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Islamophobes de bonne compagnie

Après que des tarés ont profané près d’Arras le carré musulman d’une nécropole militaire, la classe politique, unanime, a condamné, c’est bien le moins, ce que Nicolas Sarkozy appelle « du racisme le plus inacceptable qui soit ». (Il y en aurait par conséquent de moins inacceptables ?)

Cette réprobation est sans doute sincère. Mais pour être vraiment crédibles dans leur indignation, les personnalités qui s’émeuvent de cette infecte violation devraient maintenant se demander où les tordus qui ont peint sur des tombes « Fuck les Rebeux » et « Fuck Mahomet » sont allés chercher leur inspiration. À l’extrême droite ? Certes. Mais pas seulement. Car la stigmatisation des musulmans est devenue en France une espèce de sport national où, depuis des années, des compétiteurs de haut niveau rivalisent de hardiesse – en toute impunité.

« La religion la plus con, c’est quand même l’islam »

Dès 1997, par exemple, un politologue de renom expliquait sur France Inter que : « Deux millions de musulmans en France, ce sont deux millions d’intégristes potentiels ». Depuis, le sale petit refrain de l’islamophobie a été repris crescendo par des tas de gens très comme il faut, et de très bonne compagnie, à qui jamais l’idée ne viendrait, cela va de soi, de vandaliser un cimetière.

Comme le romancier à succès qui a tranquillement déclaré : « La religion la plus con, c’est quand même l’islam ». Comme l’éditorialiste renommé qui s’est crânement proclamé « un peu islamophobe » – précisant : « L’islam, je ne parle même pas des islamistes, apporte une certaine débilité qui en effet me rend islamophobe ». Comme le fameux penseur qui, après avoir lu le livre infect où une journaliste italienne écrivait que « les fils d’Allah se multiplient comme des rats » et qu’ « il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût », a benoîtement expliqué : « Oriana Fallaci a l’insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux. Elle met les pieds dans le plat, elle s’efforce de regarder la réalité en face ». Et ainsi de suite, ad nauseam.

Les élus qu’émeut la profanation d’Arras devraient se rappeler aussi qu’un homme a cru devoir lâcher, à la télévision, au mois de février 2007 : « Quand on habite en France, (…) on n’égorge pas le mouton dans son appartement ». C’était Nicolas Sarkozy, candidat en campagne – dans l’esprit de qui ces propos n’étaient semble-t-il pas les plus inacceptables.

Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État chargé de la Défense et des anciens combattants, a évidemment raison de fustiger l’islamophobie des barbares du Nord. Mais il devrait se rendre compte que leur « Fuck Mahomet » n’est que la déclinaison râpeuse de l’ostracisme raffiné qui souvent sévit en hauts lieux – sans être jamais condamné.