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Les drôles de vérités de Claude Allègre (3)

« Ma vérité sur la planète a été écrit initialement pour réagir contre une écologie fondée sur l’irrationnel, sur le réactionnel et finalement dirigée contre la civilisation ». Dès le premier paragraphe, on sent la charge de la brigade légère. Un peu plus loin apparaît la formule « secte verte » pour désigner d’un bloc tous les écologistes qui pensent mal. On l’a compris, ils sont tous irrationnels, et défendent la Nature contre l’Homme qu’ils méprisent. J’allais oublier : ils placent la collectivité au dessus de l’individu (image subliminale : Staline, Mao).

Cloclo contre les écolos

Trois têtes de Turc : le bon (Nicolas Hulot), la brute (José Bové) et le truand (Al Gore). À mettre dans le même sac, ces milliers de climatologues de panurge qui croient au « consensus », forcément mou, du « réchauffement global », qui est une foutaise, Claude Allègre va nous le démontrer. Avec des vrais morceaux de gros bon sens.

Au final, le principal moulin à vent contre lequel le grand chercheur lance ses arguments contondants, c’est le Pacte écologique de Nicolas Hulot.
« Face à l’écologie dénonciatrice et catastrophiste, il est bon qu’il y ait une vraie écologie réparatrice et constructive ». Car Claude Allègre a des solutions à proposer, pour… réparer. Pas une catastrophe, non, juste plus de tempêtes, de sécheresses, de pluies diluviennes. Un « changement climatique », quoi, comme cela peut arriver à tout le monde. Rien à voir avec les conséquences d’un quelconque réchauffement. D’ailleurs, un ou deux degrés de plus, franchement, qui s’en plaindrait ? Et surtout, cette non-catastrophe a des causes naturelles, qu’il serait donc stérile de dénoncer. L’homme n’est pour rien là-dedans, en tout cas il ne faut pas le dire, ce serait mauvais pour le moral et la croissance. Mais d’un autre côté, pourquoi ne pas enrayer les émissions de CO2 ? Qu’il ne faut pas dénoncer, hein… Tout le monde suit ?

Morceaux choisis

Pour démolir le Pacte écologique de Nicolas Hulot, l’auteur n’y va pas de main morte. « Le programme de M. Hulot […] était fondé sur trois postulats que je crois erronés : premièrement la réduction rapide des gaz à effet de serre (de trois quarts en dix ans) ; deuxièmement le refus du nucléaire […] ; troisièmement, le rejet des OGM ». Pas de chance, Jean-Marc Jancovici, l’un des rédacteurs du Pacte, fait remarquer aussitôt, dans une critique très acerbe de cet ouvrage publiée sur son site Web, que tout est faux. L’objectif de diminution de 75% du CO2 doit être atteint en… 45 ans et le Pacte écologique ne dit pas un mot du nucléaire ni sur les OGM. 

La cerise sur le gâteau reste ce magnifique : « J’ai peine à croire qu’on puisse prédire avec précision le temps qu’il fera dans un siècle alors qu’on ne peut pas prévoir celui qu’il fera dans une semaine ». Comme si les climatologues avaient jamais prétendu « prédire avec précision le temps qu’il fera » à Paris ou Kyoto le 15 mars 2108 ! On suffoque devant tant de… de quoi, au fait ? Laissons le lecteur choisir entre la mauvaise foi et l’ignorance. Il faut bien récuser une troisième hypothèse, celle de l’erreur involontaire, puisque malgré les nombreuses réactions provoquées par cette phrase, elle figure toujours dans l’édition Pocket de Ma vérité sur la planète, qui vient de sortir.

Les climatologues s’amusent également comme des fous avec cette autre perle : « Je ne pense pas que la notion de température moyenne de la Terre soit un paramètre valable pour décrire le climat, tant la variabilité géographique est considérable ». Cette variabilité ne leur avait pas échappé, mais ils persistent à vouloir la prendre en compte à l’aide de divers outils mathématiques, parmi lesquels ils ne dédaignent pas… la moyenne.

Bienvenue sur la planète Allègre

Sur certains sujets, Claude Allègre semble parfois à l’ouest, sur une autre planète. Fautes d’inattention, recours à un vieil exemplaire de l’Encyclopædia Universalis ? Le chercheur ferait bien de se mettre à Internet. Par exemple, dans son dernier ouvrage, à propos de population : « La population mondiale est passée de deux milliards en 1950 à près de 6 milliards prévus pour 2010 ». Je ne sais pas vous, mais moi j’ai entendu parler d’un 6,6 milliards au cours de l’année 2007. Et ça grimpe toujours, non ? Ailleurs, il nous annonce que : « …l’Inde et la Chine vont à elles seules représenter un tiers de la population mondiale en 2050 ». Ah bon, parce que moi j’arrive déjà à 36%, en additionnant bêtement 1,3 milliard de Chinois et 1,1 milliard d’Indiens, qui semblent être les chiffres généralement admis.

Claude Allègre fait feu de tout bois jusque dans l’énumération des grands esprits qui, comme lui, doutent de la « thèse officielle » du réchauffement global. Lui, le grand scientifique, trouve du réconfort dans le fait d’être entouré dans ce juste combat de quelques autres scientifiques, certes, mais aussi d’ingénieurs, d’économistes, et même de journalistes. Et d’ajouter, pour nous époustoufler encore un peu plus, « Michael Crichton, romancier à succès, mais qui a eu une formation scientifique de base acquise à Harvard ». Oui, c’est bien à Harvard que Crichton a fait sa médecine.

Et puis d’abord, « Al Gore vit comme un milliardaire », José Bové « fait fonctionner sa ferme avec toute la technologie moderne » et Nicolas Hulot tourne Ushuaïa… en hélicoptère !

Lire ou relire dans Bakchich les deux volets du portrait de Claude Allègre

 Le premier volet : Allègre, le mammouth auquel vous avez échappé

 Le deuxième volet, sur Allègre le curieux climatologue