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Réhabilitons BHL
BHL, c’est aussi un homme, un homme qui mange peu,
qui ne boit pas, ne fume plus. Un homme indifférent aux objets, sans
collections, sans hobby, sans marotte de riche. Un homme qui souffre
d’allergies terribles, dont une, sévère, à l’ail et à l’oignon
crus qu’adorait son père, son père, un homme fort, un homme de
caractère, un homme estimé, qui a marqué son fils de son empreinte. Un
père qui recevra des mains de François Mitterrand, à la demande de BHL,
les insignes de la Légion d’Honneur.
« BHL est très riche », dit-on.
Riche et intellectuel, est-ce nouveau ? Est-ce grave ? On connaît de
nombreux précédents, de Sénèque à Elisabeth Badinter…
Ses détracteurs disent : « Sa fortune doit beaucoup à l’Etat – il a
été voir personnellement Mitterrand, Bérégovoy, Chirac, et d’autres
encore, pour obtenir de l’Etat des prêts bonifiés de plusieurs
dizaines de millions de francs, afin d’aider l’entreprise familiale en
difficulté ».
Cette entreprise, c’était l’œuvre de son père. Elle était menacée
de faillite. Quel fils n’aurait pas tenté de la sauver en faisant appel
à ses relations ? BHL aidera toujours son père, est-ce une faute ?
BHL ne se désintéresse pas de l’argent, c’est vrai… Mais
l’argent est le symbole ultime de la dette, des engagements
réciproques, de la reconnaissance aussi… C’est le signe d’un
rapport intime au monde… Qui peut s’en faire juge ?
Le procès de l’argent est un mauvais procès. Sur ce point, il faut
réhabiliter BHL.
Condamnation pour « absence totale de modestie »
Un exemple, considéré comme « topique » :
« Tocqueville avait publié son De la démocratie en Amérique à
l’issue de son voyage aux Etats-Unis. L’ouvrage est une référence
depuis 150 ans. BHL part quelques mois aux States, en fait le tour avec sa
Limousine avec chauffeur et publie, après le voyage de Tocqueville, un
livre appelé, en toute modestie, Supplément au Voyage de Tocqueville.
»
C’est vrai que c’est ridicule. Mais faut-il le condamner pour ces
faits ? Le ridicule distrait, encourageons-le dans cette voie.
Condamnation pour « vacuité absolue »
On entend souvent : « BHL est l’homme des grandes phrases creuses » :
« Je suis l’enfant naturel d’un couple diabolique, le fascisme et le
stalinisme… » ; « Le devenir probable des sociétés est la barbarie
»… (BHL dans « Apostrophes », le 27 mai 1977)
Gilles Deleuze : « Lévy, c’est tantôt l’imprésario, tantôt la
script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le disc-jockey ».
Oui, BHL est un penseur vide, un histrion, qui dit blanc, puis noir, puis
bleu, et ainsi de suite. Et alors ? Et puis il faut le dire : vide
intellectuel, néant moral, absence de style, vacuité totale, c’est à
une philosophie du vide que convie BHL ! Une forme d’esthétisme
donc… Si BHL était un monument, ce serait une cathédrale. C’est
l’immensité des vides qui donne à voir l’élégance des formes. Ici,
la prudence s’impose plus que la condamnation.
Condamnation pour abus de pouvoir
On lui reproche d’être un « homme de réseaux, avec deux grands amis,
Jean-Luc Lagardère et François Pinault, qui a racheté l’entreprise de
son père. »
C’est aussi l’ami de Lang, de Carignon, de Douste-Blazy, de Jérôme
Clément, de Nicolas Sarkozy, de tant d’autres.
Et alors ? Est-il souhaitable, dans l’absolu, de priver les puissants du
conseil des sages ?
Ses calomniateurs le condamnent : « Homme de réseaux, BHL a abusé de
son pouvoir ».
Des articles censurés, ou auto-censurés, dans le Figaro Magazine,
Marianne, et même dans Elle, avec, dans ce dernier cas, un appel furieux
de BHL au directeur de la rédaction pour obtenir la réécriture de
l’article, sur le thème du « Je connais le propriétaire de votre
journal, ça ne va pas se passer comme ça ! »
Ces accusations sont sérieuses.Tout homme a ses vices.
Mais, force est de le réhabiliter.
Et au prochain entartage, on le verra s’asseoir par terre, manger la
crème de la tarte, s’en maculer le visage, s’en pourlécher les
babines en chantant des comptines…
Puis il lancera un scud à la crème sur la maison du Gloupier, première
étape d’une prophétie terrible que nous découvrirons avec stupeur et
ravissement…
Réhabilitez Henri… qu’il vive ! Qu’il rit… pour qu’enfin –
enfin, enfin, ENFIN - il écrive !



