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Ecole : la réforme qui fait flop

En décrétant, par une circulaire de février 2008, que les écoles primaires devront désormais organiser des stages de remise à niveau pour les élèves en difficulté pendant les petites vacances scolaires, le couple « Sarkozy – Darcos » voulait faire d’une pierre deux coups. Lutter contre l’échec scolaire, tout en permettant aux professeurs des écoles de bénéficier à leur tour de la promesse présidentielle de « travailler plus pour gagner plus ».

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Vacances
© Nardo

Hélas, cette mesure risque fort de faire un flop. Pour de multiples raisons. La précipitation alliée à la désinvolture, tout d’abord, sorte de marque de fabrique maison. « L’inspecteur d’académie nous a réunis le 18 février pour nous annoncer que nous devrions organiser ces stages de remise à niveau dès les vacances de Pâques, sans aucune autre espèce de précision », déplore la directrice d’une école de l’Est parisien. Seule indication, les écoles doivent réunir pour ces stages de remise à niveau 10% des effectifs des élèves de CM1 et CM2. « Un quota absurde, fulmine au passage Philippe Guez, directeur d’école dans le XIX° arrondissement de Paris, et membre du Snuipp-FSU. On sait très bien que le taux d’élèves en difficulté est nettement plus élevé dans certaines écoles, et bien moindre dans d’autres ».

Aucun interlocuteur pour répondre aux interrogations

À quelques semaines de la première session et passé l’effet d’annonce, de nombreuses questions restent donc en suspend. « Doit-on procéder à un suivi individualisé des élèves, en fonction de leurs lacunes ou délivrer à tous un enseignement sur les fondamentaux. Personne ne semble en mesure de nous le dire », regrette une institutrice. « Que se passera-t-il si un enseignant est absent ? Ou si un élève manque à l’appel ? On n’en sait rien », lance un directeur d’école, qui a donc tout bonnement décidé de ne pas accueillir ces stages dans son établissement.

« L’échec de ces stages
est assuré »

« Il ne s’agit que d’effets d’annonces, estime Philippe Guez, directeur d’école dans le XIXème arrondissement de Paris, et membre du Snuipp-FSU. On occupe le terrain sans se poser de questions, ni du pourquoi, ni du rythme approprié pour réussir, sans se poser la question de la pertinence des démarches…, poursuit-il. Le service public ne doit pas courir après le succès de boîtes privées, telles qu’Acadomia, qui font fortune en surfant sur l’angoisse des parents. Pour une raison simple, ces méthodes sont vouées à l’échec. Les enfants en difficulté passent 6 heures par jour à l’école et n’y acquièrent pas de connaissance, pour des raisons liées le plus souvent à un climat familial trop peu rassurant. Ce n’est pas en ajoutant des heures pendant les vacances que leur problème sera résolu, au contraire. Mais alors qu’en centre de loisirs, en pratiquant des activités de découverte, ou en partant en vacances avec leurs parents, ces enfants pourraient vivre des choses affectivement épanouissantes, on va les confronter de nouveau à leur difficultés. C’est absurde, d’autant plus que depuis des années, on réduit les moyens dit de remédiation, (psychologues, éducateurs spécialisés), qui permettent avec nettement plus d’efficacité d’aider ces élèves »

Plus prosaïquement, les crânes d’oeuf de l’Éducation nationale semblent avoir oublié une fois encore que les écoles primaires sont gérées par les communes en dehors du temps scolaire. « Devra-t-on chauffer l’école pour 6 ou 7 élèves ? Prévoir un service de restauration scolaire ? Qui sera responsable en cas d’accident ? Nous l’ignorons », déplore un cadre de l’Association nationale des directeurs de l’éducation des villes (Andev).

Autre souci, le volet « travailler plus pour gagner plus ». Certes, les professeurs des écoles figurent aujourd’hui parmi les seuls professeurs à ne pas pouvoir réaliser d’heures sup. Mais renoncer à une semaine de congés pour 15 heures d’enseignement payées pour un instituteur 16,93 euros brut par heure, soit quelque 200 euros net… cela peut sembler un peu court. Un bonus à la hauteur des rémunérations dont bénéficient les « nantis » de l’éducation nationale : « Avec 25 ans d’ancienneté, je gagne 2250 euros par mois », témoigne ainsi un directeur d’école… Pour l’instant, la feuille d’inscription des professeurs des écoles candidats pour dispenser ces heures de rattrapage basées sur le volontariat reste donc désespérément blanche. « Pour toutes ces raisons, je prévois que ces stages de remise à niveau vont connaître un redoutable bide », conclut un directeur d’école. À suivre.