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Lot d’OGM mortel

Ce dimanche, une tragédie a perturbé la bucolique vie lotoise. La nouvelle a glacé le canton et a fauché l’herbe sous le pied de la poignée de militants anti-OGM du coin. Ceux-ci s’apprêtaient à un pique-nique protestataire sur les bords de la Dordogne, non loin de l’exploitation agricole de Claude Lagorse, éleveur-agriculteur de porc ayant semé « en douce » trois hectares de maïs transgénique destiné à alimenter son cheptel. La garden-party des disciples de Bové a tourné au vinaigre.

Aux alentours de 8h30, M. Lagorse téléphone à la gendarmerie pour les alerter de son intention de suicide, alors que sa femme et ses quatre enfants ne sont au courant de rien. Branle-bas de combat dans la caserne qui s’active tous azimuts pour depêcher une équipe sur place. Trop tard. Les hommes en bleu découvrent le corps pendu à un arbre dans son champ de Girac. Au pied de l’arbre, un plant de maïs et un tract du pique-nique anti-OGM. Les limiers recherchent une lettre explicative, en vain. Le défunt n’en a pas laissée. Une enquête est alors ouverte au parquet de Cahors même si le suicide ne fait aucun doute, comme l’a indiqué ce lundi sur France 3 Rémi Courtin, substitut du procureur Cadurcien. Affirmation confirmée par l’autopsie.

Les « défenseurs de l’environnement » ont découvert le maïs chimique de M. Lagorse à l’aide de testeurs achetés à l’ONG Greenpeace. « Il a été très surpris qu’on le détecte, il aurait voulu garder la discrétion. Il ne voulait pas que ça se sache », raconte Patrice Vidieu, porte-parole de la Confédération paysanne du Lot. Question de réputation… D’autant plus que son frère, Jean-Noël Lagorse préside le groupement de producteurs Qualiporc, un label de qualité attaché à la tradition d’élevage naturel. Son beau-frère, lui, a appris il y a quinze jours le choix de Claude et évoque non sans suspicion la pression de multinationales et de leurs VRP de province qui tentent de refourguer à tout prix des semences transgéniques.

Maïs de discorde

Selon son entourage, Claude Lagorse cultivait une attirance exacerbée pour les nouvelles techniques et aurait succombé à sa curiosité, excitée par la tchatche affûtée de commerciaux feignant d’avoir la langue bien pendue.
L’OGM utilisé dans les champs est le maïs MON810, du géant américain Monsanto, modifié pour résister à la pyrale du maïs, un insecte ravageur. Or, « nous sommes peu touchés par la pyrale et les agriculteurs du Lot la traitent peu », explique M. Vidieu, jetant l’anathème sur « les méthodes violentes de semenciers qui distribuent gratuitement des plants à l’essai ».
Autre son de cloche du côté de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et des Jeunes Agriculteurs qui sonnent le tocsin en fustigeant « l’immunité dont bénéficient les militants anti-OGM ». Pour eux, c’est clair : M.Lagorse « n’a pas pu supporter l’idée d’être mis en cause par des militants irresponsables et que ses parcelles de maïs OGM puissent être détruites ».

Bien que largement inspirés par leur inaltérable mentor Bové, en pleine action dans l’Hérault le jour même, les accrocs du bio démentent toutes intentions de fauchage sauvage. « Nous voulions sainement provoquer le débat et tenter de comprendre son choix », confie Patrice Vidieu. L’évènement se voulait convivial et pacifique, il a tourné au drame. Mettant en lumière la pression latente qui pèse sur les agriculteurs.