerie du rockn’ roll : un gentil cinéaste, habillé comme un comptable, qui se prend à la fois pour Kubrick et Shakespeare, un virtuose du néant. J’avais bien aimé Le Prestige, où il compare la mise en scène à un tour de magie, mais le reste de sa filmo me laisse de marbre. Inception est un gros nanar botoxé aux images de synthèse et aux séquences repompées sur James Bond, et la trilogie Batman ressemble à un kouglof assez indigeste. Le premier, Batman begins, est très B, confus et assez ridicule. L’idée, relancer une franchise en péril, avec un ton plus sombre pour attirer les plus de 15 ans. Le coup de marketing classique, quoi… Avec The Dark Knight, Nolan repompe l’auteur de BD Frank Miller et signe le meilleur de ses trois films. Criblé de problèmes de scénario, le film se traîne sur près de 2h 30, les scènes d’action sont asthmatiques, mais au milieu du carnage, il y a Heath Ledger.

- Quand même !

- Oui. J’ai revu le film la semaine dernière, et Ledger est vraiment terrifiant en Joker. Il hérite des meilleures répliques (« What doesn’t kill you makes you… stranger ») et emballe le film grâce à son talent hallucinant. Inoubliable !

 

Ce n’est pas un film, c’est un lavement !

- Et The Dark Knight Rises ?

- Une cata. Ce n’est pas un film, c’est un lavement !  À côté, le précédent, c’est Citizen Kane. Ici, tout est moche, mal écrit, mal foutu, mal éclairé. J’ai du mal à croire que c’est la même équipe technique qui a réalisé les deux films. Même si je trouve The Dark Knight assez poussif, il y avait des choses à sauver sur le plan de la mise en scène, notamment la séquence du casse de l’ouverture et la photo. Ici, tu as le même chef op’, mais c’est irregardable. Il n’y a  pas un plan intéressant, pas une idée de mise en scène.

- Et le terrain de foot qui s’effondre.

- Dévoilé dans la bande-annonce. Une autre ?

- Euh, attends…

- Tu vois. Même l’intro aérienne, d’inspiration 007, est déceptive. The Dark Knight Rises une espèce de magma informe, gigantesque mais creux, formaté par une dizaine de producteurs, une vingtaine d’assistants-réalisateurs, une dizaine de production designers. J’ai été également abasourdi par la faiblesse des séquences de baston. Les deux combats entre Bane et Batman sont tout sauf épiques et la bagarre générale entre les  milliers de policiers et les détenus est cafouilleuse à souhait, une véritable bouillie visuelle. La moindre séquence de The Raid est mieux pensée, mieux chorégraphiée, mieux filmée…

 

Un scénario qui prend l’eau

- Et l’histoire ?

- Alors là, ça dépasse l’entendement. Pendant près de trois heures, je me suis dit que le film avait été commencé sans un scénario finalisé. Ecoute, j’ai rarement vu un truc aussi bâclé.

- Pardon ?

- Tu veux des exemples ?

- Fonce !

- OK, explique-moi cela : les 50 guguss de Bane font régner l’anarchie à Gotham, en donnant « le pouvoir au peuple ». Ils ont coupé tous les ponts de ville, interdisant toute sortie. Mais pourquoi ont-ils programmé l’explosion d’une bombe atomique, posée sur un camion sans cesse en mouvement, qui va faire frire tout le monde, eux compris ?

- Bon, d’accord. Ensuite ?

- Comment Batman réchappe t-il au feu nucléaire final ? Et la meilleure : la colonne fracturée par le colosse Bane, Bruce Wayne échoue dans une prison, un trou sans fond situé en Inde ou au Moyen-Orient. Bruce doit avoir une belle composition car il se remet grâce à un chiropracteur plutôt sévère, et se fait la belle de la-prison-dont-personnne-ne-s’échappe grâce à des pensées positives. Le plan suivant, à peine quelques heures plus tard, on le retrouve, 15 kilos en plus et rasé de près, à Gotham, dont, je te rappelle, tous les accès ont été coupés… Une bien belle ellipse !

 

Stéphane Hessel à Gotham

 

- Et le message ?

- Et ta sœur ? Il y a un message dans Dark Knight Rises ?

- Le côté Indignés du film ?

- C’est le spectateur qui devrait s’indigner. Nolan nous fait une pseudo-critique du capitalisme (dans un film à 250 millions de dollars, c’est drôle) et nous présente une meute d’Indignés qui reprend Gotham aux riches et aux nantis. Mais ces Indignés sont manipulés par Bane, mix entre Ben Laden et Stéphane Hessel, et rien ne vaut un Vengeur psychopathe et limite facho pour remettre tout le monde dans le droit chemin. Que veut dire Nolan, le nouveau philosophe d’Hollywood ? Je ne suis pas vraiment sûr que cet opportuniste le sache lui-même…

- Comment tu expliques la critique dithyrambique ?

- Justement, je ne l’explique pas. La critique US est unanime et le seul journaliste qui a osé émettre des réserves a été menacé de mort par des internautes énervés du slip. En France, les critiques se tripotent la plume, parlent de « blockbuster post-11 Septembre » (comme si ça voulait dire quelque chose) et envisagent Nolan comme un AUTEUR. Pas mal pour un mec qui ose déclarer : « C’est le plus film le plus gigantesque que j’ai tourné. En fait, c’est le film le plus gigantesque que quiconque ait tourné depuis l’époque du muet ». Le film est destiné aux préados de 12 ans et la critique se pâme comme si c’était du Bergman. Je rêve !

- Passons. Et les acteurs ?

- Christian Bale, complètement inexpressif, parle comme Clint Eastwood dans Gran Torino. Frappé, fracassé, malade, emprisonné, il est exclu de son film, au profit d’Anne Hathaway et de Joseph Gordon-Levitt. Etrange… Quant à Marion Cotillard, elle livre une composition dont elle a le secret et fait bidonner la salle entière lors de son final.

- Et Tom Hardy, t’as aimé Tom Hardy quand même ?

- Quoi, y a Tom Hardy dans le film ?

 

 

The Dark Knight Rises de Christopher Nolan, avec Christian Bale, Gary Oldman, Morgan Freeman, Michael Caine, Marion Cotillard, Tom Hardy.

En salles depuis le 24 juillet