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Pour une nouvelle conscience sacrilège

Georges Henein, Œuvres (Denoël) : Un événement. Les écrits de proue d’un grand écrivain provocateur égyptien en appelant à « une conscience sacrilège » corrodant tout aussi bien les pouvoirs politiques en place que « les postures de l’art ou de l’écriture ». « Le désespoir, c’est l’orage sur lequel mûriront les mondes inouïs de la délivrance », proclame Henein lorsqu’il fonde avec son étonnant complice Ramsès Younane le groupe surréaliste égyptien. Et « dans la souricière du temps présent où seule triomphe la psychologie fromagère des marchands d’abandon », les deux turlupins n’arrêtent plus de commettre des « péchés de scandale ». Ils s’élèvent contre « le concept traditionnel de la beauté, de la logique et de l’ordre dans l’art ». Ils accusent La Fontaine de « représenter l’essentiel des valeurs bourgeoises, à commencer par la pauvreté de cœur et à finir par la lâcheté d’esprit ». Ils montent des expos « d’art passionnel et mouvementé, rebelle à toute consigne policière, religieuse ou commerciale ». Ils défendent des faux-monnayeurs incarcérés. Et ils s’attaquent « à tous les Robbe-Grillet de l’ennui sépulcral ».

La Marionnette et le nain de Slavoj Zizek (Seuil) : Par l’auteur du très tonique Plaidoyer en faveur de l’intolérance paru chez Climats, une relecture mécréante du christianisme dont « les tendances perverses » sont sarcastiquement clouées au pilori.

Il faut désobéir à Bové de Sophie Lepault (La Martinière) : D’une mauvaise foi phénoménale, une tentative pathétique de déboulonnage « scientifique » du mouvement anti-OGM. A étudier pour mieux s’armer contre les lobbies de nécrotechnologues. Viva José Bové et les arracheurs de plants transgéniques !

À Spleen Vaillant d’un rien possible suivi de Roman Rock’n Roll (L’Harmattan) ; et Itinéraire d’Houilles à Tulkarem de Jimmy Gladiator (Ab Irato, 21 ter rue voltaire, F-75011 Paris) : Deux fabuleuses orgies de chroniques et de poèmes pousse-au-crime mises en branle par un des héritiers les plus inamadouables du surréalisme de combat et de l’anarchisme fin de siècle. « Revendiquer des racines, c’est vouloir rester immobile ! Merde aux races ! Je suis Breton, Kanak, Aztèque, Kabyle, Thaï, Balinais, Tchèque, Manouche, Juif, Egyptien, Persan, Wolof, Tamoul, Cherokee, Maghyar… tout cela à la fois, quand ça me chante et que j’y prends plaisir : j’aime changer de langue, de patrie et de civilisation comme de chemise ».

L’Impossible neutralité de Howard Zinn (Agone) : L’autobiographie captivante de l’auteur d’un des livres de chevet des altermondialistes, la formidable Histoire populaire des Etats-Unis (Agone aussi), qui n’a jamais arrêté, depuis les années 1930, de prôner la désobéissance civile et toutes les formes d’actions directes imaginatives contre l’impérialisme raciste-marchand.

A propos d’utopie de Jean Baudrillard (Sens & Tonka) : La réédition d’un entretien historique en mai 1997 entre l’architecte-agitateur Jean-Louis Violeau et le plus stupéfiant des penseurs désabusés de notre temps, Baudrillard. Un penseur qui estimait que la pensée doit jouer un rôle « catastrophique » dans un monde cynique absorbant à peu près tout ce qui le conteste. Follement passionnante, l’interview porte surtout sur les turbulentes années 1970 mais aussi sur les années 60 que Baudrillard jugeait encore plus extraordinaires en tous points.

A lire aussi une autre discussion à bâtons rompus historique avec Baudrillard conduite elle, par Marc Guillaume et intitulée Au jour le jour (Descartes et cie) qui met aux prises l’auteur de La Guerre d’Irak n’a pas eu lieu, avec la philosophe Louise Merzeau, dont on nous présente le travail comme « des accidents de lumière enchantant le quotidien ».

Et, dans l’ensemble au titre ronflant Comprendre la pensée contemporaine de François Stirn (Les 4 Chemins), qui analyse 20 livres de stars de la réflexion critique, il y a une très balèze étude d’un des Baudrillard-clés, Critique de l’économie politique du signe.

Le Mouvement du libre-esprit de Raoul Vaneigem (L’or des fous) : Une autre réédition enflammante, celle d’un chef-d’œuvre du traité d’histoire anti-religieux racontant l’épopée des extravagants hérétiques du libre-esprit qui, au Moyen-Age, estimaient qu’il n’y avait « ni Dieu au ciel ni maître sur la terre », que les dieux, c’étaient eux, des dieux ivrognes et paillards noyant les remords de conscience dans le vin et le stupre. « Que le monde entier périsse plutôt qu’un homme libre s’abstienne d’entreprendre tout ce qui assure son plaisir ! L’empereur lui-même n’a pas le droit de le freiner et, en s’y hasardant, s’exposerait à être tué justement ».

Dans sa nouvelle préface, le guilleret Vaneigem rappelle mieux que jamais que « rien n’est sacré, que chacun a le droit de conchier dans leur totalité les dieux, les messies, les prophètes, les papes, les popes, les rabbins, les imams, les bonzes, les pasteurs, les gourous, tout autant que les chefs d’État, les rois, les caudillos en tous genres. »