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Le parfum frelaté de la DGSE

Dans l’excellent livre que viennent de publier les journalistes de Libération et du Parisien, Karl Laské et Laurent Valdiguet, figurent quinze excellentes pages sur le compte caché de Chirac au Japon. Qu’un message puisé aux meilleures sources de nos sympathiques barbouzes fasse état d’avoirs secrets du chef de l’Etat dans l’établissement d’un banquier sulfureux de Tokyo, voilà qui mérite qu’on s’y attarde. Etrangement, les médias, y compris les gazettes où travaillent nos excellents auteurs, n’ont guère repris ces informations. La plupart ont préféré se faire l’écho de trois pages maigrichonnes sur un supposé trésor de guerre caché de la DGSE.


Un nettoyeur des RG

A l’appui de leur « scoop », les deux journalistes ne produisent qu’une note adressée le 9 septembre 2002 à Michèle Alliot-Marie par le général Rondot, scribe à ses heures, alors conseiller auprès de la ministre. « Le règlement, si l’on peut dire, de l’affaire EK Finances, sujet sur lequel je vous avais alertée le 22 mai, fait apparaître de très graves dysfonctionnements dans la gestion des fonds spéciaux alloués aux services (secret, NDLR). La perte sèche enregistrée dans cette opération se situe autour de 180MF ! ». Et le bon général d’ajouter : «  S’il est normal que la DGSE dispose d’un trésor de guerre, encore convient-il que celui ci soit immédiatement disponible en cas de crise (…) et qu’il ne cherche pas à entretenir, chez quelques correspondants affairistes (…), leurs « danseuses », ce qui n’est pas le cas  ».

De quoi s’agit-il ? Et bien la DGSE reçoit des millions d’euros de fonds secrets chaque année, qui lui servent par exemple à libérer des otages ou à mener de discrètes opérations type, dans le plus mauvais des cas, Rainbow Warrior. Hélas, nos espions auraient du placer leurs économies à la caisse d’épargne ; or ils ont préféré, grisés par la bulle Internet, les investir dans des fiduciaires qui ont pris de plein fouet le retournement de 2001 et 2002.

« L’affaire EK Finances », comme l’écrit le général Rondot, fait allusion à une boite de parfumerie où la DGSE avait investi à fonds perdus. Derrière le parfumeur, se cachait parfois un espion. Le procédé plus discret que le classique chèque de banque était peut-être habile mais certainement pas rentable, la boîte ayant perdu beaucoup d’argent.
A l’époque, le grand financier de la DGSE était Paul Henri Trollet qui a poursuivi une belle carrière comme directeur de cabinet de l’actuel Préfet de Police, un homme intègre et scrupuleux de l’avis général. Les comptes des services, par ailleurs, sont examinés à la loupe chaque année par quelques magistrats de la Cour des Comptes.

Seul un contrôle public par le Parlement des services français permettrait d’éviter à nos espions de mauvais procès. Car il existe suffisamment de coups tordus de barbouzes à dénoncer pour ne pas se perdre dans des erreurs de calculette du bon général.