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Des hommes sans loi : Carnage chez les ploucs
Durant la Prohibition, trois frères contrebandiers affrontent les forces de l’ordre. Alcool, testostérone et grosses bastons par le réalisateur de La Route.
- Si je me souviens bien, Des hommes sans loi était présenté à Cannes.
- Entre deux pensums soporifiques, Cannes s’encanaille et ouvre la compétition à des grosses machines plus accessibles, des films de genre comme on dit maintenant, à l’image de Drive l’année dernière.
- C’est aussi bon que Drive ?
- J’ai pas dit ça. Drive, c’est du méta-cinéma, un trip hallucinant au pays du polar des années 70. Des hommes sans loi, c’est plutôt un remix impur entre film de gangsters des années 30, chronique familiale et western, un truc en apparence très classique, zébré de séquences d’ultra-violence.
- Ça donne envie.
- Le film a des qualités. Le scénario est adapté par Nick Cave d’un roman de Matt Bondurant qui a brodé sur la vie de ses trois grands-oncles, les célèbres frères Bondurant de Virginie, bootleggers bas de plafond au poing américain facile. Le premier, Tom Hardy, chef de famille, se croit invincible et est prêt à tout pour vendre son alcool frelaté, même à allumer les forces de l’ordre. Le second, Jason Clarke, porté sur la bouteille, parle peu, mais cogne fort. Le dernier, Shia LaBeouf, chétif mais ambitieux, va décupler les ventes de gnole, attirer les foudres de la police et mettre la fratrie en danger.
Une morale dégueulasse
- C’est assez classique.
- Absolument. C’est plutôt bien tricoté, avec un côté western vraiment plaisant. Néanmoins, très vite, ça se gâte. Peuplé de péquenauds bourrés de testostérone, le film s’apparente à un concours de bites. Les trois frères sont des hommes, des vrais, et coupent les couilles de ceux qui leur barrent la route. Le grand méchant du film, le flic incarné par Guy Pearce, est élégant, parfumé, ganté, psychopathe… Et horreur, c’est sûrement – mon Dieu, quelle horreur - un inverti ! Nick Cave dresse des parallèles entre la Prohibition et notre époque, avec la guerre – perdue – contre la drogue. Mais pour lui, les frères Bondurant représentent une certaine idée de la liberté dans l’Amérique des années 30, malgré la violence et les morts qu’ils engendrent. Plus grave, l’espèce de morale dégueulasse qui sous-tend le film. Tout commence avec un flash-back où l’on découvre un môme incapable de tuer un porc. À la fin du film, il devient enfin un homme quand il exécute son adversaire. C’est ça un homme pour Nick Cave, un tueur, capable de saigner un de ses semblables comme un goret ? La gerbe !
- Tu parlais de qualités tout à l’heure, non ?
- Derrière la caméra, tu as l’Australien John Hillcoat, réalisateur du western planant The Proposition ou plus récemment de La Route, d’après le chef-d’œuvre apocalyptique de Cormac McCarthy. Hillcoat sait conduire un récit, tenir une caméra et usine plusieurs séquences spectaculaires assez jouissives. Par ailleurs, Hillcoat génère une incroyable tension grâce à des éclairs de violence absolument insoutenables : les têtes explosent sous les coups de poing, les gorges s’ouvrent, le sang ruisselle et tu restes pantelant, crucifié dans ton siège jusqu’à la prochaine baston. Comme tout bon réalisateur, John Hillcoat sait s’entourer. Le chef op’ est le Français Benoît Delhomme (L’Odeur de la papaye verte) et la musique, prodigieuse, est signée Nick Cave et Warren Ellis, mention spéciale à la reprise bluegrass d’une chanson du Velvet Underground, White Light / White Heat.

Tom Hardy, impérial
- La distribution est incroyable.
- En quête de crédibilité, Shia LaBeouf fait tout ce qu’il peut pour prouver qu’il vaut mieux que ces insultes à l’intelligence que sont les films de Michael Bay. Il va même faire voir ses fesses dans le prochain Lars Von Trier : il est mûr pour l’Oscar, c’est sûr ! Quasiment sans parole, mais avec quelques borborygmes bien sentis, Tom Hardy lui vole la vedette en beauté. Enorme, avec un corps massif qui évoque celui de Brando, il laisse percer entre deux bastons une véritable douceur, quasi maternelle. Vivement le prochain Mad Max !
- Tu n’as rien dit de Gary Oldman et Jessica Chastain.
- Ils n’ont pas de rôle, ce sont juste des clichés, des ectoplasmes dans des costumes amidonnés ! Gary Oldman est un gangster, impitoyable mais juste, Jessica Chastain, une belle plante. Du papier peint. Un peu comme ce film…
Des hommes sans loi de John Hillcoat, avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Gary Oldman, Jessica Chastain, Guy Pearce.
En salles le 12 septembre







