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Kouchner, la «Castafiore» humanitaire

Dernier livre d’Aymeric Mantoux, rédacteur en chef adjoint de L’Optimum, Kouchner vu par… est une rencontre inédite avec le ministre des Affaires étrangères. Dans un genre biographique original, l’homme est dépeint par une série de personnalités qui l’ont connu à un moment de sa vie. Des amis (« Kouchner a le sens du contact, une vrai chaleur humaine », assure ainsi le Général Morillon ; « Kouchner a toujours eu beaucoup d’idées », renchérit Jean-Christophe Rufin, l’actuel ambassadeur de France au Sénégal), mais pas seulement. Extraits d’un entretien très vert avec Rony Brauman, l’une des figures emblématique de l’humanitaire, longtemps président de Médecins sans Frontières et compagnon de route de Kouchner.

Quand les opinions divergent

« Kouchner a transformé en une épopée fondatrice cet événement dramatique (conflit du Biafra), réécrivant ainsi l’Histoire. Tout le problème est là. Lui-même ne résiste jamais à la tentation de se placer en héros. Se voir en chevalier blanc, en guerrier pacifique est son image préférée. Cette mégalomanie semble lui interdire tout examen critique qui ramènerait son rôle à quelque chose de plus humain, d’imparfait et de tâtonnant ».

Kouchner nouvelle star

« Le côté Castafiore, cocotte de Kouchner, sa grandiloquence, ses coups de menton séduisent les uns et agacent ou exaspèrent les autres. Il est vrai que c’est difficile de rester émotionnellement indifférent à cela. Mais moi j’ai trouvé insupportable d’être pris pour un couillon. D’ailleurs l’assemblée générale de MSF, composée de membres pour la plupart de la France entière et pas seulement de Paris, a réagi comme les provinciaux peuvent parfois réagir face aux Parisiens. Elle a tranché en exprimant des griefs sur le côté « star system » de Kouchner. Il faut aussi rappeler que dans les bulletins de l’association, sud neuf photos sur dix, on voyait Kouchner. Il y avait déjà une espèce de culte de la personnalité. Quelqu’un m’a même raconté que c’est Kouchner qui triait les photos pour le bulletin ; il faisait deux tas, celles avec lui et celles sans. Ensuite, il choisissait celles qu’il préférait dans le tas de clichés le représentant. Cette mise en scène permanente, cela m’exaspère ».

Une politique incertaine

« Le fait d’avoir été au cœur de l’action humanitaire ne donne aucune compétence dans le domaine des affaires étrangères, aucune qualité pour diriger la diplomatie d’un pays. La France a une histoire, une géographie qui structurent sa diplomatie. Après, il y a bien entendu des différences de style entre les différents ministres. Mais je note que Kouchner est déjà revenu dans le sillon de la diplomatie française classique. Certes, il a des sympathies vis-à-vis des Etats-Unis ou d’Israël, mais je ne crois pas qu’il puisse donner un vrai coup de barre à droite ou à gauche à notre politique étrangère. Il est atlantiste, comme Sarkozy, et c’est là que se situe la véritable influence diplomatique selon moi ».

Kouchner vu par…, Aymeric Mantoux, Calmann-Lévy.