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Le perroquet rouge, étrange volatil
C’est important, le choix d’un titre, quand même : car c’est souvent
que des titres de films à l’affiche ne déclenchent aucune envie. Ou
bien ils ne sonnent guère sexy et dissuadent, ou bien ils interrogent
et finissent par éveiller la curiosité. C’est un peu ce qui se produit
avec le dernier film du réalisateur allemand, Dominik Graf, sorti
mercredi sur les écrans, "Le Perroquet Rouge".
A priori, l’intitulé "Perroquet Rouge" n’aiguise pas outre mesure la
curiosité : espèce volatile en voie de disparition ? Documentaire
animalier au signifiant scato-cochon lorsqu’il est traduit dans sa
langue d’origine ("Rote Kakadu") ? Nom d’un maquisard tué pendant la
Commune ?
"Der Rote Kakadu" n’est en réalité que le joli nom d’un cabaret
rock’n’roll de Dresde, au début des années soixante, où l’on vient
boire et danser sur des musiques interdites par le régime en place
puisque venues des Etats-Unis. Le mur doit être érigé bientôt : le film
débute quatre mois avant le mémorable 12 août 1961. La RDA promeut
des chants populaires et conformistes, une musique militariste et
locale qui doit étouffer l’irruption et la montée en puissance
d’Elvis Presley. Mais c’est bien Elvis qu’aime la jeunesse allemande.
Et Bill Haley, aussi.
Dans cette boîte, donc, s’affrontent symboliquement deux forces : les
tenants de la culture officielle et la jeunesse locale résolue à
braver la répression. Entrée en piste de trois protagonistes aux
gueules d’angelots : Siggi, 21 ans, artiste en herbe venu chercher du
travail en ville et tombé aussitôt amoureux de Luise, jeune poétesse
"décadente", mariée elle-même à un jaloux au tempérament explosif,
Wolle.
Vite converti au trafic d’objets de l’ouest, initié à des pratiques
sexuelles libérées en même temps qu’au swing occidental, Siggi sert de
révélateur à la radicalisation du régime et à la perversion de l’idéal
socialiste d’alors. Tandis que Luise - qui n’est pas demeurée
insensible au charme du blondinet fou d’émoi pour elle - personnalise
par son déchirement entre deux hommes et deux pays cette période phare
de l’Histoire allemande.
Dans la lignée des derniers succès cinématographiques de l’Est ("Good
Bye Lenin" et "La vie des autres"), "Le Perroquet Rouge" poursuit
cette exploration d’un passé longtemps refoulé ou tu. Toutefois, la
reconstitution, ici, est bien moins convaincante. Le sujet, certes
dense, souffre des longueurs d’une narration touffue et d’un scénario
aux répliques frôlant par instants le ridicule quand elles se veulent
drôles : ainsi, la chanteuse du groupe de rock est-elle très ennuyée
d’être obsédée sexuelle et se soulage de ses péchés en avouant à ses
potes de partouze qu’elle a maté, en silence et avec honte, sa mère en
train de mastiquer un malossol avec lequel elle venait de se
masturber…
La bande-originale accompagne subtilement des interprètes confirmés,
mais dont malheureusement les personnages ne sont que difficilement
attachants. C’est dommage, car vraiment, par moments, la poésie est
là. Reste cette certitude : le renouveau du cinéma allemand est bel et
bien en marche, et c’est tant mieux.
Le Perroquet Rouge, de Dominik Graf. Avec Max Riemelt, Jessica
Schwarz, Ronald Zehrfeld… 2h08, sortie le 2/1
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