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FILE-MOI TA PUB, « CON » D’ANNONCEUR
Avant d’insulter Bernard Arnault, Libération lui avait demandé un peu d’argent…
Feuilletons, ensemble, le dernier numéro, paru il y a une semaine, du mensuel Next, qui est « l’espace tendance et culture » du quotidien Libération, à lire « pour tout savoir sur l’actualité cinéma, musique, mode, design ».
On y trouve, d’une part, des infos excitantes – comme, par exemple, la révélation que Benjamin Biolay, « chez pas mal de monde, déclenche une sensation ambivalente », ou celle, totalement bouleversante, que « le monde du hip-hop n’est pas tendre ».
Mais aussi, et d’autre part : nombre d’encarts publicitaires.
Ainsi : les pages 2 et 3 ont été achetées par Dior, les pages 4 et 5 par Kenzo, la page 13 par Dior (encore), et la page 124, la dernière, par Hermès.
Quand on aime, compte-t-on ?
Et à la page 36, qui est celle des « news » en provenance du monde merveilleux de l’« horlogerie », un court papier vante la prodigieuse qualité d’un « chronographe sportif développé pour la compétition automobile » de chez Tag Heuer, dont « le solide boîtier rond est conçu pour résister aux chocs liés à la conduite sportive » : on apprend là – et cela réjouit – que « la version 2012 de cette montre iconique, dénommée Carrera Calibre 1987, habille ses index et aiguilles d’or rose », et qu’ « ainsi vêtue, cette sportive gagne ses jalons d’élégante ». (Et bien sûr, cette distinction a un prix, qui peut éventuellement rebuter le smicard : 4.500 euros. Mais quand on aime : compte-t-on ?)

« Con », mais « riche »
L’intéressant est que trois de ces différentes marques – Dior, Kenzo, Tag Heuer –, dont la contribution au financement du quotidien Libération n’est donc pas complètement nulle, appartiennent toutes au même groupe : LVMH.
Qui détient également une considérable part du capital d’Hermès.
Et qui se trouve être la propriété de Bernard Arnault : le même, que le quotidien Libération a traité hier, à la une, de « riche con » (1), après qu’il avait demandé la nationalité belge.
Il sera donc intéressant, dans le cours des prochains mois, de lire Next d’un peu près, et de vérifier si les chefs de Libération vont continuer, nonobstant sa « connerie », de tendre leur sébile vers ce généreux annonceur – ou s’ils vont plutôt prendre la courageuse décision de ne plus collaborer qu’avec d’intelligent(e)s capitalistes, comme l’excellente madame Bettencourt, irréprochable contribuable, qui leur a ce matin acheté un gros bout de leur couverture .
(1) Pour la plus grande satisfaction de son propre proprio, Édouard de Rotschild, qui a considéré, dans une formule où se mesure la profondeur de sa conception du journalisme, que c’était une très chouette « opération de marketing ».
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